Avoir un « endroit préféré » n’est pas anodin : la science explique pourquoi

Vous avez peut-être un café attitré ou un lieu à forte valeur sentimentale où vous allez malgré les nouvelles adresses branchées. Cet endroit contient tous vos souvenirs et s’apparente à un havre de paix. Pour vous, c’est « the place to be ». Ce lieu pourrait porter une plaque en votre nom tellement vous le fréquentez. Et avoir un endroit favori n’est pas le signe d’un manque d’inspiration, c’est particulièrement enrichissant.

Rester dans sa zone de confort

Qu’il s’agisse d’un rencard ou de retrouvailles entre amies, vous donnez toujours le même point de rendez-vous. C’est un endroit que vous affectionnez plus que les autres et qui vous est familier. Vous l’avez arpenté en long, en large et en travers, mais vous n’êtes toujours pas lassé. Au contraire, vous y campez nuit et jour. Vous connaissez chacun de ses secrets et vous y croisez des « habitués », que vous saluez comme de vieux amis. Preuve que vous y avez passé beaucoup de temps. Ici, vous vous sentez « chez vous », en sécurité et en confiance.

Il peut s’agir d’un café confidentiel, épargné des touristes avides de boissons imprononçables ou d’un parc aux innombrables cachettes végétales. Ça peut aussi être un bar laissé dans son jus, détenu par des propriétaires aussi âgés que les meubles. Ou pourquoi une bibliothèque de quartier côtoyée par des intellectuels ou un étang retiré du reste du monde. Qu’importe sa nature, vous êtes fidèles à cette adresse comme les membres de « Friends » avec l’iconique Central Perk ou les personnages de « How I Met Your Mother » avec le MacLaren’s Pub.

Dans une société qui nous pousse sans cesse à prendre des risques, cet endroit est presque un refuge, un havre. Il faut dire que le cerveau est un organe « routinier », qui déteste les changements de plan et l’inconnu. « Penser coûte des efforts ! La routine aide le cerveau à économiser de l’énergie et à minimiser les risques », explique le professeur Gerhard Roth, chercheur sur le cerveau et philosophe. Alors forcément, à l’évocation d’une sortie, d’un loisir studieux, d’un afterwork ou d’une activité farniente, vous ne cherchez pas sur Google Maps ou dans les revues branchées. Vous allez au plus simple et vous suggérez votre sanctuaire.

Un endroit qui inspire à la sérénité

Il y a des lieux qui nous font l’effet d’un tendre câlin et qui nous apportent un réconfort presque maternel. Bien souvent, ils renferment une histoire émotionnelle forte. C’est un parc dans lequel on se baladait avec nos parents, un café où l’on sirotait des limonades avec nos amies d’enfance, un arbre sur lequel on s’adossait avec nos amourettes et qui porte encore les initiales de cette idylle candide. Ces lieux sont généralement des boîtes à souvenirs grandeur nature, des écrins remplis de symboles, d’images, d’odeurs.

En d’autres termes, retourner dans un lieu familier déclenche une mini-dose de dopamine, la molécule du plaisir, et réduit le stress. Ce mécanisme explique pourquoi, même face à de nouvelles options alléchantes, vous finissez toujours par choisir votre spot favori. Et dans un monde où tout change vite, ce lieu préféré devient un ancrage. Il permet de réguler les émotions et de renforcer la résilience.

Les psychologues parlent d’un « effet de base sécurisante » : quand le quotidien semble chaotique, un endroit connu agit comme un point fixe, stabilisant notre humeur et nos réactions. Eh non, les doudous n’ont pas toujours des jambes et un museau duveteux. Ils sont parfois plus abstraits et ont l’allure d’une brasserie d’antan, d’un ponton suspendu ou d’un banc caressé par les arbres.

Une façon subtile de nouer des liens

À moins que votre endroit préféré se trouve au milieu de nulle part, dans la brousse ou en plein coeur d’une forêt reculée, vous croisez souvent les mêmes têtes. Ces bonnes âmes, à qui vous lanciez un « bonjour » timide au début, vous font la conversation à chaque passage. Elles rebondissent sur l’actualité qui se joue sur le poste de télévision, partagent leur avis sur la nouvelle boulangerie qui vient d’ouvrir au coin de la rue et râlent après ces travaux qui traînent en longueur au centre-ville. Ce sont des discussions de politesse, pas des échanges profonds. Pourtant, ces dialogues dictés par les banalités sont utiles à votre bien-être.

« Ces petites interactions peuvent réellement améliorer notre humeur et contribuer à notre santé sociale en renforçant notre sentiment d’appartenance, en permettant des échanges réguliers et constants, et même en nous offrant la possibilité de nouer des amitiés et de développer des relations plus profondes », explique Kasley Killam, titulaire d’une maîtrise en santé publique et spécialiste des sciences sociales formée à Harvard auprès de Self.

Avoir un endroit favori n’est pas un signe de paresse ou de rigidité. C’est un réflexe humain, soutenu par la neurologie et la psychologie, qui nous aide à gérer nos émotions, à stimuler notre créativité et à entretenir des liens sociaux.

Émilie Laurent
Émilie Laurent
Dompteuse de mots, je jongle avec les figures de style et j’apprivoise l’art des punchlines féministes au quotidien. Au détour de mes articles, ma plume un brin romanesque vous réserve des surprises de haut vol. Je me complais à démêler des sujets de fond, à la manière d’une Sherlock des temps modernes. Minorité de genre, égalité, diversité corporelle… Journaliste funambule, je saute la tête la première vers des thèmes qui enflamment les débats. Boulimique du travail, mon clavier est souvent mis à rude épreuve.

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