Vous vous glissez sous la couette après minuit sans trop y penser ? Ce petit décalage, devenu banal dans nos vies hyperconnectées, pourrait pourtant avoir un impact sur votre cœur. Des recherches récentes suggèrent que l’heure à laquelle vous vous endormez compte presque autant que la durée de votre sommeil.
Votre horloge interne, cheffe d’orchestre de votre cœur
Votre corps fonctionne selon un rythme circadien d’environ 24 heures. Cette horloge biologique ne régule pas seulement le sommeil : elle influence aussi votre tension artérielle, votre glycémie, votre métabolisme et la sécrétion d’hormones comme le cortisol. Lorsque vous vous couchez régulièrement après minuit, ce rythme naturel peut se désynchroniser du cycle jour-nuit.
Ce décalage, appelé désalignement circadien, favorise une élévation du cortisol (l’hormone du stress), une inflammation chronique légère, une hausse de la tension artérielle et une résistance à l’insuline. Autant de mécanismes impliqués dans les maladies cardiovasculaires. Même si vous dormez entre 7 et 9 heures, des horaires irréguliers pourraient augmenter le risque cardiovasculaire d’environ 26 %. Ce n’est donc pas seulement la quantité de sommeil qui compte, mais aussi son timing.
Les « chronotypes du soir » plus exposés
Certaines personnes sont naturellement plus alertes le soir : on les appelle les chronotypes du soir, ou noctambules. Selon plusieurs études de grande ampleur, ces profils présenteraient un risque accru d’événements cardiovasculaires, comme l’infarctus ou l’accident vasculaire cérébral (AVC).
Une analyse issue de la UK Biobank, portant sur plus de 320 000 adultes britanniques, indique que les chronotypes du soir ont davantage de probabilités d’obtenir un score de santé cardiovasculaire faible. Une autre étude européenne menée sur environ 88 000 participants suggère que la fenêtre d’endormissement la plus favorable pour le cœur se situerait entre 22 h et 23 h. Après minuit, le risque augmente significativement, avec un impact particulièrement marqué chez les femmes. En moyenne, le sur-risque d’infarctus ou d’AVC chez les profils très tardifs serait estimé autour de 16 % par rapport aux chronotypes intermédiaires.
Plus qu’une question d’heure : un mode de vie associé
Se coucher tard n’est pas le seul facteur en cause. Les chercheurs soulignent que les noctambules cumulent plus souvent certains comportements défavorables :
- repas tardifs ou déséquilibrés
- sédentarité
- qualité de sommeil plus fragile
- glycémie plus élevée
Des travaux universitaires ont également montré que les profils du soir auraient une capacité moins efficace à brûler les graisses, ce qui peut favoriser des troubles métaboliques. À cela s’ajoute l’exposition prolongée aux écrans en soirée. La lumière bleue retarde la production de mélatonine, l’hormone clé du sommeil, et maintient le système nerveux en état d’alerte. Résultat : la pression artérielle baisse moins efficacement la nuit, ce qui peut peser sur le système cardiovasculaire au fil des années. Votre cœur adore la régularité. Il fonctionne mieux lorsque vos rythmes sont stables et cohérents.
Bonne nouvelle : vous avez un vrai pouvoir d’action
Être « du soir » n’est pas un défaut, ni une faute. Le chronotype comporte une part biologique réelle. Toutefois, environ 75 % du sur-risque observé serait lié à des facteurs modifiables. Cela signifie que vous pouvez agir. Quelques ajustements simples peuvent faire la différence :
- adopter des horaires de coucher et de lever réguliers
- réduire l’exposition aux écrans et à la lumière vive en soirée
- privilégier un dîner léger et éviter la caféine tardive
- pratiquer une activité physique régulière, idéalement en journée
Il ne s’agit pas de transformer brutalement votre rythme, mais d’avancer progressivement vers plus de cohérence.
En résumé, votre cœur travaille pour vous chaque minute de votre vie. Lui offrir un cadre stable, avec des nuits régulières et réparatrices, est une forme de respect envers votre corps. Vous n’avez pas besoin d’être parfaite, simplement constante. Votre santé cardiaque se joue parfois dans des détails discrets. Ce soir, peut-être, l’un d’eux s’appelle simplement… l’heure à laquelle vous éteignez la lumière.
