Éducation toxique : qu’est-ce qu’un « parent tondeuse » et comment éviter de l’être ?

Chez les parents, il y a deux écoles : ceux qui poussent leurs enfants vers l’autonomie et ceux qui les couvent à l’extrême. Certains s’improvisent ange gardien à temps plein. C’est le cas des « parents hélicoptères » qui accourent au moindre bobo. Mais, une institutrice américaine a récemment pointé du doigt un comportement encore plus retranché : celui des « parents tondeuses » ou « parents chasse-neige ».

Un terme très imagé qui dépeint à merveille la dévotion hors norme des parents envers leurs enfants. Le « parent tondeuse » donne à voir un autre visage de la surprotection d’un level supérieur. Cette attitude toxique retarde le saut des enfants dans la cour des grands. En prime, elle rase une bonne partie d’estime personnelle. Explications.

Un « parent tondeuse » qu’est-ce que c’est ?

Être parent est un métier à part entière. Si certains parents prêchent la paroisse de l’éducation sans limites, c’est-à-dire complètement laxiste, d’autres prennent le sens inverse en pré-mâchant les tâches de leurs bambins. C’est d’ailleurs l’une des caractéristiques des « parents tondeuses ». Ce concept, dans la même veine que les « parents hélicoptères » a été aperçu en 2018 sur le site américain « We Are Teachers », destiné aux enseignant.e.s.

Cette métaphore, plutôt explicite, désigne des parents qui ont tendance à couper l’herbe sous le pied de leur enfant. Les « parents tondeuses » rasent tous les obstacles qui pourraient nuire à leur progéniture, par mesure de précaution. Ils les assistent de leur plein gré de façon assez étouffante. Ce comportement exécuté sur fond de « bonnes attentions », est souvent excessif. Le « parent tondeuse », en allant toujours au-devant de son enfant, le conforte dans l’idée d’un monde de Bisounours.

« Les parents tondeuses font tout le nécessaire pour empêcher leur enfant de faire face à l’adversité, aux problèmes ou à l’échec », explique une institutrice américaine sur le site We Are Teachers

Les gestes qui trahissent un parent tondeuse

Pour illustrer ses propos, l’institutrice à l’origine du terme partage une « perle ». Un jour, elle est contactée par l’accueil de son établissement pour récupérer un objet laissé par un parent pour l’un de ses élèves. Il ne s’agissait ni d’une boîte à goûter, ni d’un cartable et encore moins d’un inhalateur ou toute autre « urgence », mais simplement d’une bouteille d’eau. Par ailleurs, l’école dispose de plusieurs fontaines à eau, en accès libre. Le papa, dans l’embarras, confie que sa fille lui a envoyé des SMS pour la lui demander et qu’il s’est exécuté.

Comme en témoigne cette anecdote, les « parents tondeuses » offrent un service « tout confort » à leur enfant, quitte à paraître ridicules. Ils anticipent sans même avoir le feu vert de l’enfant. Ce sont des valets de service en tenue de civil. Cette sollicitude presque pathologique s’exprime dès le berceau.

Les « parents tondeuses » sont dans la vigilance maximale. Ils sont capables de rester à côté du lit parapluie pendant la sieste du bébé pour être sûrs qu’il respire. Ils peuvent aussi abuser du « porté » par peur que l’enfant ne chute sur ses deux jambes. En fait, ils voient le danger partout, même dans le calme le plus plat.

En parallèle, si l’enfant récolte une mauvaise note à l’école, le « parent tondeuse » va directement se faire l’avocat de l’enfant, qu’importe s’iel a révisé ou non. Il va toujours aller dans le sens de sa progéniture, sans jamais remettre en cause son sérieux.

Pourquoi ce comportement est-il nocif ?

Le « parent tondeuse », maintient l’enfant dans un rôle d’assisté. Il le condamne à rester dans une vision de la vie très lisse et candide. En jouant « non-stop » les bonnes fées, le « parent tondeuse » prive l’enfant de « libre-arbitre », mais également de « force mentale ».

Face à l’échec, l’enfant sera totalement désarmé, car pas assez entraîné à y faire face. Il se retrouvera bredouille dans le moindre petit affront du quotidien, que ce soit à l’école ou à la gym. La chute dans le monde adulte est d’autant plus vertigineuse.

« En élevant des enfants qui n’ont presque jamais eu à se battre, nous ne créons pas une génération heureuse. Nous créons une génération qui n’a aucune idée de ce qu’il faut faire quand elle rencontre un problème », détaille l’institutrice

Autre conséquence et pas des moindres : l’enfant verra son taux de confiance dégringoler. Puisque les parents tondeuses sont dans le « contrôle » permanent, à toujours « tâter le terrain » en amont, les enfants sont amenés à se questionner sur leurs propres compétences. Ils peuvent traduire cette surprotection comme un dérivé du « moins que rien ». Une sombre interprétation qui leur coûtera cher dans leur construction personnelle.

L’enfant des « parents tondeuses » a donc de forte chance de devenir un adulte craintif, renfermé, anxieux et marginal. Un cocktail explosif. Une étude de 2012 réalisée par la Brigham Young University le confirme. Plus un parent vient au secours de son enfant, plus son estime de soi est basse.

« Si vous dites ‘je vais m’en occuper pour toi’, cela envoie par inadvertance le message ‘tu ne peux pas faire ça par toi-même, tu ne peux pas réussir’ », complète Stéphanie Samar, psychologue clinicienne dans les colonnes de ABC

Comment sortir de ce schéma parental ?

Nul besoin d’en arriver au « tout est permis » pour quitter ce schéma parental « envahissant ». Les parents servent de boussole ou de point de repère pour l’enfant, surtout en bas âge. Le but n’est donc pas de le.a défendre, ni de le.a laisser se livrer à lui/elle-même, mais de le.a guider, en toute bienveillance.

S’iel reçoit la pire note de la classe, inutile de renchérir en mettant un mot dans le carnet faisant le procès du prof en question. À l’inverse, il faudra pallier ses lacunes en lui parlant de soutien scolaire ou en lui proposant une aide mesurée dans ses devoirs. L’enfant s’adapte facilement. Plus iel fera les tâches en solitaire et plus iel gagnera en autonomie. Tout est question d’équilibre.

« Le rôle du parent n’est pas de faire à la place de l’enfant, mais de lui délivrer les clés afin qu’iel soit apte à se débrouiller seul.e », explique le pédopsychiatre Daniel Bailly à Doctissimo

Le « parent tondeuse » n’est pas un revers de la parentalité positive, bien au contraire. Ce terme fait partie de l’éducation toxique. À trop surveiller les arrières de son enfant, on en perd la notion de « raisonnable ». Et en disant amen à tout, les parents laissent une porte ouverte aux enfants rois.

Émilie Laurent
Émilie Laurent
Dompteuse de mots, je jongle avec les figures de style et j’apprivoise l’art des punchlines féministes au quotidien. Au détour de mes articles, ma plume un brin romanesque vous réserve des surprises de haut vol. Je me complais à démêler des sujets de fond, à la manière d’une Sherlock des temps modernes. Minorité de genre, égalité des sexes, diversité corporelle… Journaliste funambule, je saute la tête la première vers des thèmes qui enflamment les débats. Boulimique du travail, mon clavier est souvent mis à rude épreuve.
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