Toutes les personnes ne sont pas réceptives aux caresses dans les cheveux, aux câlins chaleureux et aux chatouilles espiègles. Si dans le couple, ces gestes complices sont souvent naturels et spontanés, ils ne procurent pas toujours le réconfort escompté. Il y a des partenaires hermétiques au toucher, qui se crispent là où d’autres s’émoustillent. Et ce n’est pas forcément une carence en romantisme ou le signe d’un couple qui vacille. L’explication est souvent plus complexe.
Le corps, coffre-fort de traumas
Si les bisous dans le cou et les tendres papouilles nocturnes font frissonner les uns, ces effusions d’amour en révulsent d’autres. Une paume qui serpente affectueusement les cuisses pendant un dîner, un pouce qui effleure la joue avec une douceur inimitable, des bras qui s’ouvrent en grand, prêts à recevoir toute la misère de notre journée… ces marques de tendresse font presque partie du langage amoureux. En général, elles nous mettent dans un état de pur bonheur et nous rendent ivres de joie.
Pourtant, certaines personnes ne sont pas à l’aise avec ces contacts rapprochés et le vivent comme une intrusion voire une agression silencieuse. Ce sont les mêmes qui fuient la bise, qui prétextent un rhume pour maintenir une distance, qui déclinent les accolades et qui paniquent à la vue d’une main tendue. Même l’être aimé n’a pas le droit de franchir certaines frontières du corps, qui se contracte et se recroqueville à la moindre sollicitation physique.
Peut-être que vous aussi, vous avez des zones d’accès charnelles bien délimitées et que vous reculez dès que votre moitié tente une approche. Et contrairement aux apparences, ce n’est pas le reflet d’une froideur intérieure ou un manque d’empathie. Le corps est particulièrement bavard et contient tout notre historique. Il renferme des souvenirs, parfois douloureux, qui se réactivent par le simple doigté. « J’observe qu’il y a souvent, chez ces personnes qui ont une angoisse du toucher, une histoire corporelle avec la mère plutôt compliquée », explique la psychanalyste Sylvie Consoli auprès de Psychologies. Fuir est donc une manière de se protéger, de garder ces vieux fantômes du passé enterrés sous notre chaire.
Le toucher a été lié à une obligation
Le corps retient toutes les expériences passées : les bisous forcés de l’enfance pour faire preuve de politesse devant les parents, les étreintes au goût de chantage émotionnel d’un ex toxique ou les caresses intéressées d’un premier petit ami peu averti sur le consentement. “Le corps garde en mémoire ce que l’esprit voudrait parfois oublier. Votre inconscient parle alors à travers votre aversion” décrit la sexothérapeute Julie Nélia. Un simple massage sur l’épaule, totalement inoffensif, peut ainsi déclencher un malaise parce qu’inconsciemment vous pensez : « il va attendre plus » ou « il a l’impression que je lui appartiens ».
Même si votre partenaire est rempli de bonnes intentions et souhaite simplement réaffirmer son amour, votre cerveau fait des raccourcis et se met spontanément en mode sécurité pour vous protéger. Le système nerveux apprend des associations et peut réagir automatiquement, c’est un peu comme une sirène de voiture un peu trop sensible, qui se déclenche lorsqu’on la frôle. Pour vous, le toucher est égal à une contrainte, une « monnaie de change ». Ce qui explique pourquoi vous supportez mal le contact physique, surtout dans l’intimité.
Quand la charge mentale rend chaque contact insupportable
Après une journée stressante, à jongler entre les dossiers compliqués du travail et les impératifs de la vie d’adulte, même une main posée doucement sur vous semble « de trop ». Vous avez besoin d’espace et dès que votre partenaire empiète sur votre territoire et s’introduit dans votre bulle, vous lui faites comprendre que ce n’est pas le « bon moment ».
Vous évitez ses bras, vous repoussez ses mains sur le canapé et vous restez au bord du lit pour ne pas rencontrer son corps sous les draps. En résumé, vous êtes déjà tellement surstimulée au quotidien qu’une tape amicale dans le dos ou une tête posée sur vos jambes vous paraissent soudainement très envahissants. « Quand votre esprit est saturé de tâches, de responsabilités ou d’inquiétudes, il devient difficile de trouver de la disponibilité émotionnelle pour l’autre », abonde la spécialiste de couple.
Un signal de menace pour le couple ?
Dans l’imaginaire collectif, procrastiner sur les câlins, couper court aux taquineries et ignorer les appels du corps de l’être aimé n’est pas forcément bon signe. C’est le symptôme universel d’un couple en perdition, qui se meurt doucement. Or, la sexothérapeute tempère : ce n’est pas parce que vous ressentez un inconfort face aux danses nuptiales de votre partenaire que votre romance touche à sa fin. « Votre ressenti n’est pas une preuve d’échec. C’est plutôt le reflet d’une évolution intérieure qui mérite d’être entendue ».
Peut-être aussi que votre langage de l’amour est différent. Lui est certainement plus tactile tandis que vous, vous avez un autre moyen d’expression, moins palpable mais tout aussi symbolique. Il vous dit « je t’aime » à travers un bisou sur le front, des doigts entrelacés pendant une balade, une main sur les hanches et vous lui rendez autrement, au gré de paroles valorisantes ou de cadeaux artisanaux offerts sans occasion spéciale.
Au fond, ne pas aimer être touché ne fait pas de vous une personne froide ou inaccessible. Cela signifie simplement que votre corps possède sa propre grammaire émotionnelle. Et dans une histoire saine, l’amour se conjugue aussi dans cette capacité à apprendre la langue sensible de l’autre, sans la brusquer.
