Elle n’a pas encore franchi la trentaine et elle a déjà subi des traitements lourds à un âge de tous les possibles où la maladie ne fait pas vraiment partie des projets. Après avoir encaissé le diagnostic assourdissant, enchaîné les chimiothérapies et affronté un reflet sans l’ombre d’un cheveu, elle est aujourd’hui en rémission d’un cancer du sein. Mais elle n’est pas encore totalement débarrassée des séjours à l’hôpital. Elle a une mastectomie programmée dans les mois à venir et avant de faire le deuil de sa poitrine d’origine, elle a voulu en garder une trace, un souvenir palpable.
Un corps devenu malgré lui le théâtre de la maladie
À 29 ans, Mélanie connaît les couloirs d’hôpital un peu trop bien. Pendant des mois, son quotidien a suivi le rythme peu réjouissant des traitements, des consultations, des prises de sang et de cette fatigue qui colle au corps même lorsque l’on aimerait simplement reprendre le fil d’une vie ordinaire.
Sur son compte Instagram @resilienceenrose, la jeune femme raconte ce parcours sans vernis. Son profil prend des airs de journal intime numérique, avec ses bonnes nouvelles et ses jours plus gris.
Il y a eu la chimiothérapie, la perte des cheveux, les changements physiques et cette drôle d’impression de ne plus reconnaître tout à fait la personne qui apparaît dans le miroir. Lorsque la maladie s’installe, le corps que l’on croyait connaître par cœur devient presque un territoire médicalisé. On le pique, on le scanne, on le mesure, on observe chacune de ses réactions et, parfois, on finit par avoir le sentiment de le subir plus que de l’habiter.
Mélanie a pourtant continué à documenter cette métamorphose sans chercher à faire croire que chaque journée était une démonstration de courage. Puis est arrivée cette nouvelle que l’on attend comme une éclaircie après des mois d’orage : la rémission. Mais refermer la porte du cancer ne signifie pas toujours laisser immédiatement l’hôpital derrière soi.
Une première opération avant la mastectomie
Récemment, Mélanie a subi une mastopexie. Derrière ce terme médical se cache une chirurgie qui permet de remodeler et de remonter la poitrine. Dans son cas, cette intervention ne répond pas à une envie esthétique mais prépare une nouvelle étape de son parcours : une mastectomie suivie d’une reconstruction.
La Haute Autorité de santé classe d’ailleurs la mastopexie parmi les techniques pouvant intervenir dans la chirurgie réparatrice et reconstructrice mammaire, selon les situations. Les modalités de reconstruction après une mastectomie sont multiples et peuvent notamment faire appel à une prothèse ou aux propres tissus de la patiente. Elles sont décidées au cas par cas avec l’équipe médicale.
Mélanie, elle, raconte surtout l’expérience depuis l’intérieur. Le pansement compressif, les douleurs, l’appréhension devant les premiers soins et cette découverte progressive d’un corps déjà légèrement différent. Cette opération constitue pourtant seulement un sas entre deux versions d’elle-même. Dans quelques mois, sa poitrine connaîtra une transformation beaucoup plus radicale. Et avant que cette partie de son anatomie ne change définitivement, Mélanie a eu envie de lui offrir un dernier portrait.
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Mouler sa poitrine pour ne pas effacer celle qu’elle a été
Pas une photographie. Pas un selfie soigneusement archivé au fond d’un téléphone. Mais une empreinte en trois dimensions, presque aussi tangible que le souvenir lui-même.La jeune femme a décidé de faire mouler sa poitrine dans du plâtre avant sa mastectomie. Une manière singulière d’immortaliser ce corps qui l’a accompagnée jusqu’ici.
Le geste pourrait sembler teinté de nostalgie ou de tristesse. Pourtant, Mélanie ne présente pas cette sculpture comme le vestige d’une poitrine perdue ni comme une relique destinée à nourrir les regrets.
Elle ressemble plutôt à une page que l’on conserve avant de tourner la suivante. Car sa poitrine n’a pas été uniquement le lieu où la maladie s’est invitée. Elle appartient aussi à la jeune femme qu’elle était avant le diagnostic, à ses années d’insouciance, à son rapport à la féminité et à toute une histoire corporelle que le cancer ne peut pas venir résumer à lui seul. Mouler ses seins, c’est donc leur dire au revoir sans leur faire de procès. Les remercier presque, avant que la médecine n’en redessine les contours.
Dire adieu sans tourner le dos à son ancienne version
La mastectomie consiste à retirer tout ou partie du sein selon la situation médicale. Mais sur le compte de Mélanie, les explications médicales restent toujours accompagnées d’une dimension beaucoup plus intime : comment continuer à reconnaître son corps lorsqu’il change autant en si peu de temps ? Son moulage semble apporter une réponse très personnelle à cette question.
Plutôt que d’effacer l’avant pour célébrer exclusivement l’après, elle laisse les deux versions cohabiter. Celle qui a connu la maladie et celle qui s’en éloigne. Celle dont la poitrine porte encore sa forme originelle et celle qui sera reconstruite.
Faire de son corps une mémoire plutôt qu’un champ de bataille
Son compte s’appelle “Résilience en rose”, mais son histoire n’a rien d’une injonction à rester positive coûte que coûte. Elle montre plutôt qu’il est possible de faire de la place à la peur, aux douleurs et aux doutes tout en continuant à avancer.
Cette empreinte en plâtre symbolise peut-être précisément cela. Elle ne transforme pas son ancienne poitrine en objet sacré et ne gomme pas non plus ce qu’elle a traversé. Elle fixe simplement dans la matière une partie de son histoire.
Bientôt, son reflet se métamorphosera encore. Il faudra apprivoiser de nouvelles cicatrices, de nouveaux volumes et probablement de nouvelles sensations. Mais quelque part, il restera cette sculpture. Non pas pour rappeler à Mélanie ce qu’elle a perdu, mais pour lui rappeler tout ce qu’elle a traversé.
Une façon douce de déposer son ancienne silhouette dans ses souvenirs avant d’en accueillir une nouvelle. Sans renier celle qu’elle était, ni attendre avec impatience celle qu’elle deviendra. Simplement en laissant les deux se tendre la main.
