Avec son cache-oeil emprunté au dress code des pirates et ses cheveux d’argent qui forment une couronne autour de sa tête, Lolly Streek ne passe pas inaperçue lors de ses déambulations. Cet accessoire, qui camoufle un œil hors d’usage, a trouvé une utilité esthétique dans les looks de cette mannequin silver. Et il faudrait être aveugle pour ne pas remarquer son sens aigu du style et son habileté à transformer chaque tenue en manifeste.
À 50 ans, elle refuse de devenir invisible
À la cinquantaine, les femmes cessent presque d’exister et se rangent dans des vêtements qui sont aussi efficaces qu’une cape d’invisibilité. Elles n’utilisent plus la mode pour s’exprimer et raconter leur personnalité, elles s’en servent pour disparaître. À cet âge qui les rapproche doucement de la retraite, elles revoient tous les essentiels de leur dressing et un thème prédomine : la discrétion. Elles rangent souvent les jupes courtes, les tops sans manche, les hauts dos nu et les motifs fantaisie dans un « carton souvenir » aux côtés des anciennes babioles. Elles se sentent obligées de faire le deuil de la femme élégante et inspirée qu’elles étaient.
Certaines d’entre elles font exception à cette pudeur imposée et refusent de laisser les injonctions déteindre dans leur miroir. Pour ces femmes, qui n’ont pas envie de porter les normes sur leur dos jusqu’à la fin de leur jour, il n’y a pas de bons ou de mauvais choix. Lolly Streek, une muse de cinquante ans qui rattrape des années de propagande anti-âge, imagine ses tenues comme un reflet d’elle-même. Elle ne s’habille pas juste pour couvrir sa peau ou par mesure de décence, elle le fait pour s’affirmer dans un espace public qui veut la supprimer du décor.
Cheveux gris, rides apparentes qu’elle ne cherche pas à estomper sous du fond de teint, déficience visuelle matérialisée par un cache-oeil qui semble rescapé d’une malle de corsaire, Lolly Streek élargit notre vision de la beauté. Si elle a perdu son œil gauche à cause d’une maladie infantile, elle nous offre un point de vue inédit sur l’âge et la liberté qui peut en découler. À travers ses photos très « éditoriales », elle donne une leçon de mode, oui, mais aussi d’acceptation.
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Une femme décidée à vivre en couleurs
Diagnostiquée de la maladie de Still alors qu’elle venait à peine de rejoindre le monde, elle a passé une grande partie de son enfance dans les couloirs aseptisés des hôpitaux au lieu de tutoyer les bancs de l’école. Cette maladie touche le système immunitaire et s’accompagne d’une polyarthrite rhumatoïde. Lolly Streek a perdu son œil gauche durant ce long parcours médical mais, en échange, elle a gagné en résilience et en confiance. Certes, elle a entamé sa vie sur une mauvaise lancée mais elle s’est largement rattrapée avec le temps.
Finalement, pour elle, la cinquantaine ne marquait pas une fin mais un commencement. Elle a sacrifié suffisamment de jours de son existence pendant ses jeunes années. Alors pas question pour elle de passer son bref passage sur Terre à anticiper tous les « on dit » et à se priver. Elle n’a pas signé pour rester cloisonnée dans des looks monotones. Et de toute évidence, il n’y a aucune pièce de ce type dans son dressing.
Lolly ferait pâlir les clean girls de la toile et les amatrices de beige. Foulards bigarrés, blazer aux teintes acidulées, robe rouge vermillon ou jaune beurre, elle se plaît dans des tenues chatoyantes. Elle met de la couleur là où la société prescrit de la noirceur, y compris sur son œil inerte. Pour elle, le handicap n’est qu’une raison de plus pour briller. Lolly aurait pu garder des lunettes noires vissées sur son nez pour « excuser » sa différence, mais elle en a fait un atout charme.
Son cache-œil, pièce maîtresse de toutes ses silhouettes
Chez Lolly Street, rien n’est laissé au hasard. Le cache-œil, longtemps associé à l’imaginaire des pirates et à une esthétique marginale, devient un véritable élément de style. Tantôt sobre, tantôt plus travaillé, il s’intègre à ses silhouettes au même titre qu’un bijou, une paire de lunettes ou un foulard. Plutôt que de dissimuler ce qui la distingue, elle choisit de le mettre au premier plan.
Cette façon de composer avec son apparence raconte quelque chose de plus grand que la mode. Elle rappelle qu’un vêtement peut être un territoire de liberté, particulièrement lorsque le corps et l’âge sont encore soumis à une multitude de règles implicites. Lolly ne cherche pas à paraître plus jeune, plus conventionnelle ou moins différente. Elle cherche simplement à être pleinement elle-même.
Ses looks colorés, ses cheveux argentés et son fameux cache-œil forment ainsi une silhouette reconnaissable entre mille. À rebours des injonctions qui demandent aux femmes de son âge de se faire plus discrètes, elle choisit précisément l’inverse : occuper l’espace, attirer le regard et faire de son histoire une force. Une manière, finalement, de rappeler qu’il n’existe pas d’âge limite pour devenir sa propre icône.
