Quand on fait du shopping en ligne, on ne sait jamais trop à quoi s’attendre, mais on se laisse facilement convaincre par les images mises en avant. Les habits achetés au gré du lèche-vitrine 2.0 sont toujours bien présentés et on se projette facilement dedans. Sauf que voilà, bien souvent, le vêtement commandé n’a pas du tout la même allure sur notre silhouette que sur la mannequin qui nous a fait craquer. Et ce n’est pas notre corps le problème.
Un ajustement poussé à l’extrême avec des pinces et des épingles
Lorsqu’on reçoit un vêtement acheté sur le web, on est aussi heureuse qu’une petite fille le matin de Noël. Sauf qu’au moment de l’essayage, l’euphorie redescend aussitôt. Malgré notre vigilance avec le tableau des tailles et le calcul minutieux de nos mensurations avec le mètre de couturière, le vêtement est une pure déception.
Les coutures sont totalement en décalage avec notre silhouette et le design semble incompatible avec notre morphologie. Les manches nous compriment, les jambes du pantalon débordent sur nos pieds et le haut n’a strictement aucun sens. Pourtant, sur la mannequin, le vêtement suivait les lignes de son corps au centimètre près. Il semblait même avoir été cousu sur sa peau. On en vient alors à la conclusion la plus évidente : notre physique n’est pas fait pour ce vêtement. Pourtant, même les muses affichées à l’écran qui font un petit 36 ont besoin de quelques réglages. Les stylistes en charge de la scénographie commerciale « améliorent » la réalité.
Fait inavouable : ces vêtements à l’affiche des sites web ne sont pas non plus impeccables sur les mannequins. Les professionnels du métier, qui s’assurent que le produit textile soit bien vendeur, utilisent des pinces pour tenir le vêtement le temps d’un shooting et lui donner une autre forme, plus flatteuse. C’est ce que montre la vidéo de la mannequin Arabella Rae, dans laquelle on la voit avec une dizaine de pinces dans le dos comme un linge sur un étendoir. « Ne vous inquiétez pas si le rendu n’est pas le même que sur le site internet », clame-t-elle d’un ton rassurant.
@arabellavanderzee Clipped in EVERY outfit. Don’t beat yourself up if it doesn’t look like the website #fyp #trending #xyzcba #mexico #mexicocity #cdmx #modeling #models #model #reality #photography #ecom #ecommerce #groupshot #relatable ♬ original sound – smk_deezyy
Une vidéo pour montrer les coulisses de ces images parfaites
La mannequin n’est pas la seule à avoir montré l’envers du décor. D’autres de ses consoeurs ont également révélé ce mode opératoire stylistique, qui n’est qu’un secret de polichinelle dans le milieu. Ainsi, la modèle photo Lexie Tapper a elle aussi pivoté sur elle-même face caméra pour révéler cette mise en pli spéciale. Ces images, qui confortent les femmes dans leurs complexes et qui les laissent penser que leur corps est fautif de ce tombé médiocre, sont malhonnêtes. C’est un peu comme l’abus de retouches et les innombrables liftings virtuels qui nous font croire à des demi-déesses passées à la moulinette de Photoshop.
Cependant, ce stratagème esthétique, que l’on ne soupçonne pas lors de nos emplettes 2.0, est presque la norme. Autrefois, c’était même un métier à part entière. Des personnes devaient régler tous les petits détails de style et vérifier l’apparence du vêtement, comme des « inspecteurs des travaux finis ». C’est ce que raconte la photographe Sonja Ruckstuhl dans les colonnes de 20 Minutes.
Sa collègue, Brigitte Aeschbach, défend ce petit rituel bien ficelé. Selon elle, le but n’est pas de renvoyer à un idéal ou d’optimiser le vêtement. « En adaptant le vêtement, le mannequin lui-même devient souvent plus visible. C’est un processus artisanal qui travaille avec des corps réels et qui met en valeur la personnalité et le physique, sans les fausser », avance-t-elle.
Les internautes mitigés face à cette pratique mode
Dans la barre des commentaires, les internautes ont des réactions très nuancées. Certains sont soulagés d’apprendre que même les mannequins ne sont pas en total osmose avec le vêtement. D’autres regrettent un manque d’authenticité et comparent cette astuce à de l’escroquerie déguisée. « Ça devait être illégal », fulmine une abonnée. « N’est-ce pas une forme de publicité mensongère ? », s’interroge une autre. Au milieu de ces avis sévères, il y a aussi des remarques positives. « Waouh, ça m’a guéri ! », relativise l’une d’elles, contente de voir que ces images ne sont pas aussi utopiques que ce qu’elles prétendent. Les plus pragmatiques, quant à elles, recommandent de lire les avis pour éviter les désillusions à l’essayage.
Quand on achète des habits sur internet, on tombe sous le charme d’un vêtement et on espère avoir le même résultat que sur la photo d’exemple. Ces vidéos sont surtout vouées à réconforter les femmes, qui ont tendance à incriminer leur corps alors que le souci vient de la conception. Les vêtements « grand public » ne sont pas étudiés pour révéler nos singularités. Ils sont pensés pour être un minimum correct sur le plus de corps possible.
Derrière une photo de vêtement en ligne, il n’y a ainsi pas seulement un corps « chanceux » ou « idéal ». Il y a toute une mise en scène technique et invisible qui transforme un simple habit en produit désirable. Et cette transformation change complètement la perception du tombé.
