À partir de septembre 2026, l’État de New York franchira un cap inédit : la formation aux cheveux bouclés, frisés et crépus deviendra obligatoire dans toutes les écoles de coiffure. Une mesure simple en apparence, mais qui répond à des décennies de discrimination capillaire silencieuse.
Un problème que tout le monde connaît, mais que personne ne réglait
Combien de fois a-t-on entendu cette phrase dans un salon : « Je ne sais pas faire les cheveux crépus » ? L’exclusion des cheveux texturés du cursus général de coiffure est une conséquence directe de l’histoire ségrégative des salons américains : les manuels pédagogiques se concentraient quasi exclusivement sur les cheveux raides ou légèrement ondulés, laissant de côté toute une partie de la population. Le résultat ? Des générations de coiffeurs diplômés, compétents sur certaines textures, totalement démunis face à d’autres.
60 % de la population, 8 États formés
Le paradoxe est flagrant. Plus de 60 % de la population américaine possède des cheveux texturés. Et pourtant, jusqu’ici, seuls 8 États sur 50 avaient rendu obligatoire la formation à ces textures dans les écoles de coiffure. 75 % des coiffeurs déclarent vouloir plus de formation sur les différents types de cheveux – mais comme cette formation n’était pas obligatoire, ils n’acquéraient pas ces compétences avant d’exercer. Un vide de formation qui a des conséquences très concrètes pour des millions de clientes.
La loi signée, New York change les règles
C’est la gouverneure Kathy Hochul qui a signé le texte, porté par la représentante Michaelle Solages et le sénateur Jamaal Bailey. Le sénateur Bailey a résumé l’enjeu sans détour : « Les standards actuels ne préparent souvent pas suffisamment les professionnels à travailler avec des textures capillaires diverses. Ce fossé impacte de manière disproportionnée les femmes et les filles de couleur, qui font face à des difficultés pour obtenir des services adaptés à leurs besoins ». La loi entre pleinement en vigueur en septembre 2026.
Concrètement, qu’est-ce qui change dans les écoles ?
Rien de révolutionnaire dans le volume de formation – les heures totales restent les mêmes. Ce qui change, c’est ce qu’on enseigne dedans. Les écoles devront désormais consacrer du temps à l’analyse de tous les types de cheveux, aux soins adaptés aux cheveux naturels, aux techniques de tressage et de pose d’extensions, et au coiffage des cheveux texturés – mise en forme des boucles, brushing adapté, coiffage naturel. Des compétences qui semblent évidentes, mais qui jusqu’ici n’étaient tout simplement pas au programme.
« Un cadre légal contre la discrimination »
Michaelle Solages, elle-même femme noire aux cheveux texturés, a précisé la portée de la réforme : « Il est devenu clair que des mesures plus concrètes étaient nécessaires. Cette loi est une réponse au besoin continu de diversité et d’inclusion dans l’industrie de la cosmétologie, afin de s’assurer que tout le monde, quel que soit son type de cheveux, reçoive l’attention et l’expertise qu’il mérite dans les salons ». Derrière la question de la formation, c’est bien celle de la discrimination qui est posée : refuser de coiffer quelqu’un parce qu’on ne sait pas le faire, c’est aussi une forme d’exclusion.
Et après New York ?
Selon la New York State Beauty School Association, les établissements devraient pouvoir intégrer ces nouvelles exigences sans difficulté majeure. La Professional Beauty Association, qui a soutenu la réforme depuis le début, a exprimé son espoir de voir d’autres États adopter rapidement des législations similaires – et de faire de New York un modèle à l’échelle nationale. La question n’est plus de savoir si c’est possible. New York vient de prouver que c’est fait.
En résumé, former tous les coiffeurs à tous les cheveux, c’est une évidence qui a mis des décennies à devenir une obligation. New York vient de franchir ce pas. Et pour des millions de femmes qui ont longtemps entendu « désolée, je ne sais pas faire », c’est bien plus qu’une réforme administrative. C’est une reconnaissance.
