Des courts-métrages pour dénoncer les violences obstétricales

En juin 2018, le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes livrait un rapport terrifiant sur les violences obstétricales et gynécologiques dont les femmes seraient régulièrement victimes en France. Deux ans plus tard, c’est le réalisateur Nils Tavernier qui s’empare du sujet en signant trois courts-métrages forts et touchants pour dénoncer ce problème.

Remarques, manque d’écoute, non-respect du consentement… les difficultés des femmes face aux soignants dénoncées

Voilà plusieurs années déjà que la parole se libère autour des violences gynécologiques et obstétricales que subissent les femmes en France. En 2014 notamment, les témoignages se multipliaient sur Twitter grâce au hashtag #PayeTonUtérus. On découvrait alors les remarques, le sexisme, la grossophobie, la violence psychologique et même physique que certaines femmes subissaient à l’occasion d’une grossesse ou d’un suivi gynécologique. D’autres scandales étaient venus s’ajouter à ces témoignages effarants. Celui du « point du mari » et des touchers vaginaux pratiqués sur des patientes endormies et donc non consentantes par des étudiants en médecine, notamment.

Ce vaste et lourd sujet, c’est donc désormais Nils Tavernier qui s’en empare. Le réalisateur signe ainsi une série de trois courts-métrages baptisée « Et si on s’écoutait », en collaboration avec la « Maison des femmes » et le CEGORIF. Trois épisodes pour trois scènes ô combien réalistes et pour cause ! Le réalisateur dit n’avoir fait que retranscrire à l’écran ce qu’il a pu lire dans le rapport du Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes.

« Mais vous ne preniez pas la contraception ? »

Le premier épisode sur ces violences obstétricales met ainsi en scène une jeune femme enceinte. Elle voudrait subir une IVG mais n’est pas encore sûre de son choix. Elle doit réfléchir, et espère que le rendez-vous médical auquel elle se rend lui apportera les réponses qu’elle cherche. Cet entretien tourne pourtant au fiasco. Le médecin semble pressé pour ne pas dire agacé, le rendez-vous est expéditif, de petites phrases pleines de jugement comme « Mais vous ne preniez pas de contraception ? » sont prononcées. La jeune femme ne bénéficie pas de l’écoute qu’elle recherchait et se retrouve alors seule face à elle-même avec des questions toujours sans réponses…

« Allez, vous en ferez un autre ! »

Le deuxième épisode sur les violences obstétricales met en scène une femme enceinte souffrant de saignements. Elle se rend aux urgences gynécologiques. L’attente est interminable. Et quand vient enfin son tour de consulter le médecin les choses ne se déroulent pas, là encore, comme elle l’espérait. Le cœur du bébé ne bat plus. Le médecin termine son examen et expédie la consultation laissant sa patiente en pleurs dans la salle. Une infirmière arrive alors en lui lançant un simple « Allez, vous en ferez un autre ». Au cours de cet entretien, ni la souffrance de la patiente ni ses volontés ne semblent avoir été entendues et respectées.

« Mais c’est pour votre bien ! »

Troisième et dernier épisode. On suit ici une femme enceinte avant et au moment de son accouchement. La patiente fait part de ses envies. Elle aimerait accoucher dans l’eau ce qui lui est refusé. Elle souhaite alors pouvoir accoucher positionnée sur le côté. Nouveau refus. Elle exprime également son souhait de ne pas subir de péridurale. Une nouvelle fois sa demande n’est pas satisfaite. Au moment de l’accouchement son compagnon s’approche pour filmer la scène. La sage-femme l’arrête lui disant « Ha non non je pense que vous n’avez pas envie de voir ça ». La maman pousse, fait de son mieux mais l’équipe qui entoure la patiente commence à s’impatienter. Elle devient pressante. Lorsque le bébé sort le médecin dira alors « Vous voyez, quand on les menace ça va toujours plus vite. »

La critique d’un système

Derrière les violences obstétricales et gynécologiques se cache pourtant un autre problème que celui du manque d’empathie, d’écoute et du jugement de certains soignants. « Et si on s’écoutait » montre aussi à voir un système de santé brutal où les praticiens peinent à pouvoir travailler correctement.

Les cabinets médicaux et l’hôpital ressemblent à des usines où les consultations s’enchaînent. Les professionnels de santé quels qu’ils soient manquent cruellement de temps et semblent dépassés par la quantité de travail qui leur incombe. La charge mentale qui repose sur leurs épaules est énorme. Comment dans ces conditions soigner correctement leurs patients ? Comment être à l’écoute de leurs besoins ?

Ces courts-métrages ne dénoncent donc pas seulement les violences obstétricales et gynécologiques. Ils dénoncent aussi un système de santé qui traite les patients à la chaîne. Les choses doivent aller vite et bien. Et tant pis si le confort émotionnel et les désirs des patientes ne sont pas entendus et respectés…

Des courts-métrages qui, on l’espère, contribueront à sensibiliser l’ensemble du personnel soignant aux violences obstétricales et gynécologiques qu’ils peuvent, parfois même involontairement, faire subir aux femmes. Aux responsables politiques ensuite de prendre la mesure des conséquences du manque de moyens sur les citoyens et les soignants.

Carole Guidon
Carole Guidon
Les rondeurs ne sont pas synonymes de laideur. Le corps gros n'est pas forcément un fardeau. Moi-même, je suis une jeune fille ronde et épanouie qui s'assume. J'aime la vie et les plaisirs simples. Et j'ai à cœur de militer au quotidien contre la grossophobie qui gangrène notre société. Derrière chaque corps se cache une histoire, heureuse ou douloureuse, mais toujours unique, qu'on gagnerait à accueillir avec respect et humilité.
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