« Ouistreham » : un film touchant qui visibilise les travailleur·se·s de l’ombre

Dans le paysage cinématographique de ces dernières semaines, peu de films ont fait autant de bruit que le dernier Spiderman. Mais à plus petite échelle, « Ouistreham » est la preuve que le cinéma n’est pas fait que pour rêver. Ce film tente de mettre la lumière sur une question de société encore trop souvent ignorée : celle des emplois précaires.

« Rendre les invisibles visibles »

Ouistreham est une petite ville normande. Une petite ville oui, mais par laquelle transite chaque année près d’un million de passager.ère.s en direction ou en provenance de l’Angleterre. Une petite ville où stationnent donc régulièrement d’énormes ferrys dont il faut urgemment nettoyer chaque recoin. En moyenne une heure et demie pour 800 couchettes, plus 200 cabines et autant de salles de bain selon ce reportage Arte. C’est dans ce cadre que se tient le film d’Emmanuel Carrère disponible en salles depuis le 12 janvier dernier.

Marianne Winckler (interprétée par Juliette Binoche), une écrivaine en quête d’idéaux, y emménage dans le but de nourrir son prochain roman d’une réalité plus consistante que les statistiques sur le chômage et la précarité. Objectif : rendre visibles les invisibles. Quelques lignes sur un CV, une formation d’agente d’entretien, un prêt de voiture et quelques rencontres plus tard, elle est lancée et réalise vite que la tâche n’est pas de tout repos. Mais c’est sa rencontre avec une collègue, Christèle qui lui donne véritablement de quoi écrire. Reste alors à garder sa couverture intacte tout en continuant inlassablement à changer les draps et récurer les sols.

Une fiction sur fond de réalité : entre « merdes » et « boniches »

Il est important de rappeler que « Ouistreham » a été pensé comme une fiction. Néanmoins, le tableau qui est présenté au public est une immersion quasi documentaire dans le quotidien de femmes de ménage. La production s’est librement inspirée du livre « Le quai de Ouistreham » publié par la journaliste Florence Aubenas en 2010. Comme Marianne, elle avait infiltré une équipe de femmes de ménage afin de dénoncer la précarité de ces emplois.

« (…) La lutte des classes, ça existe. (…) Rien n’a évolué en 10 ans. Les gens nous prennent pour des boniches », dénonce Hélène Lambert qui joue le rôle de Chrystèle dans une interview pour Arte

Comme la plupart des comédien.ne.s du film son métier n’a pas toujours été de faire le ménage sous le feu des projecteurs. Chiffons, balais et serpillières étaient déjà son quotidien puisqu’elle travaillait comme agent d’entretien dans des écoles et des entreprises, mais ce travail se faisait dans l’ombre la plus totale.

Evelyne Porée qui joue Nadège, la contremaître du ferry, et Emily Madeline alias Justine étaient quant à elles sorties de l’anonymat en 2010 lors de leur rencontre avec Florence Aubenas. Elles ont aussi embarqué à bord de cette nouvelle aventure avec le but commun de dire ce que l’on oublie souvent.

« On a été prises pour de la merde, vous savez. J’espère que ce film fera évoluer encore la réalité. Il y a une vraie pénibilité de ce travail (…) », concluent-elles lors dans une interview Allociné

« Ouistreham » ou lever doucement le voile

Oui, il y a un vrai non-dit autour de ces métiers. Un constat qu’avait déjà poussé sur l’avant de la scène le documentaire « Debout les femmes ! » de François Ruffin en octobre 2021. Auxiliaire de vie sociale, agent.e d’entretien, accompagnant.e d’élève(s) en situation de handicap (AESH)… Dans ce dernier, l’homme politique et documentariste avait cherché à mettre en lumière ces métiers peu considérés et souvent, de fait, sous-payés.

« Il n’y a pas si longtemps, je touchais 900 euros. On fait quoi avec ce salaire en région parisienne ? », questionne Jeannette Sambo, 61 ans et femme de ménage à l’Assemblée Nationale depuis 14 ans et personnage du documentaire, dans une interview publiée dans le numéro d’octobre de Causette

Tout n’est pas parfait et certain.e.s reprochent aux grands du cinéma de capitaliser la misère des autres. Cependant, faire entendre cette réalité au grand public est nécessaire. On ne regarde pas « Ouistreham » pour Juliette Binoche, et cela l’actrice en est bien consciente. À minima, la production d’Emmanuel Carrère a le mérite de lever l’omerta et de poser la question.

Va-t-on aller voir de tel film au cinéma, faire couler l’encre dans les médias et la salive sur les plateaux télé avant de retourner à nos vies comme si de rien n’était ? La réponse reste en suspend, l’avenir l’écrira. En attendant, la première étape est franchie. Les films comme « Ouistreham » ou les séries comme Maid révélée récemment, contribuent à lever doucement le voile.

Léonie Bourbon
Léonie Bourbon
À travers mes articles, je vise à divertir, éduquer et inciter à la réflexion, en partageant des histoires qui touchent le cœur et l'esprit.

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