Beaucoup d’entre nous hésitent à pousser les portes des salles de sport grand public par peur d’être jugée ou de faire tâche dans ce décor exclusivement composé de corps congestionnés. La créatrice de contenu Paola Montoya, elle, dissipe toutes nos craintes en enfourchant les machines avec une prothèse en guise d’appui. Sa jambe articulée qui lui donne des airs de femme d’acier ou de membre du clan Marvel trouve presque une harmonie évidente avec la fonte.
Quand le handicap sert de béquille et non d’obstacle
Nombreuses sont les femmes qui font leur séance de sport en totale autonomie entre les murs réduits de leur logement. Elles suivent des tutoriels vidéo sur leur téléviseur et les mettent à exécution sur un tapis en mousse, entre la table-basse et le canapé du salon. Les conditions d’entraînement sont particulièrement rudimentaires. Pourtant, la salle de sport de leur quartier leur tend les bras. Sauf que voilà, les contenus trafiqués des réseaux sociaux à base de leggings rembourrés, de poses flatteuses, de silhouettes contractées et de ventre aspiré les ont persuadés que leur corps n’était pas assez optimisé pour investir les barres de squats ou les vélos elliptiques.
Or pas de scanner morphologique à l’entrée, ni de détecteur de poignées d’amour. Si les gérants de la salle recalaient toutes les carrures enrobées comme les videurs en cas de dress code non respecté, ça se saurait et ce serait un délit. Et si vous pensez encore qu’il faut avoir des fesses galbées, des abdos dessinés et des bras saillants pour mériter votre place dans ces Eldorados de la musculation, il est peut-être temps de réinitialiser votre fil d’actualité Instagram.
C’est justement la spécialité de la créatrice de contenu @paomontoya14, pour qui le sport est bien plus qu’un dérivatif ou un loisir de fin de journée. Elle s’assoit sur les bancs de musculation comme d’autres s’assoient sur les divans en velours des thérapeutes. Cette jeune femme, qui pourrait très bien apparaître sous le hashtag #gymgirl, entreprend fentes bulgares, soulevé de terre et autres enchaînements que seuls les initiés connaissent avec une jambe bionique. Cet organe de remplacement, qui ne se substitue pas aux 50 muscles d’une jambe humaine, n’a rien d’une entrave. Ce que certains verraient comme un “poids” supplémentaire, Paola, elle, le considère comme un précieux soutien.
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La salle de sport nécessite juste un corps, rien d’autre
Pour Paola, le handicap est une différence mais certainement pas une limite. Exemple de résilience, elle a une force physique, lisible à travers ses tenues en élasthanne et un mental de fer, assorti à sa prothèse. Sa jambe bionique, devenue le prolongement artificiel de sa hanche et surtout un point d’ancrage, ne l’empêche pas de soulever des piles de poids à la poulie ou de se hisser dans une presse lourdement chargée. Au contraire, c’est son socle. Cette jambe robotique, qui lui confère une allure futuriste, lui permet de rester stable même avec des haltères colossales entre les mains et de garder l’équilibre dans l’effort.
Cette athlète, qui a l’apparence des héroïnes hybrides des films de science-fiction et qui pourrait très bien être le fruit de l’imaginaire de Luc Besson, ne soulève pas de la fonte pour répondre aux injonctions ou à l’adjectif svelte. Elle le fait pour se rappeler de quoi son corps est capable et le célébrer. Paola est une affirmation positive à elle seule, un mantra ambulant.
Au gré de ses publications, dont la sueur et la grimace témoignent de l’intensité de ses actions, elle ne se contente pas d’impressionner ses spectateurs. Cette sportive, qui a un corps aussi dur que sa prothèse, prouve que tous les corps sont autorisés à la salle de sport. Les incomplets, les gras, les fins, les flegmatiques, les énergiques… Il n’y a pas de critères de sélection, ni de “bonne base génétique”. Le seul point commun que les adhérents des salles de sport ont ne réside pas sur leur peau mais dans leur tête : ça s’appelle la détermination.
Remettre la diversité au centre des tapis
Les réseaux sociaux induisent les yeux en erreur et glissent sous nos pupilles des clichés améliorés, nous faisant croire que c’est le parfait retour de la réalité. Pourtant, il est assez facile de tricher et de raboter quelques reliefs du corps ou d’en ajouter à des endroits où la société veut les voir. À l’heure de l’optimisation du corps, des BBL, des implants d’abdos, difficile de distinguer le vrai du faux. Dans une ère où les outils de retouche sont presque plus convaincants qu’un scalpel et où les muscles s’obtiennent sur des tables d’opération, Paola nous familiarise avec la différence et la banalise dans nos feeds.
Si derrière les pixels, les salles de sport ressemblent plus à une fabrique à diktats qu’à une terre d’accueil, dans les faits, elles recensent des sportifs de tous les niveaux et tous les gabarits. Paola, elle, brosse un autre portrait de la “gymgirl” en legging : un corps dopé à la protéine mais surtout nourri par la confiance et la persévérance. Pour elle, chaque progression est un accomplissement personnel, une revanche sur les phrases décourageantes.
Avec sa prothèse rentrée dans ses baskets, Paola tacle les idées reçues autour du handicap et prouve que même avec une jambe en moins, on peut faire un beau croche-pied aux injonctions.
