Peur d’accoucher ? Vous souffrez peut-être de tokophobie

Il est tout à fait naturel de craindre le moment de l’accouchement. Il faut dire que notre culture nous a baigné.e.s dans des récits de douleurs insoutenables, et même de mort durant le travail, pour les plus vielles histoires. Résultat : certaines femmes sont terrorisées à l’idée d’accoucher, malgré leur vif désir d’enfant.

Elles en viennent à des situations qui peuvent les mettre en danger, physiquement comme psychologiquement. Mais les choses ont évolué en quelques siècles, et de nombreuses solutions existent pour contrer cette tokophobie.

La tokophobie : une phobie de l’accouchement

S’il est plutôt naturel de redouter le moment de l’accouchement, 14 % des femmes en auraient une véritable phobie. Il s’agit d’une angoisse liée à la crainte de la douleur et de la mort, appelée tokophobie.

Elle est incluse dans la Classification internationale des maladies de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) depuis 1997. Étymologiquement, ce mot vient du grec « tokos » (accouchement) et « phobos » (la peur). La tokophobie traduit ainsi une peur paralysante et intense de l’accouchement, et dans certains cas de la grossesse.

D’où vient cette peur de l’accouchement ?

On connait plusieurs raisons à la peur de l’accouchement. Il peut s’agir d’une influence culturelle. Certaines peurs sont transgénérationnelles. Beaucoup de femmes ont grandi en écoutant une expérience négative de l’accouchement ou de la grossesse de sa mère. Il n’est pas non plus si rare d’avoir eu des arrière-grands-mères décédées lors de l’accouchement. Et les films et la littérature d’époque ne manquent pas de nous rappeler le taux de mortalité ou les souffrances endurées durant les accouchements.

La tokophobie se lierait également à des traumatismes liés à des violences obstétriques ou gynécologiques antérieures. Ou à des traumatismes sexuels. Ces expériences modifient profondément le rapport des victimes à leur propre corps. Les personnes qui auraient des tendances à l’anxiété ou à la dépression seraient également plus facilement touchées par cette phobie.

Tokophobie primaire, secondaire ou dépression prénatale ?

Deux psychiatres de l’hôpital psychiatrique Queen Elisabeth de Birmingham, Kristina Hofberg et Ian Brockington, ont distingué trois grands types de tokophobie. En 2020, elles ont analysé les circonstances de déclenchement de la phobie de 26 femmes tokophobes. Les psychiatres britanniques ont ainsi découvert : la tokophobie primaire, celle secondaire et la tokophobie comme symptôme d’une dépression prénatale.

La tokophobie primaire survient avant la première grossesse. Généralement, elle remonte à l’adolescence. Les femmes qui en sont atteintes ont tendance à employer plusieurs méthodes de contraception à la fois. Le désir de tomber enceinte peut prendre le dessus sur la phobie, mais la peur reste présente durant leur grossesse. Les femmes sont atteintes de tokophobie secondaire lorsqu’elles redoutent de vivre une deuxième grossesse difficile. Il peut s’agir de raisons médicales, comme une fausse couche, une extraction instrumentale ou des douleurs sévères durant l’accouchement. Il peut également y avoir des raisons psychologiques, telles que la peur de mourir, que leur bébé allait mourir ou qu’il était déjà mort.

La troisième forme detectée est la tokophobie comme symptôme d’une dépression prénatale. Dans la plupart des cas, ces femmes se sentent incapables d’accoucher. Elles développent alors une peur phobique de l’accouchement. Ces femmes peuvent tout faire pour éviter l’accouchement. Certaines vont vouloir réaliser une interruption volontaire de grossesse (IVG), et d’autres vont aller jusqu’à provoquer une fausse couche en se mettant en danger.

Les conséquences de la tokophobie

Ainsi, ces trois formes de tokophobie peuvent mener les femmes à refuser ou à stopper des grossesses, même dans les cas où l’enfant est désiré. Elles peuvent alors soit demander une césarienne pour éviter l’accouchement par voies basses, soit recourir à une IVG. Les cas inquiétants concernent celles qui, prises par la peur, cherchent à provoquer une fausse couche à travers la consommation de tabac et/d’alcool. Ou encore à pratiquer des sports intenses ou comportant des risques traumatiques.

Après l’accouchement, les femmes atteintes de tokophobie pourraient également développer leurs angoisses, ou un syndrome de stress post-traumatique (PTSD). Cette peur paralysante peut également mener vers des épisodes dépressifs, dans le cas où l’équipe médicale d’appliquer la méthode d’accouchement souhaitée par la future mère, par exemple. Beaucoup de femmes auraient également recours à une méthode contraceptive permanente après l’accouchement ou la grossesse.

Afin d’éviter cela, au moindre doute, les femmes atteintes de tokophobie devraient pouvoir en parler à leur gynécologue ou leur médecin généraliste. Cette phobie se guérit bel et bien avec un travail psychologique. Et ainsi permettre un accouchement paisible.

Cindy Viallon
Cindy Viallon
Journaliste free-lance, mes sujets de prédilection sont les féminismes intersectionnels, la société et la culture. J’aime déconstruire l’actualité et briser les tabous une fois pour tous·tes !

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