Les toilettes semblent répondre à un seul besoin : se soulager. Vous n’êtes donc pas censés vous y éterniser (sauf si vous avez mangé épicé). Pourtant, ils font parfois office de refuge. Vous savez que vous pouvez y trouver la paix alors vous y restez pour une durée indéterminée. Propices à l’intimité et au lâcher-prise, les toilettes malgré leur convivialité limitée, sont des espaces de détente privilégiés, des hauts lieux d’apaisement. Mais pourquoi cette pièce si peu glamour vous fait-elle le même effet qu’un spa ?
Rester longtemps aux toilettes, une question de survie mentale ?
Vous fulminez contre votre partenaire quand il fait des prolongations dans les toilettes mais vous êtes la première à y courir pour trouver le calme et la sérénité. Vous prétextez parfois une envie pressante ou des règles abondantes pour vous mettre à l’isolement et profiter d’un temps de répit. Les toilettes, au-delà de leur utilité première peu ragoûtante, sont votre sas de décompression, votre zone anti-stress.
Même si vous êtes presque coincé entre quatre murs et que vous avez les genoux dans le lave-main, vous faites enfin l’expérience de la tranquillité. Parfois, votre moitié interrompt votre séance de méditation improvisée pour vous demander où vous avez rangé la râpe à légumes. D’autres, ce sont vos enfants qui insistent sur la poignée de porte et qui vous questionnent sur la raison de votre lenteur. Mais globalement les nuisances sont rares.
Une fois que vous avez terminé vos affaires sur la cuvette, vous ne libérez pas les lieux tout de suite. Vous faites durer le plaisir de la solitude et du silence absolu. À moins d’être claustrophobe et de ne pas supporter les espaces clos, les toilettes sont d’excellents lieux pour battre en retraite quand un repas se fait trop anxiogène ou lorsque des collègues de travail vous sortent par les yeux. « On peut fermer la porte à clé, et personne ne remet en question notre besoin d’intimité. Ce sentiment de séparation, à la fois physique et symbolique, nous autorise à faire une pause » explique la psychothérapeute Jessica Hunt dans les colonnes du média Pop Sugar.
Le “camping aux toilettes”, une pratique pas si anecdotique
Évidemment, toutes les toilettes ne se prêtent pas à l’introspection et au vide mental. Sur l’autoroute, c’est plutôt expéditif : vous ne pouvez pas rester en apnée pendant plus d’une minute. Au travail, vous ne voulez pas non plus qu’on vous accuse d’avoir “miné” les lieux. En revanche, lorsque l’hygiène est correcte, cet espace rudimentaire sobrement décoré prend un peu la forme d’une “bulle personnelle”.
Selon une étude menée par OpinionWay, les Français passent en moyenne 45 minutes par jour aux toilettes et ce n’est pas seulement le signe de soucis intestinaux ou d’une vessie hyperactive. Si de nombreuses personnes s’éclipsent aussi longtemps dans les toilettes, c’est pour s’alléger l’esprit (en plus du ventre). « C’est une façon socialement acceptable de s’isoler un instant, de consulter son fil d’actualité, de respirer ou tout simplement d’exister sans contraintes » développe la spécialiste.
Vous vous sentez “intouchable” dans cet espace confiné, parfois borgne. Comme le soulève la psychothérapeute, même si vous êtes dans une posture vulnérable, voûtée sur le trône, à faire vos besoins naturels, vous bénéficiez de l’immunité de l’intimité. En résumé, vous n’avez pas la nécessité de poser des limites quand la porte des toilettes est fermée à double tour. C’est une précieuse barrière entre votre monde intérieur et le monde extérieur.
Se réfugier dans les toilettes, ce que ça dit de votre état intérieur
Dans les toilettes, personne ne peut vous importuner ou vous “presser”. Vous n’avez pas la pression du chronomètre. Même si les WC offrent un confort très spartiate et ont, pour seule distraction, des magazines poussiéreux, des carnets de mots croisés datés des années 2000 et des plantes artificielles, vous vous y sentez étrangement bien. Vous vous asseyez sur le trône comme sur le divan d’un thérapeute et vous en ressortez apaisé. Or, votre corps n’est pas vraiment du même avis. Dans cette position assise un peu “forcée”, votre périnée souffre en silence et vous décuplez les risques d’hémorroïdes.
Outre cette réalité médicale, sans cesse répétée, cette habitude de relaxation un peu marginale illustre également un problème de fond. « Si la salle de bain est le seul endroit où vous vous sentez en paix, il est peut-être temps de cultiver ce même sentiment de calme et de solitude ailleurs dans votre vie » poursuit l’experte. Vos moments d’évasion ne sont pas censés se cantonner à cet endroit faussement feng-shui. Si c’est le cas, c’est que vous avez laissé passer les autres avant vous et que votre échappatoire ne tient désormais plus qu’à une porte.
Dire “non”, se montrer indisponible et affirmer son besoin de tranquillité est parfois aussi bénéfique que de se retirer dans les toilettes pour regarder des vidéos de chat. Vous méritez quand même mieux qu’une parenthèse bien-être entourée de désodorisant et de lingettes humide.
