Nous sommes nombreuses à nous habiller pour les autres et pas pour nous. Nous choisissons nos vêtements sur la base de tendances toutes écrites, sans jamais laisser les pleins pouvoirs à notre personnalité. La créatrice de contenu @jessiejolles, elle, a un dressing éclectique qui reflète son bouillonnement intérieur. Cette femme, qui se présente à sa communauté comme “l’amie excentrique”, est habitée par l’art de la mode. Son dressing s’apparente plus à un cabinet de curiosités qu’à une série d’habits branchés.
Quand la mode dialogue avec une imagination débordante
Lorsqu’on se prépare le matin, on prend le soin d’associer les couleurs avec intelligence et on s’assure de ne pas enfreindre la règle des trois teintes autorisées. On essaye plusieurs tenues la veille pour vérifier la compatibilité de chaque pièce et on puise dans nos tableaux Pinterest pour avoir un calque fiable en guise d’inspiration. On ne le fait pas pour notre plaisir personnel, simplement pour avoir bonne conscience dans nos enjambées quotidiennes. Il serait bien embêtant de récolter des regards désapprobateurs lors de nos excursions urbaines.
Alors que l’on redouble de prudence dans nos compositions mode et que l’on respecte à la fois la colorimétrie, les conseils morphologiques et les hashtags en vogue, la créatrice de contenu @jessiejolles, elle, suit tout simplement son instinct. Elle n’écoute pas les prescriptions mode des magazines mais la petite voix dans sa tête et elle est particulièrement pipelette. Avec ses looks carnavalesques, à la croisée de tous les genres et de toutes les époques, elle fait la promotion de l’expression de soi. Pour un regard innocent, habitué aux images des cleans girls et aux allures saturées de beige, ces tenues sont riches en informations.
Si pour les puristes de la mode, elles ressemblent plus à des déguisements qu’à des looks de tous les jours, pour Jessie, c’est une façon de se raconter. Robe aux allures de guirlande, chapeau en trompe l’œil à l’apparence d’un champignon, crocs gavés de charm’s, pull doté de dents … Ses pièces sont dignes d’un musée ou du décor d’Alice au pays des merveilles. D’ailleurs elle ne s’approvisionne pas dans les boutiques “grand public” : elle trouve son bonheur chez les vendeurs de costume, au coeur des brocantes ou dans des merceries.
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Des vêtements comme l’extension de la personnalité
Cette enfant rebelle de la mode, qui voit du potentiel dans des objets que personne n’oserait porter, est totalement hermétique au regard des autres et enchaîne les démonstrations oniriques. Certains diront qu’elle a un style lunaire ou complètement loufoque mais ce grain de folie est pleinement assumé. C’est d’ailleurs sa ligne artistique, son empreinte esthétique.
Alors que la plupart des femmes passent une grande partie de leur existence à se priver de pièces mode par crainte de paraître ridicule ou de déroger au thème actuel, Jessie, elle, vit la mode intensément, voire dangereusement. Elle empile les colliers cubiques par dizaines alors que les fashionistas de la toile revendique un maximalisme calculé. Elle pratique la technique du layering, en mélangeant des motifs souvent jugés contradictoires ou en multipliant les matières opulentes.
Finalement, elle se plaît à contourner les normes et à réinterpréter les codes. D’ailleurs, elle aspire à se muer en œuvre là où d’autres rêvent de copier les clichés aseptisés de la toile. Elle s’amuse là où d’autres se prennent constamment au sérieux et traite avec légèreté ce que les plus branchées abordent comme un concours permanent.
Une invitation à lâcher prise avec ses vêtements
Si Jessie donne l’illusion d’être un personnage hybride avec des bouts de Harley Quinn, du Chapelier Fou et de Lady Gaga, elle fait ressurgir son enfant intérieur à chaque fois qu’elle passe devant la penderie. Dès qu’il faut emballer sa silhouette, les idées fusent et le cerveau bouillonne. Elle est comme une fillette devant une feuille blanche. Entre ses mains, les fleurs artificielles vouées à fleurir les extérieurs se transforment en accessoires pour cheveux tandis que des Barbies rescapées de nombreuses années de jeu se suspendent à son cou.
Chez Jessie, rien n’est véritablement décoratif. Chaque détail possède une histoire, une texture, une couleur ou une intention. Un accessoire n’est jamais simplement un accessoire : il devient le point de départ d’un nouveau personnage. Une paire de lunettes extravagantes suffit à modifier l’allure, quelques rubans métamorphosent une coiffure et une broche oubliée au fond d’une boîte à bijoux retrouve soudain une raison d’exister.
Derrière ses silhouettes spectaculaires se cache finalement une philosophie très simple : porter ce qui nous rend heureuse. Pas ce qui récoltera le plus de compliments. Pas ce qui correspondra parfaitement aux tendances du moment. Et surtout pas ce qui permettra de passer inaperçue.
Jessie ne nous apprend donc pas forcément à nous habiller comme elle. Et c’est précisément là que réside l’intérêt de sa démarche. Elle nous encourage plutôt à chercher notre propre étrangeté, notre propre détail incongru, cette petite chose que l’on aurait autrefois retirée devant le miroir par peur d’en faire trop.
