Lorsqu’une femme devient mère, sa physiologie change et son buste se mue en biberon sur-mesure. Du moins, c’est la théorie. En pratique, toutes les femmes ne sont pas égales dans cette réalité maternelle. Si certaines mamans n’ont pas une réserve lactée suffisante pour nourrir leur enfant, d’autres produisent une quantité infinie de lait, au point de ne plus savoir quoi en faire. La créatrice de contenus @that.wfh.mom documente ce phénomène.
Quand le lait coule… beaucoup trop
L’allaitement n’est pas vécu de la même façon d’une femme à l’autre. Certaines femmes, soumises aux lois capricieuses du corps humain, ne connaîtront jamais la sensation de la tétée sur leur peau et devront se contenter des laits de substitution du commerce. À l’inverse, d’autres femmes, qui fabriquent cette boisson vitale en masse, ont de quoi nourrir plusieurs nourrissons à la fois et satisfaire plus d’une bouche.
Jugées chanceuses, ces mères, qui gardent presque le tire-lait en bandoulière, ne sont pourtant pas gâtées par le destin et peinent à suivre le rythme de leur propre organisme. Andrea du compte @that.wfh.mom est une usine à lait malgré elle. Sa poitrine s’apparente à un geyser en constante éruption, ce qui l’oblige à remplir des centaines de poches stériles et à pomper son lait à longueur de journée.
Les biberons accrochés aux seins, elle vaque à ses occupations et soulage sa poitrine, au bord de l’implosion. Dans ses vidéos, elle révèle l’envers du décor et donne sa propre version des faits, loin de cet idéal lacté. Sa logistique est presque digne des cartels mexicains. Son mode de conservation rappelle celui des trafiquants, qui stockent des piles de pochons. La jeune femme, qui a eu le temps de perfectionner sa méthode lors de sa première grossesse, tient carrément un journal de bord où elle recense le nombre de sachet, la quantité récoltée. Car si elle est la principale source d’énergie de son bébé, cet allaitement, quasiment hors de contrôle, est particulièrement énergivore pour elle.
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Donner ce lait qu’elle sur-produit
Andrea pointe l’objectif sur une situation anatomique que beaucoup jugent idylliques sans se douter de l’effort physique et de la souplesse mentale que cela implique. Car si son lait coule à flot, ses larmes aussi ont jailli sans modération et déferlé sur ses joues d’innombrables fois. Derrière cette mine d’or de lait maternel se cache une mère à bout de nerfs, forcée de se lever chaque nuit pour délester ses seins engorgés. Il y a un être humain, faillible, épuisé, vidé, dans tous les sens du terme.
Or, même si Andrea semble être l’esclave de son propre corps et subir cette inépuisable lactation, elle a mis en place des stratégies pour suivre la cadence. À travers ses vidéos, elle gère son allaitement comme une cheffe d’entreprise, avec assiduité, rigueur et conscience professionnelle. Loin de produire à perte ou de gaspiller l’excédent de lait, la mère de famille partage ce précieux carburant post-partum à des mères qui n’ont pas le privilège d’allaiter. Elle a ainsi donné 135 grammes de ce riche nectar à des associations dédiées, en gage de soutien. Pour le commun des mortels, ça représente à peine de quoi faire la recette d’un gâteau mais pour les jeunes parents, c’est un cadeau inestimable.
L’hyperlactation, un phénomène dont on parle peu
Andrea braque les projecteurs de son téléphone sur un quotidien avec du lait à très haut débit et révèle une facette méconnue de l’allaitement. Son compte Instagram s’apparente à un journal intime et vaut toutes les campagnes de sensibilisation du monde. Elle est un excellent cas d’école de l’hyperlactation, une production excessive de lait maternel qui va bien au-delà de la dose tolérée par un tout petit.
Ce syndrome qui touche 15% des femmes allaitantes et que beaucoup abordent comme une fortune physiologique n’est pas forcément aussi réjouissant qu’il n y paraît. Certes, il permet aux mères de collecter un beau butin lacté. Cependant, quand on sait que l’allaitement coûte entre 500 et 700 calories aux mères, l’hyperlactation devient tout de suite moins enviable. La poitrine se transforme alors en une machine inarrêtable et cette intensité provoque de nombreux bugs en interne.
Engorgements, douleurs, fuites à répétition, réflexe d’éjection particulièrement puissant ou encore mastites peuvent s’inviter dans le quotidien. Pour le bébé aussi, le débit peut devenir difficile à gérer : le lait arrive si vite qu’il peut avoir du mal à suivre le rythme. Derrière l’image presque comique d’une mère qui croule sous ses réserves se cache donc une réalité beaucoup moins légère.
Car produire beaucoup ne signifie pas forcément allaiter facilement. Lorsque le corps se met à fabriquer du lait sans parvenir à ralentir la cadence, chaque tétée peut devenir une nouvelle course contre la montre. Il faut tirer, stocker, nettoyer, étiqueter, congeler, recommencer. Une véritable chaîne de production dont Andrea est à la fois la matière première, l’ouvrière et la responsable logistique.
