Et si les chants de Noël étaient eux aussi pollués par le sexisme ?

Il est particulièrement réjouissant de fignoler les derniers détails avant l’arrivée des convives au son des classiques de Noël. Les « Christmas Carols » comme les appellent nos ami.e.s anglophones font partie intégrante du paysage hivernal. Pourtant, il semblerait que malgré toute leur magie, elles n’aient pas réussi à échapper à des paroles problématiques. Et si les chants de Noël étaient sexistes ? Réponses.

« Baby, It’s Cold Outside », la négation du consentement

Récompensée aux Oscar comme « Meilleure chanson originale » du film Neptune’s Daughter (Edward Buzzell, 1949), « Baby, It’s Cold Outside » de Frank Loesser fait toujours parler d’elle. En effet, en 2018 aux États-Unis, plusieurs radios locales ont pris la décision de suspendre la diffusion du classique de Noël sur leurs ondes. Ils condamnent un dialogue entre un homme et une femme dont le « non » est concrètement ignoré.

Si la voix de la femme énonce « non, non, non Monsieur » ainsi que son envie de partir, ce dernier rétorque à plusieurs reprises en omettant le refus de son interlocutrice. Parmi toutes les justifications sexistes qu’il trouve pour se rapprocher d’elle, l’ego est l’une des plus marquantes. « Quel intérêt y a-t-il à blesser ma fierté ? ». En effet, comme si les ressentis des femmes n’avaient pour jauge que l’amour-propre masculin.

À son propos, l’animateur radio Glenn Anderson commentait : « Je réalise que lorsque la chanson a été écrite en 1944, c’était une autre époque, mais maintenant quand on lit ça, ça sonne très manipulateur et mauvais. Le monde dans lequel nous vivons est très sensible maintenant, et les gens sont facilement offensés, mais dans un monde où «#MeToo a enfin donné aux femmes la voix qu’elles méritent, cette chanson ne trouve pas sa place ».

Si beaucoup se sont offusqué.e.s de la polémique autour de ce classique chant de Noël, un groupe de féministe a, contre toute attente, pris sa défense. Elle pointe qu’à l’époque de la composition du morceau, une femme « de bonne réputation » se devait de refuser les avances – même quand elles étaient bienvenues. De fait, selon les militantes, cette chanson serait l’expression masquée de la sexualité active et embrassée de la protagoniste selon les codes des années 40.

« Dear Santa (Bring Me a Man for Christmas) » et une idée des femmes dépendantes des hommes

Cette chanson de 1983 interprétée par les Weather Girls parle d’elle-même dès le titre. « Dear Santa (Bring Me a Man for Christmas) » ou « Cher Père Noël, amène moi un homme pour Noël » sous-entend que la complétude des femmes ne serait atteignable que par le biais d’un homme. Un schéma réducteur et fondé sur l’hétérosexualité comme norme.

Pourtant, les Weather Girls sont avant tout réputées pour leur reprise du hit « It’s Raining Men ». Elles y inversent les rôles et deviennent les « coureuses de jupons », se réjouissant d’une averse d’hommes divers. « Il pleut des hommes, hallelujah (…) / Je vais sortir pour courir et me laisser devenir / Complètement humide ». Des paroles à double sens qui rendent aux femmes leur envie de séduction sans règles sexistes.

« Santa Baby », l’exception ambigüe

La voix d’Eartha Kitt sur « Santa Baby » est l’une des plus connues dans le domaine des chants de Noël. Un ton haut perché, des phrases qui se traînent et des paroles équivoques à l’attention du père Noël… cette chanson brouille les pistes. Fait-il alors partie des chants de Noël sexistes ?

Qualifiée de « femme la plus provocatrice du monde » par le réalisateur Orson Wells, Eartha Kitt est un personnage à double facette. Danseuse et chanteuse de music-hall, elle est ce qu’il y a de plus proche d’une pin-up. Cependant, ce statut fait débat au sein de la communauté féministe. Femme fatale en pleine possession de ses moyens de séduction ou objet de fantasmes ? Tourne-t-elle à son avantage une case dans laquelle elle a été rangée ? Ou bien se fait-elle le pantin des songes sexistes ? La question reste ouverte.

Alors que Noël et tout ce qui le compose sont souvent intouchables, la fête n’échappe malgré tout pas à quelques biais misogynes. Tous les chants de Noël ne sont pas sexistes. Mais il reste important de se questionner sur la nature des objets culturels que nous consommons. Les œuvres artistiques sont le miroir de la société dans laquelle elles sont produites. Si le contenu de leur discours engage avant tout leur créateur.rice, il revient aux auditeur.rice.s de rester critiques.

Faustine Moulin
Faustine Moulin
Formée en radio, j'ai fait mes classes à base de chroniques et interviews concernant la scène musicale et autres sujets plus niches les uns que les autres. Rédactrice passionnée et extravertie qui aime rentrer chez elle à la fin de la journée, je cherche l'intérêt dans tous les sujets.

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