C’est un motif à double tranchant et il peut vite faire tache dans les tenues s’il n’est pas correctement associé. Étalé sur des sacs, des robes ou des pantalons à pinces, l’imprimé léopard peut aussi bien incarner l’élégance que la cagol. Si peu de femmes s’y risquent par crainte de frôler le mauvais goût, la créatrice de contenus @purelypatricia en a fait sa griffe, sa patte, son identité visuelle. À un âge où les femmes se contentent généralement de teinte neutre, cette rebelle du style s’approprie cette toile sauvage.
À 60 ans, elle fait du léopard une seconde peau
Inspiré du pelage du félin, le motif léopard a naturellement trouvé sa place sur un autre territoire à la concurrence féroce : le monde de la mode. Un temps jugé cheap ou contraire à l’élégance, il n’a pas tout de suite trouvé son public et règne seulement sur des corps qui savent le maîtriser. Chasse gardée d’une élite de podium, c’est un imprimé controversé chargé de sous-entendus.
En général, il faut s’appeler Gwyneth Paltrow ou Kate Moss pour s’y frotter sans voir l’adjectif “cougar” ou “vulgaire” détaler. Pourtant, une sexagénèaire désinvolte brave toutes les règles mode et dompte le motif léopard sur un corps où il ne s’expose jamais. Si sur les femmes de son âge, ce design animalier peut facilement tomber dans le cliché et faire kitsch, @purelypatricia l’apprivoise sans modération, en version intégrale.
Chanel avait son tweed, Karl Lagerfeld son col haut et @purelypatricia, elle, a le motif léopard dans la peau. Cette femme, véritable personnage, enfreint les “bonnes pratiques” mode de son âge et prouve que la soixantaine peut se vivre en couleurs. Amatrice du style maximaliste, elle envisage chaque tenue comme un spectacle pour les yeux. Déclinaison de grosses boules dorées autour du cou, soulier fuschia façon Renaissance, gilet à strass, gants en velours, le tout parsemé de léopard. Elle a indéniablement une allure de tapis rouge. Ses rides et ses cheveux d’argent se font rapidement oublier dans ce melting-pot de matières et de motifs.
@purelypatricia Leopard everywhere! 🐆✨ #fauxfurcoat #fauxfur #leopardprint #furcoat #purelypatricia ♬ original sound – purelypatricia
L’art d’assumer tous les excès, une façon saine d’aborder la mode
Si dans son pseudo Patricia utilise un mot relatif à la pureté, son style, lui, est loin de faire partie du même champ lexical. D’ailleurs, il est indéfinissable. Alors que les normes esthétiques voudraient enfermer les femmes du troisième âge dans des tenues insipides et d’une banalité sans nom, Patricia, elle fait tout l’inverse. Elle conjugue tous les interdits en une seule silhouette. Sa garde-robe n’est pas un amas de pull bleu ou de chemisier noir.
C’est un réjouissant concentré de tissus volumineux, de chapeaux baroques, de robes au design surréaliste et de manteaux qui semblent rescapés d’une malle aux trésors. Toutes les couleurs du cercle chromatique s’y trouvent. Pour résumer, sa penderie est un incroyable patchwork. Quand elle ne porte pas son léopard de prédilection, cette mamie fantasque empile les pièces les plus fracassantes de son armoire à la manière d’un éblouissant layering.
Gravure de mode née avec son rouge à lèvre dessinée au carré et son maquillage opulent, elle montre à quoi ressemble le libre-arbitre sur une femme de soixante ans. Patricia est une œuvre d’art ambulante, une distraction de rue. Elle ne compose pas ses tenues selon des conseils écrits sur papier glacé mais selon son instinct. Elle a l’imagination d’un enfant de 7 ans dans un corps de retraitée. Ces pièces, qui, prises indépendamment, paraissent totalement loufoques, trouvent un sens, une narration, lorsqu’elles se mettent en scène. Patricia est comme habitée par ses tenues. Et c’est presque un luxe à une ère où les femmes de son âge sont plutôt prisonnières des injonctions.
Rares images d’une sénior qui s’habille comme bon lui semble
À travers ses looks, Patricia semble surtout avoir compris une chose : s’habiller n’a rien à voir avec l’âge que l’on affiche sur son état civil. Là où certaines femmes finissent par ranger au placard les pièces jugées trop voyantes, elle fait exactement l’inverse. Elle ose les imprimés, les volumes, les couleurs et les accessoires démesurés avec une assurance désarmante. Le résultat est parfois extravagant, souvent spectaculaire, mais surtout profondément personnel.
Sur son compte Instagram, chaque apparition ressemble ainsi à une petite leçon de liberté stylistique. Tantôt drapée dans son fameux léopard, tantôt vêtue d’une silhouette multicolore ou coiffée d’un couvre-chef théâtral, la sexagénaire ne cherche visiblement pas à se fondre dans le décor. Elle attire le regard et semble parfaitement à l’aise avec cette attention. Finalement, ses tenues ne cherchent pas à rajeunir son apparence : elles accompagnent au contraire son âge, ses cheveux argentés et son visage marqué par le temps, sans jamais les dissimuler.
Et c’est peut-être là que réside toute la singularité de Patricia. Elle ne donne pas l’impression de vouloir correspondre à l’image traditionnellement associée à une femme de 60 ans. Pas de beige par défaut, pas de silhouette sage imposée, pas de garde-robe pensée pour se faire discrète. À la place, elle revendique une mode joyeuse, décomplexée et presque enfantine, où le plaisir de se regarder dans le miroir semble être la seule véritable règle.
Son léopard n’est donc pas qu’un imprimé. À force de le porter, de le décliner et de l’associer à des pièces toujours plus inattendues, Patricia en a fait une véritable signature. Une façon, peut-être, de rappeler qu’après 60 ans, la mode ne devrait pas devenir une liste d’interdits, mais rester ce qu’elle a toujours été : un formidable terrain de jeu.
