La pilule contraceptive, aussi petite soit-elle, a de grandes répercussions sur le corps. Il faudrait presque une demi-journée pour lire tous les effets secondaires qu’elle implique. Mais parmi ces petits caractères, aucune ligne ne mentionne les retombées sur la vie sentimentale. Il n’est écrit nul part “attention, la pilule peut interférer à vos choix amoureux”. Pourtant, selon certaines théories virales, la pilule perturberait non seulement notre organisme mais aussi nos coups de cœur.
Un cocktail d’hormones qui ne laisse pas tout le cerveau indifférent
Alors que le monde scientifique est en train de perfectionner une pilule masculine sans hormones, les femmes, elles, doivent encore se contenter de formules chimiques aux multiples méfaits comme si le sacrifice était dans leur gène. Si la pilule minimise les douleurs de règles et ajuste notre cycle pour éviter les déconvenues en vacances, elle a aussi son lot d’inconvénients. Il suffit de déplier la notice d’utilisation qui l’accompagne pour s’en apercevoir. Le papier nous arrive presque jusqu’aux genoux et comporte de nombreux avertissements.
Or, au-delà du spotting, des nausées, des troubles de l’humeur et des autres red flags, la pilule sèmerait aussi le trouble dans nos romances. Nul besoin de dégainer la loupe, ça ne fait pas partie des “nuisances officielles”. Pourtant, selon certaines rumeurs 2.0, la pilule pourrait nous induire en erreur dans nos flirts et brouiller notre quête de l’être aimé. Loin d’agir comme un philtre d’amour, la pilule aurait plutôt tendance à changer nos attirances (et pas forcément à notre avantage). Les mâles Alpha du net pensent que la pilule nous empêche de capter la testostérone et nous condamne à rester avec ce qu’ils qualifient de “sous-homme”. Évidemment leur discours ne tient pas debout et illustre surtout un sentiment de frustration. Heureusement, la classe scientifique a une explication plus plausible.
Si la pilule peut agir sur la libido et anesthésier momentanément notre désir, pourquoi ne pourrait-elle pas altérer nos critères de sélection amoureux ? Une étude de 2019 publiée dans Psychology Today évoque une hypothèse fascinante : les femmes sous pilule pourraient développer des préférences différentes en matière de partenaires. Par exemple, certaines recherches suggèrent que les femmes qui prennent la pilule pourraient être moins sensibles à des signaux biologiques comme l’odeur. Or on le sait, l’odeur corporelle est plus attractive que n’importe quel parfum artificiel.
Des changements de préférences documentés, mais pas universels
Les hommes, qui propagent cette croyance et qui pensent avoir la science infuse sur le corps des femmes alors qu’ils confondent encore utérus et vagin, s’appuient sur des études de faible envergure. Ces enquêtes plus psychologiques que biologiques partent du principe que la pilule, en bloquant l’ovulation, agit sur l’attirance primitive et instinctive des femmes.
Autrement dit, sous pilule, vous préférez des minois à la Harry Styles plutôt que des mâchoires carrées à la Brad Pitt. Selon elles, ce n’est pas votre manque de confiance qui vous fait choisir un homme au corps moelleux plutôt qu’un bodybuilder à la silhouette athlétique mais les composants de la pilule. En d’autres termes, elles sous-entendent que l’on sélectionne des hommes comme des fruits bien mûrs sur les étales : avec nos yeux et notre odorat, pas notre esprit. Or, nous ne sommes plus à l’ère de cro-magnon, période où l’on se reniflait comme des animaux avant de s’accoupler.
D’ailleurs aucune étude à grande échelle ne vient confirmer tout ça. Selon le Dr Sarah Tang, interviewée dans SELF, rien ne prouve que la pilule diminue l’intérêt pour les hommes virils, ni même que nos goûts changent réellement avec notre cycle menstruel. Alors pas question d’accuser la pilule de tous vos tracas amoureux. En outre, la virilité est loin d’être un critère prioritaire pour les femmes d’aujourd’hui. Selon leur point de vue, elle ne traduit pas des “bons gènes” mais plutôt un symptôme du patriarcat.
Tomber amoureuse, pas juste une affaire de mâchoire carrée
Comme le rappelle très justement le Dr Tang, nous ne sommes pas que des hormones et des gènes. L’attirance, le désir, la compatibilité, tout cela va bien au-delà de critères génétiques ou d’apparence. Ce n’est pas parce que quelqu’un a une apparence « virile » qu’il est en meilleure santé ou plus « compatible » avec vous. Et heureusement, la réussite d’une relation ne repose pas sur un visage ou une carrure.
Par ailleurs, toutes les femmes ne sont pas attirées par des hommes et toutes ne cherchent pas à concevoir. Il est donc risqué de vouloir ramener l’amour et le désir à une grille biologique figée. Et comme le dit si bien le Dr Tang : « On peut trouver quelqu’un attirant, puis l’entendre parler et ne plus avoir envie de rien ». Ce qui fait qu’on tombe amoureuse, ce sont aussi les valeurs communes, la gentillesse, l’humour, l’écoute, bref, des choses que ni une pilule, ni une étude ne peuvent prédire.
Même si la pilule est parfois une source de problèmes et continue de faire polémique, elle n’est pas responsable de vos mauvaises pioches amoureuses. Si votre partenaire vous agace à certaines périodes, c’est certainement le reflet du SPM ou le signe d’hormones capricieuses.
