Applaudir les célébrités qui posent sans maquillage : voici pourquoi il faut arrêter

De Pamela Anderson à Meghan Markle en passant par Cameron Diaz, les célébrités sont de plus en plus nombreuses à se montrer le visage brut et à faire abstraction du coup de pinceau. À chaque fois que l’une d’elle s’affiche sans maquillage, le public s’empresse de saluer ce geste « courageux » comme si être soi-même était un acte héroïque. Féliciter les stars qui font tomber le masque esthétique n’est pas si flatteur.

Les stars sans maquillage, une fausse révolution

Pamela Anderson a lancé ce que beaucoup qualifient de « mouvement militant » voire de rébellion contre les standards. L’actrice phare d’Alerte à Malibu, fidèle au gloss nacré et aux fards charbonneux, a raccroché les artifices et écourté sa mise en beauté. Elle est l’instigatrice d’un look minimaliste, plus franc et accessible. Elle a popularisé une esthétique naturelle, froissant sur son passage le mythe de la femme parfaite, impeccable du réveil au coucher.

D’autres célébrités féminines ont suivi l’exemple, posant tour à tour sans l’ombre d’un fard ni la moindre goutte de fond de teint. Il y a eu Lady Gaga, qui fait pourtant de l’orfèvre avec le contenu de son vanity. Il y a aussi eu Jennifer Lopez et Julia Roberts, qui, dans un élan philosophique, disait « La perfection est la maladie d’une nation ». Las de conforter les femmes lambda dans leur complexe et d’entretenir, malgré elles, des diktats arriérés, les célébrités aspirent à plus de modestie dans leur selfie.

La dernière image épurée en date ? Celle de Meghan Markle, campant à la Une du magazine Harper’s Bazar avec ses tâches de rousseur apparentes et sa mine vierge. Dès qu’une figure féminine importante se prête à cet exercice de simplicité, elle attire tous les superlatifs. Les stars, qui semblent faire une détox cosmétique prolongée, reçoivent des compliments et des jets de fleurs là où madame tout le monde, délestée d’anti-cerne et de couvrance, est accusée de laisser-aller. À l’heure où le faux se confond avec le vrai, ces images font du bien aux yeux. Or, même si les stars désintoxiquent doucement notre regard, elles restent conformes aux standards.

Quand le « no makeup » devient une performance médiatique

Cette mise en scène du « naturel » repose sur un paradoxe : seules celles dont les visages correspondent déjà aux standards dominants peuvent se permettre d’être applaudies pour leur absence de maquillage. Peau lisse, traits symétriques, capital beauté intact : le regard médiatique reste indulgent parce que la conformité demeure. Le maquillage disparaît, mais les normes, elles, restent bien en place.

Pendant que Pamela Anderson, cheffe de file du « no makeup », récolte des acclamations et s’érige en insoumise, les femmes qui échappent à la popularité se prennent des « tu as mauvaise mine » en pleine face. Les stars, qui désobéissent aux règles de coquetterie, ont droit à des commentaires éloquents là où nous devons justifier ce soi-disant manque d’apprêt. Au lieu d’incarner le changement et de faire bouger les lignes, et pas seulement celles de leur visage, elles perpétuent de vieux réflexes : celui de lier l’apparence à la personnalité.

En posant sans maquillage, elles font ce que l’on appelle plus frontalement du marketing d’image. Elles vantent une version plus accessible et moins fantasmée d’elles-mêmes avant que les médias people le fassent sous un angle peu flatteur. Certes, elles sont plus à notre portée, mais elles restent loin du commun des mortelles. Dans la plupart de ces clichés sans filtre, les stars arborent une peau lisse, un teint frais et des sourcils épilés au millimètre. Soit, une vision édulcorée de cette beauté prétendument « rustique ». Résultat : au lieu de nous rassurer, ces images façonnent des attentes irréalistes.

 

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En faire un événement renforce l’exception, pas la norme

Les stars qui posent sans maquillage et qui embrassent leur reflet atterrissent dans les gros titres, assorties d’adjectifs élogieux, mais maladroits. Comme si s’acquitter d’une mise en beauté était une prise de risque, un acte de bravoure ou un parti-pris audacieux. Ça en devient presque une affaire d’État.

Sauf que voilà enjoindre ses paumes dès qu’une célébrité omet délibérément de se pomponner n’est pas sain. Ça revient à nous faire croire que le no makeup est spectaculaire et non pas ordinaire. Qu’un visage nu est plus surprenant et moins coutumier qu’un visage crayonné.

Pamela Anderson, qui a renoncé aux fantaisies de peau depuis deux ans, est toujours présentée en femme vaillante et courageuse. Le terme « sans maquillage » est presque un argument de buzz, un aimant à clics. Il la suit dans tous les articles de presse comme un poids. Il entretient une curiosité malsaine sur le physique des femmes et laisse penser qu’elle n’est rien d’autre qu’un visage. À contrario, George Clooney, fier de sa chevelure poivre et sel, ne se retrouve pas au cœur de l’actualité capillaire à chaque sortie publique.

Célébrer en silence plutôt que féliciter bruyamment

Féliciter, commenter, relayer massivement ces images, c’est confirmer qu’un visage sans fard reste quelque chose qui mérite d’être signalé et donc jugé. Célébrer en silence, au contraire, consiste à ne pas réagir, à ne pas souligner, à ne pas distinguer. C’est traiter un visage non maquillé avec la même indifférence que n’importe quelle autre apparence. Cette neutralité, qui semble être un privilège purement masculin, est nécessaire pour libérer les femmes de la pression esthétique.

Les stars, même capturées au saut du lit, ont le contrôle sur leur faciès et ne font pas toujours preuve de transparence. Elles peuvent tricher avec de la BB crème et donner l’illusion du no makeup. Pour la Une de Harper’s Bazaar, Meghan Markle est passée entre les mains d’une makeup artist mais elle a préféré le taire, question de crédibilité. D’où l’importance de modérer les applaudissements.

En cessant de féliciter, on ne retire rien à celles qui choisissent de ne pas se maquiller. On leur rend au contraire une chose essentielle : le droit d’exister sans être transformées en symbole.

Émilie Laurent
Émilie Laurent
Dompteuse de mots, je jongle avec les figures de style et j’apprivoise l’art des punchlines féministes au quotidien. Au détour de mes articles, ma plume un brin romanesque vous réserve des surprises de haut vol. Je me complais à démêler des sujets de fond, à la manière d’une Sherlock des temps modernes. Minorité de genre, égalité, diversité corporelle… Journaliste funambule, je saute la tête la première vers des thèmes qui enflamment les débats. Boulimique du travail, mon clavier est souvent mis à rude épreuve.

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