Jennyfer n’a finalement pas dit son dernier mot. Après sa liquidation judiciaire en 2025, la marque revient dans les rayons sous l’aile du Groupe Beaumanoir. Et celles qui y achetaient leurs premiers jeans il y a vingt ans risquent de croiser une nouvelle génération devant les portants.
Un sac Jennyfer à la main après une virée en centre commercial, cela rappellera quelques souvenirs à beaucoup d’entre nous. Pour certaines, l’enseigne était même une étape presque obligatoire de l’adolescence dans les années 1990 ou 2000. Puis les boutiques ont progressivement disparu. En avril 2025, Jennyfer a été placée en liquidation judiciaire après plusieurs années difficiles. Deux mois plus tard, le Groupe Beaumanoir reprenait officiellement la marque ainsi que 26 magasins français.
Aujourd’hui, Jennyfer revient réellement. Ses vêtements sont proposés en ligne et dans une partie des magasins Vib’s, aux côtés de Cache Cache, Bonobo et Bréal.
Jennyfer revient, mais pas exactement comme avant
Le logo est familier. Le modèle de distribution l’est beaucoup moins. Presse-Citron indique que la marque est désormais présente dans 50 magasins Vib’s en France. On peut également commander directement sur le site Jennyfer, qui propose actuellement jeans, pantalons, vestes, tops et basiques.
Ce retour s’inscrit dans une stratégie plus large du Groupe Beaumanoir. Lors du rachat en juin 2025, le groupe avait annoncé vouloir intégrer Jennyfer à une offre mode capable de toucher une clientèle plus large. Vib’s réunit aujourd’hui quatre marques et revendique justement un concept « multimarque, multigénérations, multistyles »
- Autrement dit, Jennyfer ne retrouve pas simplement la boutique de notre adolescence.
- Elle change de décor.
- Et c’est probablement ce qui rend ce retour plus intéressant qu’une opération nostalgie avec quelques crop tops et un vieux logo ressorti des archives.
La marque qui habillait une génération se retrouve donc face à ses filles.
Une marque adolescente peut aussi laisser grandir celles qui l’ont portée
C’est là que le retour de Jennyfer touche à quelque chose de très familier. À 16 ans, on pouvait acheter un jean parce qu’il était tendance. À 35 ou 45 ans, nos envies ne sont plus forcément les mêmes. Notre corps non plus. Et heureusement. Cela ne veut pas dire qu’il faudrait soudain abandonner toutes les marques de notre jeunesse.
Un vêtement n’a pas de date de péremption liée à notre âge. Vous avez aimé Jennyfer adolescente et un pantalon vous plaît aujourd’hui ? Il n’y a pas de comité chargé de vérifier votre année de naissance à l’entrée du dressing.
À l’inverse, inutile non plus de retourner vers une marque uniquement parce qu’elle évoque de bons souvenirs. La nostalgie n’oblige à rien. Cette liberté correspond assez bien au discours affiché aujourd’hui par Vib’s. Le groupe explique vouloir sortir d’une mode « imposée et standardisée » et encourager chacun à mélanger marques, matières et couleurs selon ses propres envies.
Sur le papier, le positionnement colle plutôt bien à une façon plus détendue de s’habiller : prendre ce qui nous plaît et laisser le reste sur le portant. Pas besoin de se demander si une pièce « fait trop jeune », « trop mature » ou convient théoriquement à telle silhouette. Le miroir et votre confort ont largement assez de travail sans leur ajouter un règlement intérieur.
Le vrai défi commence maintenant pour Jennyfer
Revenir dans les rayons est une chose. Retrouver durablement une place dans les dressings en est une autre. Le secteur français du prêt-à-porter a été particulièrement secoué ces dernières années. Jennyfer n’est d’ailleurs pas la seule enseigne connue à avoir changé de mains. Naf Naf a également été reprise par le Groupe Beaumanoir en 2025, tandis que plusieurs autres marques historiques ont connu restructurations, fermetures ou liquidations.
Jennyfer doit désormais séduire des clientes qui ont aussi pris d’autres habitudes : seconde main, enseignes en ligne, petites marques, plateformes internationales ou simplement achats moins fréquents. Son nom lui donne néanmoins quelque chose qu’une nouvelle marque ne peut pas acheter facilement : des souvenirs. Le plus malin serait peut-être de ne pas rester prisonnière de ceux-ci.

Parce qu’entre la femme qui portait Jennyfer au lycée et celle qu’elle est devenue, beaucoup de choses ont changé. Son style, ses envies, son quotidien et parfois son rapport à son corps.
Elle n’a pas besoin de redevenir l’adolescente qu’elle était pour remettre un pied chez Jennyfer. Elle peut juste regarder les portants, essayer ce qui lui plaît et passer son chemin devant le reste.
Finalement, c’est peut-être ça, le retour le plus réussi : retrouver une ancienne marque sans avoir besoin de retrouver son ancien corps.
