Non, ce n’est pas un vrai bébé : la troublante tendance des « bébés reborn » fascine et divise

Texture de peau, plis dans les jambes, mains potelées, cils réalistes, visage expressif… les « bébés reborn » ont tout d’un vrai. Créés pour les tournages, ils se hissent désormais dans les bras de « madame tout le monde » et comblent un vide dans les foyers. Sur la toile, les internautes s’occupent de ces bébés inanimés avec autant de précautions qu’un authentique nourrisson. Plus sophistiqués que les baigneurs des catalogues de jouets, les « bébés reborn » attisent autant la curiosité que les critiques.

La folie des « bébés reborn »

Ils ont les traits parfaitement dessinés, les joues remplies, le corps légèrement fripé et un minois à vous rendre gaga. En apparence, ils se confondent avec de vrais nouveau-nés et copient toutes leurs caractéristiques physiques dans les moindres détails. La ressemblance est même troublante. Le trompe-l’œil est adroitement réalisé. Pourtant, à l’intérieur aucun cœur ne bat.

Ces bébés hyperréalistes ne pleurent pas, ne réclament jamais à manger et restent mutiques dans le babyphone. Ils ne sont pas faits de chair et d’os, mais de silicone, d’acrylique et de mohair. À la différence des poupées de notre enfance, médiocres et cheap, les « bébés reborn » sont presque mieux que les originaux. Celles qui se baladent avec ces faux bébés en bandoulière ne sont pas accusées de folie, mais couvertes de félicitations.

Ces bébés factices qui imitent les nourrissons n’étaient pas voués à se retrouver dans le landau des internautes ou à se faire choyer par des femmes en carence affective. À la base, ce n’était que des accessoires de tournage pour filmer des scènes de parentalité sans les contraintes d’un vrai bébé. Réalisés de façon artisanale, les bébés reborn sont délivrés avec un certificat de naissance et peuvent atteindre des milliers d’euros pour les plus travaillés.

Ces « bébés reborn », qui auraient toute leur place dans une vitrine de collectionneur ou un musée, sont promis à un destin plus radieux. Certaines propriétaires prennent d’ailleurs leur rôle de maman très au sérieux. Presque autant que si elles avaient un humain entre les mains.

 

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Source de réconfort ou piège émotionnel ?

Les « bébés reborn » ne sont pas destinés à prendre le thé avec monsieur lapin, ni à investir les bras des enfants hauts comme trois pommes. Contrairement aux jouets d’enfant, qui s’animent avec un bouton et qui ont une allure plus abstraite, ils s’adressent à un public plus mûr, majoritairement féminin. D’ailleurs, il n’y a pas un profil type d’acheteuses. Il y a des adolescentes qui souhaitent s’initier à la puériculture, des femmes âgées qui veulent exprimer leur rôle de grand-mère et retrouver des souvenirs émotionnels rassurants, des familles qui cherchent à panser la douleur d’un deuil prénatal. Il y a également des femmes qui ne peuvent pas devenir mères et qui cherchent à rattraper cette maternité autrement.

Les « bébés reborn » n’ont pas une fonction décorative ou récréative. Ils rassurent et réconfortent celles qui les portent. Du moins, ce sont les arguments qu’elles avancent sur la toile. Cependant, aucune étude scientifique sérieuse n’est venue confirmer cette prétendue vertu thérapeutique. Au contraire, certaines sages-femmes craignent que les bébés reborn brouillent la frontière avec la réalité et retardent le deuil dans le cas d’une perte à la naissance. Dans les colonnes du magazine ELLE, la psychiatre Christine Barois parle carrément d’un « processus de dissociation » quand l’adulte considère l’objet comme un véritable enfant.

Quand la pratique vire à l’extrême

Les « bébés reborn » ne respirent pas, mais ils ont un mode de vie royal et profitent d’un amour sans limites. Celles qui se sont fait baptiser « mamans reborn » sont aux petits soins avec cet enfant qui n’en est pas un. Elles emballent leur bébé dans des vêtements coquets, les promènent dans la rue armées de poussettes dernier cri, simulent des repas et monopolisent même les toilettes dotées de table à langer. Elles se baladent avec tout le nécessaire de puériculture : couche, poudre de lait, lingette, tétine, biberon. Certaines d’entre elles sont tellement prises « au jeu » qu’elles en oublient que ce bébé n’a pas de besoins ni d’émotions. Ces scènes, qui pourraient bien inspirer un nouvel épisode de « Black Mirror », dérangent le grand public.

Sous ces vidéos qui montrent des mamans reborn en action, les internautes expriment leur colère. Ils les accusent de priver les véritables mères de petits pots, de couches et d’autres essentiels de naissance. Ils estiment que c’est une forme de gaspillage. « Il faut se faire soigner à ce stade », « Donc c’est à cause de vous qu’on se retrouve bloqués dans le bus avec nos poussettes ? », « C’est du délire », « Comment peut-on avoir la conscience tranquille en agissant ainsi ? ». Pourtant, malgré cette grogne ambiante, de plus en plus de femmes adoptent des bébés reborn pour expérimenter la maternité sans les inconvénients qui vont avec. Au Brésil, la tendance est telle qu’une « journée de la cigogne reborn » a été instaurée à Rio. Le pays envisage également une législation pour encadrer la pratique et éviter les débordements.

Choyés comme des vrais, les bébés reborn meublent le quotidien et le cœur, mais ne le remplissent jamais vraiment. Finalement, pour s’apaiser dans les moments durs, rien de mieux qu’un doudou imprégné de notre odeur. Au moins, c’est sans risque.

Émilie Laurent
Émilie Laurent
Dompteuse de mots, je jongle avec les figures de style et j’apprivoise l’art des punchlines féministes au quotidien. Au détour de mes articles, ma plume un brin romanesque vous réserve des surprises de haut vol. Je me complais à démêler des sujets de fond, à la manière d’une Sherlock des temps modernes. Minorité de genre, égalité, diversité corporelle… Journaliste funambule, je saute la tête la première vers des thèmes qui enflamment les débats. Boulimique du travail, mon clavier est souvent mis à rude épreuve.

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