Depuis plusieurs années maintenant, les rondeurs ont déserté les podiums de la Fashion Week. Après avoir suscité un espoir collectif en diversifiant ses castings et en présentant des mannequins plus accessibles, la mode a rapidement renoué avec ses mauvaises habitudes. Elle n’a pas tenu ses bonnes résolutions et la diversité est alors redevenue une vague utopie. La Fashion Week de Copenhague, qui se tient jusqu’au 7 août, fait exception à cette maigreur exigée et rappelle que chaque corps mérite d’être représenté.
À Copenhague, les mannequins font un pas en dehors des normes
Les pays scandinaves sont toujours en avance sur leur temps et font régulièrement figure d’élèves modèles, que ce soit dans un hémicycle ou sur le catwalk. Et ils ont confirmé ce statut visionnaire lors de la dernière Fashion Week de Copenhague. Si elle est un peu moins suivie que les autres et a une plus faible couverture médiatique que les représentations parisiennes ou londoniennes, elle est à l’origine de précieux enseignements.
Alors que dans les autres contrées où se tient cette grand-messe de la mode, les mannequins ont des corps analogues et ne franchissent pas la barre symbolique du 36, à Copenhague, elles sont plus évoluées. Leur peau bouge sous la matière, leur ventre ondule derrière le tissu et leur poitrine saillante culmine au sommet de leurs allures. C’est un monde à part, où l’élégance n’est pas forcément synonyme de minceur et où la beauté ne se mesure pas avec un mètre de couturière.
Parce que, malgré quelques tentatives d’inclusion et de diversité corporelle, la mode n’a pas tardé à revenir en arrière et à remettre la minceur au premier plan. Elle campe sur cet idéal de beauté proche du déficit calorique dans lequel aucune femme ne se reconnaît. D’ailleurs, les chiffres parlent d’eux-mêmes : il n’y a eu que 0,3 % de mannequins plus size à la Fashion Week 2026 selon un rapport Vogue Business.
Le mouvement body positive a été aussi éphémère que les tendances vestimentaires. Ça ne semblait être qu’un bref chapitre, pas une nouvelle histoire à écrire. Heureusement, à Copenhague, cette révolution positive se poursuit, incarnée par des modèles qui n’ont pas la prétention de devenir des fantasmes hors de portée. Elles ont l’ambition de rassurer les femmes aussi plurielles soient-elles et d’être comme un miroir tendu.
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Des silhouettes variées et sans limite de tailles à l’honneur
La Fashion Week de Copenhague brosse le portrait d’une mode plus authentique, plus vraie et moins calculée. Elle donne une meilleure idée de ce que signifie « accepter les différences ». Si les précédentes Fashion Week ont habitué les yeux à l’ossature apparente et aux corps filiformes, celle-ci raconte l’anatomie avec plus de franchise. À Copenhague, il n’y a pas de morphologie unique, ni de silhouettes en édition limitée.
La marque Operasport a ainsi présenté sa collection « Growth » sur des muses de tous les gabarits. Volants, dentelle, broderies florales ou encore orchidées surdimensionnées ont pris place sur des corps réalistes et mouvants. Mannequin plus size, mid size, enceinte ou skinny : toutes les femmes avaient leur propre ambassadrice.
La palette de corps était aussi riche chez Paolina Russo, qui ne s’est pas non plus contentée d’un seul profil directeur. Dans un bel élan de sororité, des mannequins aux carnations démarquées et aux morphologies complémentaires ont fait vivre des pièces pétillantes aux influences Y2K. Même ouverture d’esprit du côté de Gestuz, qui a largement démenti cette croyance selon laquelle le chic ne pouvait pas naître sur des bourrelets ou des hanches développées.
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Un parti-pris inclusif qui prouve que tout n’est pas perdu
À la Fashion Week de Copenhague, les corps ne se copient pas, ils forment un tout et s’articulent dans un réjouissant pêle-mêle. Dans cette ville, qui ressemble à un paradis inclusif, la mode n’est pas sélective : c’est un langage universel que tout le monde peut comprendre. En voyant cette jolie chorégraphie de corps et de textiles, les spectatrices n’ont plus l’impression d’être nées dans la mauvaise enveloppe. Elles peuvent s’identifier aux protagonistes dépêchées sur scène et se trouver des points communs avec elles.
Et la Fashion Week de Copenhague est particulièrement douée dans l’art de redonner confiance. C’est même sa plus grande spécialité, ce qui la caractérise le mieux. À chaque fois, elle réussit là où les autres versions échouent inlassablement. Lors de l’édition 2024, elle déroulait ainsi le tapis rouge à des mannequins porteuses de handicap à l’effigie de Lucy Edwards, une icône plus size malvoyante. Elle valorisait également des modèles, souvent disqualifiés ou laissés sur la touche : des femmes cantonnées au « bas » des catalogues.
Cette Fashion Week de Copenhague devrait être une source d’inspiration. Elle propose une base plus saine à la mode et montre des corps qui parlent à toutes les femmes. Pas des demi-déesses génitrices d’une culpabilité personnelle ou d’une honte de soi.
