À 70 ans, elle soulève 62,5 kilos et devient championne du monde

Elle avait commencé par de la simple remise en forme.

Sept décennies au compteur, une barre chargée à 62,5 kilos, et un record de France amélioré au passage. Françoise Zielman habite Roye, dans la Somme. Elle est secrétaire de son club de force athlétique, et depuis le mois de mai elle est championne du monde de développé couché dans sa catégorie. Son parcours n’a rien d’un destin tracé : elle est arrivée là par une porte que beaucoup de femmes n’osent pas pousser. Voici ce que son histoire dit du sport après 70 ans.

Ce qu’elle a réellement accompli

Le développé couché consiste à soulever une barre en position allongée, bras tendus vers le haut. Aux championnats du monde de mai dernier, dans la catégorie M4 des moins de 76 kilos, la barre minimale à franchir pour décrocher le titre était fixée à 55 kilos. Françoise Zielman en a soulevé 62,5 kilos, améliorant son propre record de France au passage. Interrogée par France 3 Hauts-de-France, elle expliquait n’avoir pas voulu se contenter du minimum : elle visait 65 kilos. La formule qu’elle emploie pour décrire sa performance est restée dans le titre du reportage, et elle vise juste : « des hommes n’en sont pas capables ».

Comment tout a commencé

Rien dans son parcours ne ressemble à une vocation. Elle a d’abord fait de la remise en forme, sans autre ambition que de bouger. C’est dans le cadre de son programme de musculation qu’on lui a fait découvrir le développé couché, puis qu’on l’a encouragée à aller plus loin. De là, elle est devenue athlète de haut niveau.

Ce détail compte plus qu’il n’y paraît. Elle n’a pas décidé à 65 ans de devenir championne du monde : elle a franchi une porte qu’on lui a ouverte, puis une autre. C’est une trajectoire beaucoup plus accessible que celle qu’on imagine.

Ce que les chiffres racontent d’autre

Barre minimale pour le titre mondial 55 kg
Charge soulevée 62,5 kg
Objectif qu’elle s’était fixé 65 kg
Catégorie M4, moins de 76 kg
Adversaires dans sa catégorie Aucune, après un désistement

Ce tableau dit quelque chose de moins glorieux : elle a concouru seule dans sa catégorie, sa seule adversaire japonaise s’étant désistée. Autrement dit, les femmes de plus de 70 ans qui pratiquent la force athlétique au niveau mondial se comptent sur les doigts d’une main. Ce n’est pas une question de capacité physique, c’est une question de nombre de femmes à qui on a dit que c’était possible.

Le coût que personne ne mentionne

Le reportage évoque un aspect rarement abordé dans les portraits sportifs : la charge financière. Les hôtels sont imposés, avec deux nuits minimum pour les contrôles antidopage, et le voyage s’ajoute à la facture. Tout est à la charge des athlètes. Françoise Zielman a pu participer grâce au soutien de la ville de Roye et de sponsors.

Devenir championne du monde à 70 ans suppose donc, en plus de l’entraînement, de trouver un financement. C’est un obstacle concret, et il explique probablement une partie des catégories désertées.

Pourquoi ce type de parcours reste rare

Il existe pourtant des données rassurantes sur le sujet. Les recherches menées auprès d’athlètes seniors décrivent des bénéfices qui dépassent largement le physique : les femmes interrogées évoquent un changement de perception d’elles-mêmes, le fait de ne plus seulement se voir comme mère, épouse ou ancienne professionnelle, mais aussi comme athlète. D’autres décrivent une douleur qui diminue à mesure que les muscles se renforcent et soutiennent les articulations fragiles.

Ce qui manque n’est donc pas la preuve que ça fonctionne. Ce sont les modèles visibles et les portes qu’on ouvre.

Ce que ça change à l’image du corps après 70 ans

L’imagerie dominante du sport senior tourne autour de la marche douce, de l’aquagym et de la prévention des chutes. Ce sont d’excellentes pratiques, mais elles véhiculent une idée précise : après un certain âge, le corps se ménage, il ne se dépasse plus.

Une femme de 70 ans qui charge une barre à 62,5 kilos raconte autre chose. Elle ne dit pas que tout le monde devrait soulever de la fonte, elle dit que le plafond n’est pas là où on l’a placé. Et sur ce point, elle reste prudente : elle se sait en forme aujourd’hui, elle souhaite que ça dure, et elle préfère ne pas trop s’avancer sur la suite.

Et si le sport ne vous intéresse pas ?

Alors ce portrait n’est pas une injonction. Il n’y a aucune obligation à se mettre à la musculation, à courir, ou à faire quoi que ce soit de son corps passé 60 ou 70 ans. Vieillir tranquillement, sans performance ni objectif, est un choix parfaitement valable et personne n’a de comptes à rendre là-dessus. Ce que ce genre d’histoire apporte, ce n’est pas un modèle à suivre : c’est une possibilité de plus dans un paysage qui en propose très peu aux femmes de cet âge. Libre à chacune de la prendre ou de la laisser.

Saïd Laribi
Saïd Laribi
Jeune papa d'une petite fille, je m'intéresse aux représentations du corps, à l'estime de soi et à la façon dont elles se transmettent d'une génération à l'autre. Pour moi, grandir en se sentant à sa place n'a rien d'évident, et c'est ce qui me motive à partager des contenus qui ouvrent le regard plutôt qu'ils ne dictent une norme

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