La parentalité est un sport à temps complet. Si pour les parents valides, s’occuper d’un enfant n’est pas de tout repos, pour Chloé Louchard, alias « Mom and hope », ça demande le tripe d’efforts physiques. Atteinte d’une maladie dégénérative rare qui affecte sa capacité musculaire et l’oblige à se déplacer en fauteuil roulant, elle n’a pas renoncé au bonheur de la vie de famille pour autant. Exemple de résilience, elle partage les coulisses de sa maternité avec son fils en bas âge et donne une vraie leçon de courage.
Une journée de maman… avec un fauteuil roulant
Sur les réseaux sociaux, il est assez facile de croire que la parentalité est une période dorée. Les images derrière les hashtags kids-friendly révèlent des mères de famille qui savourent leur latte en terrasse, qui honorent leur routine sportive entre deux biberons et qui trouvent encore le temps pour se concocter des petits déjeuners dignes d’une épingle Pinterest. Cependant, la réalité est bien plus mouvementée et ressemble davantage à la série Malcolm qu’à la Petite Maison dans la prairie.
Entre les tâches ménagères, plus énergivores que jamais, les courses, qui se transforment en marathon, et la garde de bébé, qui implique une surveillance assidue, les parents n’ont pas une minute de répit. Ces actions, qui mettent le corps à rude épreuve, sont déjà éprouvantes pour les pères et les mères en pleine possession de leurs mouvements, alors pour les parents en situation de handicap, ça relève quasiment de la prouesse physique. Chloé Louchard, qui porte bien son pseudo « Mom and hope », elle, prouve que maternité et handicap peuvent ne faire qu’un.
La jeune femme, qui a banni le mot « impossible » de son vocabulaire, souffre d’une amyotrophie spinale de type 3. Plus elle avance dans le temps et plus son corps s’affaiblit. Le moindre petit geste, banal pour celles et ceux qui disposent de toute leur masse musculaire, lui coûte une énergie incalculable. Habiller un enfant, le porter, le relever, préparer un repas, donner un bain ou même l’installer dans la voiture… Ces actions sont plus une suite de stratégies et de système D que des formalités parentales. Privée d’une partie de sa force, le fauteuil roulant est devenu une extension de son corps. Cependant, malgré de nombreux aménagements, elle se confronte souvent à l’imprévu. Sortir de sa zone de confort est quasiment devenu une coutume chez elle.
Voir cette publication sur Instagram
Tout doit être pensé, adapté, anticipé
Cette mère de famille, impuissante face à ce diagnostic irréversible, perd peut-être progressivement l’usage de ses membres mais pas sa détermination, ni sa force mentale. Cette femme, pour qui une bouteille d’eau semble aussi lourde qu’une haltère et qui n’a pas le même ressenti des charges que monsieur et madame tout le monde, a appris à vivre avec ce handicap. Loin de s’apitoyer sur son sort ou de tomber dans les discours larmoyants, elle fait preuve de ténacité et refuse d’être une simple figurante dans sa parentalité.
Pour être autonome avec son fils, en âge de cavaler, elle a trouvé des méthodes « de secours » et elle partage des extraits de son quotidien aux allures de challenges sur ses réseaux sociaux. Elle montre l’envers du décor : ses chutes imprévisibles, ses quelques pas du pallier à la voiture qui sonnent comme une victoire personnelle, ses promenades solitaires avec son fils, la logistique que les activités quotidiennes impliquent.
Et ces scènes de vie, qui ponctuent son espace 2.0 à la manière d’un récit dans un journal intime, ne parlent pas d’une maman en galère. Mais d’une maman aux ressources inépuisables, qui se surpasse sans cesse et qui transforme chaque obstacle en apprentissage.
Prendre la vie comme elle vient, malgré le handicap
Chloé aurait pu renoncer à son désir d’enfant par peur de « ne pas y arriver » ou de subir la maternité plutôt que de l’apprécier pleinement. Elle aurait pu tirer un trait sur ce tableau de famille pour des raisons pratiques. Cependant, la maman, qui donne un coup de projecteur sur une réalité de l’ombre, a pris la citation « Carpe Diem » au pied de la lettre. Elle a accueilli son fils comme un cadeau du ciel.
Aujourd’hui, elle se sent chanceuse d’avoir un mari aimant, qui la soutient, l’encourage et l’applaudit à chaque progrès, aussi minime soit-il. Et quand il n’est pas là, son fils prend le relais et tente de lui faciliter la tâche, à son tour. Du haut de son jeune âge, il s’avère particulièrement coopératif. Il tend sa petite main fébrile à Chloé quand elle peine à se relever, lui propose son aide pour se déplacer, obéit à chaque ordre sans rechigner. Parfois, les rôles semblent même s’inverser.
Si dans ses vidéos, à portée virale, Chloé focalise l’attention sur ses embûches, ses mésaventures, ses aléas, elles n’ont rien d’une comédie dramatique. Au contraire, elles révèlent une famille soudée, qui travaille en équipe et une mère solaire, qui entend bien conserver ses zygomatiques.
Une parentalité qui change les représentations
À travers ses publications, Chloé ne cherche pas seulement à raconter son quotidien et encore moins à attirer la pitié. Elle montre une réalité encore trop peu visible : celle des parents en situation de handicap. Loin des clichés et des regards parfois teintés de doute, elle prouve qu’il n’existe pas une seule manière d’être mère. Il faut parfois adapter les gestes, repenser l’organisation, accepter de demander de l’aide ou trouver des solutions là où personne n’en avait imaginé. Mais l’essentiel reste le même : aimer, accompagner, rassurer et grandir avec ses enfants.
Son fauteuil n’est donc ni une frontière, ni une limite à sa maternité. Il fait simplement partie de son quotidien, comme les biberons, les jouets qui traînent et les nuits trop courtes. En partageant les coulisses de cette vie de famille, Chloé contribue à faire tomber les barrières, une vidéo après l’autre. Et derrière chaque défi relevé, chaque chute surmontée et chaque petit pas gagné, c’est surtout une mère qui avance, avec ses enfants à ses côtés.
Alors que certains pensent encore que le handicap signe la fin des petits plaisirs et des grands bonheurs, Chloé leur prouve le contraire, le sourire aux lèvres et l’humour en étendard.
