Elles battent les hommes au bras de fer : le message derrière ces vidéos virales

Contrairement à ce que la société tente de nous faire croire depuis la nuit des temps, les femmes ne sont pas des créatures fragiles à la force limitée et aux muscles en guimauve. Malgré un désavantage génétique, nombreuses sont celles qui se forgent une carrure d’acier, semblable à l’écrin des héroïnes Marvel et qui écrasent leurs homologues masculins en même temps que les stéréotypes. La créatrice de contenu @v3rxn1k4_23, qui travaille aux poids de corps dans les espaces de street workout, entreprend un bras de fer contre les hommes aux biceps congestionnés mais également contre les clichés sexistes.

Une victoire, oui, mais pas celle qu’on pense

Pendant longtemps, les femmes se sont effacées du paysage urbain. Elles ont rasé les murs dans l’espoir de se protéger et de ne pas trop attirer l’attention. Surtout, elles ont fui, contourné et soigneusement évité les lieux de rassemblements dits “grand public”. Elles n’ont jamais envisagé d’y mettre un pied. Heureusement, les temps ont changé et les femmes aspirent à plus de visibilité, de liberté, de mètre carré. Elles ressentent un urgent besoin de prendre leurs aises dans le monde extérieur.

Autrefois, les femmes puissantes s’imposaient par le cliquetis affirmé de leurs talons. Aujourd’hui, elles font trembler le bitume autrement, les manches relevées, les baskets aux chevilles et les muscles gonflés à bloc. Elles s’affirment dans des espaces qui débordent de testostérone et qui concentrent une horde de torse dévêtue, de pectoraux saillants et d’abdos contractés. L’athlète @v3rxn1k4_23 est familière de ces airs de jeux pour adultes faites de barres, d’échelles et de cordes. Elle passe la majorité de son temps à faire des acrobaties là où d’autres font de simples tractions.

Dans sa dernière vidéo, elle s’adonne à une compétition “bon enfant” sous les yeux attentifs de nombreux spectateurs masculins. Elle s’adonne à une démonstration de force souvent portée par des hommes sur le bord d’un comptoir : le fameux bras de fer. Son adversaire, sûr de lui, pose le coude sur la table, serein, mais l’amatrice de callisthénie ne lui laisse aucune chance. En quelques secondes à peine, elle fait plier son poignet. Elle remporte ce défi, qui sert généralement à endurcir l’égo des hommes mais surtout elle couche les vieilles idées reçues sur la force physique des femmes. Cette victoire a une saveur particulière, presque militante, dans une société qui estime encore que les muscles sont contre-natures chez la gent féminine.

 

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Pas de rivalité mal placée : une féminité repensée

Cette vidéo, aux antipodes de la caricature de la femme fébrile et sans défense, n’est qu’un exemple parmi des milliers d’autres. Sur les réseaux sociaux, les femmes ne sont plus de simples figurantes venues encourager leur conjoint : elles prennent part au challenge et incarnent à merveille l’expression “une main de fer dans un gant de velours”. Les hommes qui se présentent devant elles s’élancent triomphants sur ce ring de rue miniature et n’envisagent même pas la défaite.

Dans une vidéo publiée par la championne en la matière @sarahjbackman, un homme monté sur nerfs s’invite dans le périmètre et pousse un cri de rage, qui ressemble à une technique de déstabilisation. Cependant, il excelle plus dans le craché de postillons que dans le bras de fer. La professionnelle, stoïque, imperturbable, le remet rapidement à sa place. Les hommes, qui s’estiment supérieurs et qui jaugent la force au faciès, ne se frottent pas à des répliques humaines de Cendrillon mais plutôt à des clones anatomiques de Lara Croft ou de Wonder Woman.

Ces femmes, dont l’entraînement acharné se lit à même leur peau, broient quelques doigts sur leur passage et également cette image de la féminité douce, épurée, presque vulnérable. Elles ne cherchent pas à faire naître des complexes d’infériorité chez leurs adversaires, ni à créer un esprit de concurrence, seulement à se débarrasser de cette étiquette du “sexe faible”. Et en général, les hommes ne sont pas envieux mais admiratifs. Loin de se trouver des excuses pour justifier leur échec, ils félicitent les femmes et reconnaissent leur robustesse.

 

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Et si on arrêtait de s’étonner de voir des femmes musclées ?

À l’heure de l’extrême minceur, des clavicules apparentes et des os en décalcomanie, nombreuses sont les femmes qui décident d’endurcir leur silhouette au lieu de l’affiner. Cette nouvelle génération d’”iron girls” ne veut pas se noyer dans ses vêtements mais faire exploser leurs coutures au même titre que les diktats de beauté.

Et il y a encore du travail à faire pour réinitialiser les regards ainsi que les mentalités. Sous ces vidéos, qui n’ont pas vocation à hisser les femmes sur un piédestal mais à normaliser les corps féminins fibreux, épais et charpentés, les commentaires ne sont pas tous élogieux. Certains internautes pensent que les hommes ne mettent pas toute leur poigne à l’ouvrage et laissent gagner les femmes. D’autres dénoncent une tricherie “nutritionnelle” et pensent que la créatine est la seule réponse possible à ce résultat. Comme si, face à une femme qui vient de faire plier un poignet, il fallait absolument trouver une explication, un raccourci ou une excuse. Difficile, visiblement, d’admettre qu’elle puisse tout simplement être… plus forte.

Et c’est peut-être là que réside la véritable victoire. Pas dans le fait de faire mordre la poussière à un homme, ni dans l’idée de renverser une prétendue hiérarchie entre les sexes. Mais dans le plaisir de voir des femmes investir pleinement leur corps, leurs muscles et leur puissance, sans chercher à les dissimuler.

Émilie Laurent
Émilie Laurent
Dompteuse de mots, je jongle avec les figures de style et j’apprivoise l’art des punchlines féministes au quotidien. Au détour de mes articles, ma plume un brin romanesque vous réserve des surprises de haut vol. Je me complais à démêler des sujets de fond, à la manière d’une Sherlock des temps modernes. Minorité de genre, égalité, diversité corporelle… Journaliste funambule, je saute la tête la première vers des thèmes qui enflamment les débats. Boulimique du travail, mon clavier est souvent mis à rude épreuve.

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