En Corée du Sud, ces centres de post-partum fascinent autant qu’ils divisent

Si dans la plupart des pays du globe, les nouvelles mères retournent à la maison juste après l’accouchement, en Corée du Sud, elles trouvent refuge dans des établissements à la croisée de l’hôtel de luxe et du centre de santé. Massage, repas sur-mesure, accompagnement psychologique, soins corporels… dans ces lieux de repos, les femmes bénéficient d’un traitement royal. Une initiative salutaire, mais paradoxale dans un pays où le taux de natalité recule chaque année.

Se reposer après l’accouchement, une tradition millénaire

En France ou dans d’autres pays occidentaux, les femmes ont à peine le temps de se remettre de l’accouchement, qu’elles doivent déjà rentrer chez elles et reprendre un rythme intense. Quelques heures seulement après avoir mis au monde ce petit être à la peau plissée, elles regagnent leur logement et n’ont aucune minute pour elles. En Corée du Sud, le repos n’est pas une lointaine utopie, c’est la norme. Dans ce pays, qui dispense des cours de démographie dès le CE2 pour espérer donner des envies de bébé aux générations futures, la convalescence post-partum prend presque la forme d’une retraite bien-être. Les mères trouvent cette quiétude que d’autres ne connaissent jamais dans des lieux hybrides, qui n’ont rien à voir avec la froideur des hôpitaux.

Elles posent leurs bagages et leur landau dans des chambres premium dotées de coussins d’allaitement, de berceau, de couches, de couveuses et de tire-lait. Au cœur de ces cliniques améliorées qui donnent l’illusion d’être en vacances, les mères n’ont rien d’autre à faire que dormir, manger et se requinquer. Ici, tout est pensé pour régénérer le corps des mères et le récompenser comme il se doit avec des bouillons maison, des massages ciblés et du personnel dédié, toujours prêt à les soulager. Ces centres de post-partum plus connus sous le nom de « sanhujoriwon » ne sont pas nés d’une tendance virale ou d’un caprice. Ils répondent à une tradition de longue date, avec une vision un peu plus « marketing ».

D’après la médecine traditionnelle chinoise, la grossesse et l’accouchement sont « énergivores » et affectent grandement l’énergie vitale des femmes. Selon ce même principe baptisé « zuò yuèzi », la mère perd également sa chaleur intérieure. D’où la prescription de mets chauds et gras, de séances de spa et de sommeil réparateur dans des draps douillets.

Des établissements cinq étoiles de récupération post-natale

En Corée du Sud, pays qui a l’un des plus faibles taux de natalité au monde, mais qui a connu une hausse des naissances inespérée en 2025, les mères vivent les premiers instants de la maternité dans des conditions idylliques. Alors que la France ferme doucement ses maternités, le pays de la skincare en dix étapes, ouvre de plus en plus de centres post-partum. Des endroits où la fatigue et la charge mentale sont des mots étrangers.

En général, les mères restent 1 à 3 semaines dans ces établissements privés. Ils ne sont pas prescrits sur ordonnance, la demande vient des principales concernées et se fait à leurs frais. Selon Statistics Korea, 80 % des nouvelles mères poussent chaque année les portes de ces sanctuaires maternels. Lors de cette période de quarantaine, elles se retrouvent en tête-à-tête avec leur enfant. Nurserie avec des infirmières disponibles 24h/24, chambre haut de gamme munie de lits médicalisés à l’esthétique chic, salle de lactation, espaces détente, repas pensé pour la physiologie des mères… Les mères peuvent aménager leur journée comme bon leur semble.

Au-delà de suivre une routine apaisante, les mères ont également ce privilège rare de créer un lien plus intime avec leur bébé, sans être envahies par le monde. Ces chambres donnent l’impression d’être dans une bulle, un cocon. Et lorsque le bébé se met à pleurer en pleine nuit, les infirmières prennent le relais. Ainsi, elles se familiarisent en douceur avec ce rôle et reprennent des forces, loin des obligations familiales.

La vie entre les murs de ces centres de post-partum

Sur les réseaux sociaux, de nombreuses femmes documentent leur séjour dans ces centres post-partum, qui semblent révolutionnaires ailleurs, mais qui ne sont que la suite logique de ces neuf longs mois de grossesse en Corée. On les voit en chemise de nuit fleurie, en train de siroter des tisanes, de manger des mets alléchants, de se faire masser le cuir chevelu ou de laisser poser des masques gélatineux sur leur visage. « Toutes les mères méritent ce genre de soin », avance @mrs.helenchoe qui s’étonne de ne pas avoir de tels services aux États-Unis.

Certaines sont dans des chambres minimalistes tandis que les plus fortunées bercent leur nourrisson dans des suites privées de la taille d’un appartement. Les options varient également d’un établissement à l’autre. Les plus chanceuses ont droit à des shootings photo de leur nourrisson, des activités manuelles et des machines bien-être dernier cri. “Le papa peut aussi rester sur place” précise aussi @pearljjchoi qui a fait l’expérience de cette maternité prémium.

Un luxe pas accessible à toutes les mères

Ces centres post-partum sont semblables à des coins de paradis pour les mères, épuisées par l’accouchement. Ils comblent à eux seuls un sérieux manque de prise en charge après la grossesse. Ce qui est plutôt noble quand on sait que 7 femmes sur 10 se sentent désespérément seules après l’accouchement. Cependant, pour de nombreuses femmes, c’est un rêve qui ne se concrétisera jamais, un fantasme pur. Parce que non, la sécurité sociale ne rembourse pas ces séjours « all inclusive ».

Selon les établissements, le prix passe du simple au double. Une créatrice de contenu a ainsi avoué avoir déboursé 4784$ pour 10 jours. Dans plusieurs vidéos, les clientes pointent également le côté très commercial de ces infrastructures, qui renforcent un peu plus les inégalités. C’est là que le contraste devient le plus visible. D’un côté, une sortie de maternité ultra encadrée, presque industrialisée dans son confort. De l’autre, une société où la prise en charge post-partum reste largement privée, familiale et inégale. Certaines femmes peuvent enchaîner les semaines de repos assisté, tandis que d’autres se retrouvent seules, à gérer les nuits sans sommeil, la récupération physique et les premières semaines d’allaitement sans réel relais.

Si les centres post-partum comblent un vide dans l’attention portée au corps des mères, ils rappellent ainsi que le bien-être a un prix et capitalisent sur la santé des mamans.

Émilie Laurent
Émilie Laurent
Dompteuse de mots, je jongle avec les figures de style et j’apprivoise l’art des punchlines féministes au quotidien. Au détour de mes articles, ma plume un brin romanesque vous réserve des surprises de haut vol. Je me complais à démêler des sujets de fond, à la manière d’une Sherlock des temps modernes. Minorité de genre, égalité, diversité corporelle… Journaliste funambule, je saute la tête la première vers des thèmes qui enflamment les débats. Boulimique du travail, mon clavier est souvent mis à rude épreuve.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Elle avait interrompu ses études pendant 34 ans, elle obtient finalement son diplôme avec son fils

En 1992, un rêve universitaire s’interrompait brutalement pour Carla Hunter Ramsey. Trente-quatre ans plus tard, elle retrouvait le...

Cette maman de jumeaux teste leur « connexion », la vidéo fait le tour d’internet

Une maman, deux garçons séparés par une porte, et une série de questions posées à l'oral. Les réponses...

Fête des mères : 8 façons originales de surprendre sa maman cette année

Chaque année, la fête des mères revient avec son lot de fleurs, de chocolats et de cadeaux parfois...

La maternité sans détour : la marque doomoo accompagne les femmes à chaque étape

La maternité est une expérience unique qui se vit à la première personne. C’est un grand chamboulement, et...

À 58 ans, elle entretient un lien fusionnel avec sa maman

À 58 ans, elle a encore la chance d’avoir sa maman à ses côtés. Les deux femmes aux...

Pourquoi certains enfants se montrent plus difficiles en compagnie de leur mère qu’avec les autres

Tout le monde salue le calme et l’obéissance de votre enfant, sans se douter qu’en votre présence, ce...