Pendant les épisodes de canicule, amenés à devenir la norme, les silhouettes ont plus de peau apparente que de tissus sur le dos. Les fortes chaleurs rendent insupportables la moindre étoffe un peu trop opaque. Pourtant, sur le bitume brûlant et au cœur de cette atmosphère cuisante, certaines femmes restent fidèles au sweat épais et au pantalon large. Non, ce n’est pas de la torture, simplement le reflet d’un mal-être intérieur et d’une estime en berne.
Un sweat en plein été, quand les complexes font suffoquer
Alors que le mercure bat actuellement des records et que la chaleur fait onduler les paysages, on met le moins de vêtements possibles sur nos épaules. Même avec un haut en coton et une jupe coupée jusqu’aux cuisses, on transpire à grosse goutte et on laisse des flaques partout où on s’assoit. Si on pouvait sortir en top triangle et en bas de plage en ville, on le ferait sans hésiter. Alors que la plupart des femmes se baladent en cropped top, en chemisier invisible et en robe fluide faible en tissu, d’autres déambulent dans cette fournaise à ciel ouvert enlacées dans leurs sweats comme en plein hiver.
À la vue de ce look digne d’un mois de janvier, les yeux s’écarquillent, les messes basses fusent, les onomatopées scandalisés se déchaînent. Comment une personne normalement constituée peut-elle braver l’air brûlant et le bitume aux allures de magma avec autant de couches sur le corps ? Cette tenue, qui nous fait suer doublement en tant que spectateur, semble totalement incohérente avec le climat moite du moment. Pour beaucoup, c’est de la folie pure mais pour les principales concernées, c’est une technique de protection. Pas contre les UV, contre le regard des autres.
Bien souvent, quand les femmes portent des sweats ou des grosses mailles en été, ce n’est pas parce qu’elles sont de nature frileuse ou à cause d’une peau de porcelaine ultra réactive. Cette tenue molletonnée n’est autre qu’un camouflage pour noyer les formes, lisser les rondeurs, dissimuler une certaine morphologie. Dans une publication édifiante, la créatrice de contenu @cht.am explique les dessous de cette habitude vestimentaire jugée “incompréhensible”. “Il y a quelques années, j’étais tellement mal dans ma peau que je portais des sweats quand il faisait 40°C. Le soleil révélait ce que je voulais cacher”.
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Sur les réseaux sociaux, les femmes brisent le silence
Porter des sweats en plein cœur de l’été n’est pas une astuce pour éviter les coups de soleil, ni le trait commun des nostalgiques de l’automne. C’est mettre à l’ombre ce que l’on déteste le plus sur son corps, quitte à transpirer deux fois plus et à subir un inconfort permanent. Les femmes qui ne font jamais tomber les manches, même quand la température rivalise avec celle du désert aride, ne sont pas sadiques. Simplement en froid complet avec leur image.
La créatrice de contenu, qui milite pour une société plus juste et ouverte d’esprit, raconte son propre vécu à cœur ouvert. Les tenues estivales ne laissent pas de place au suspense et ne dissimulent rien. Elles révèlent le corps dans les moindres détails et ça sonne terriblement intrusif pour de nombreuses femmes. “J’avais l’impression d’être nue au vue de toutes” décrit-elle.
Ces femmes, en carence d’estime, qui bataillent avec leur propre reflet, portent des sweats, des gilets zippés et des pantalons couvrants sous un soleil de plomb dans l’espoir de faire disparaître leur silhouette, de l’effacer. Elles se sentent psychologiquement plus à l’aise mais physiquement, elles étouffent. Si après un long travail sur soi, @cht.am a réussi à se délester de ce poids textile, d’autres s’enracinent durablement dedans.
Sur TikTok, les femmes n’ont qu’un seul mot pour défendre cette pratique : les insécurités. Elles ont honte de leurs bras flasques, de leur acné purulente, de leur cellulite. Cet isolement vestimentaire forcé est la conséquence directe des injonctions… à la minceur, aux bras toniques, au ventre plat.
Un sweat pour perdre plus de calories, l’autre argument toxique
Certaines femmes portent un sweat en été pour tirer le rideau sur un corps qu’elles jugent “pas assez conformes”. D’autres le dégainent une fois la nuit tombée pour masquer leur peau, que les prédateurs flairent à des kilomètres. Or, les diktats poussent les plus vulnérables à utiliser le sweat comme un accessoire minceur ou un “brûle graisse”.
C’est d’ailleurs presque une tendance de fond. Sur TikTok, des créateurs de contenu font leur footing avec 5 t-shirt et 3 pulls dans l’espoir “de fondre” plus vite tandis que d’autres partagent leur transformation physique pour vanter cette méthode. Dans ce cas de figure, le sweat n’est plus un bouclier, c’est un vêtement de sudation voué à concrétiser ce sempiternel “summer body”.
Au fond, le sweat en plein été dit peut-être moins quelque chose de la météo que de la manière dont on habite son propre corps. Il raconte ces compromis silencieux qu’on fait entre le confort physique et la tranquillité mentale, entre la chaleur qui brûle la peau et celle, plus sourde, du regard des autres.
Et si la vraie anomalie n’était pas cette couche de coton en plein mois de juillet, mais bien le fait qu’un simple corps “au naturel” puisse encore sembler risqué, exposé, presque provocateur ?
