Que ce soit sur une aire d’autoroute, à un concert ou à dans un centre commercial, les femmes doivent patienter d’interminables minutes pour faire un besoin naturel. La vessie remplie à ras bord, elles attendent dans des queues parfois longues de plusieurs mètres. Si les toilettes des femmes sont régulièrement saturées, ce n’est pas parce que ces mesdames ajustent leur maquillage, improvisent des selfies miroirs ou arrangent leur coiffure. La raison est bien moins clichée et plus sexiste.
La vérité derrière la queue aux toilettes “femmes”
Toutes les femmes ont déjà vécu cette scène. Lorsqu’elles ont une envie pressante, elles sont retenues dans une file vertigineuse, qui dépasse parfois l’espace des toilettes publiques et déborde dans les allées. Elles attendent leur tour et envisagent même l’option du pipi sauvage entre deux portières ou l’incursion derrière la porte estampillée du logo sans jupe. Il faut dire que les hommes, eux, n’ont pas à croiser les jambes pour contenir une vessie sur le point d’exploser ou à serrer les dents en attendant qu’une place se libère sur la cuvette. De l’autre côté, les hommes, eux, ont juste à baisser leur braguette et à se laver les mains. Ce qui leur vaut un aller-retour vite expédié.
Selon le sociologue Julien Damon, qui revendique “le droit de pisser”, à toilettes égales, les femmes passent 2,3 fois plus de temps entre les murs, pas toujours hygiéniques, de ces lieux intimes. Une étude confirme qu’elles peuvent même attendre jusqu’à 6 fois plus longtemps que leurs homologues masculins pour un besoin primaire. Dans l’imaginaire collectif, l’explication la plus rationnelle pour justifier un tel écart est la plus caricaturale.
Si les femmes font des prolongations dans les toilettes, c’est forcément pour rattraper les derniers potins, se repoudrer le nez, retoucher leur chignon. À croire qu’elles improvisent une soirée pyjama dans ces espaces si peu hospitaliers. Et c’est ce que les séries d’ado nous ont fait croire pendant longtemps. Pourtant, c’est une fausse idée. Dans une vidéo édifiante, la créatrice de contenu @alichuree décortique ces infrastructures qui nous exposent à des risques d’infection urinaire et qui poussent notre corps dans ses derniers retranchements. Scoop : le souci ne réside pas dans les comportements féminins mais dans les plans d’architecture, genrés au masculin.
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Un problème d’infrastructure et d’aménagement de l’espace
Si les toilettes des femmes sont toujours pleines à craquer et désemplissent très lentement, ce n’est pas à cause d’un excès de coquetterie ou d’une tendance au bavardage. En réalité, s’il faut trouver un coupable, les architectes sont en première ligne. Pourquoi ? Parce qu’ils conçoivent les toilettes publiques sur le principe de symétrie, en investissant les mètres carrés de la même manière chez les femmes que chez les hommes. Mais il y a un bug dans l’équation puisque les urinoires prennent d’office moins de place que les cabines isolées des femmes.
La fine observatrice @alichuree, qui consacre tous ses contenus à la décoration et qui va au fond du sujet, tire d’ailleurs un constat logique “une cabine fermée correspond à 2 à 3 urinoirs” avant de poursuivre en légende “les hommes sont pris comme valeur de référence dans l’urbanisme”.
Au-delà de ce choix de design qui favorise les hommes, les femmes n’ont pas non plus les mêmes usages des toilettes publiques. Si elles monopolisent cet espace au point de créer des bouchons dignes de ceux des boutiques branchées et des brunchs en vogue, c’est parce qu’elles utilisent l’espace différemment. Elles nettoient la cuvette comme elles peuvent, disposent du papier toilette autour, sans parler des périodes de règles qui relèvent de l’opération commando. Elles sont également plus nombreuses à venir aux toilettes accompagnées d’un enfant, ce qui demande plus d’organisation.
Les toilettes mixtes, la solution à ce temps d’attente ?
Dans une étude qui pointe le manque de neutralité de ces espaces publiques, les deux chercheurs belges qui en sont l’auteur évoquent une piste pour mettre fin à cette queue désespérante et repenser ces lieux de façon plus équitable. Selon leurs calculs, la meilleure formule pour que les femmes économisent leur temps et puissent se soulager avant qu’il ne soit trop tard est assez inattendue. D’après leurs estimations, dans les toilettes mixtes les femmes ne passeraient plus que 1 min 28 dans les toilettes contre 58 secondes pour les hommes.
Cependant, uniformiser cet espace revient aussi à le rendre peut-être plus hostile pour ces mesdames, qui pourraient se faire plus facilement piéger. Les femmes n’ont pas attendu que les architectes fassent l’effort de penser à leur bien-être et leur confort. Elles sont d’ailleurs de plus en plus nombreuses à adopter des “pisses-debout”, ces entonnoirs améliorés qui leur permettent d’uriner en toute liberté, sans devoir baisser totalement leur pantalon, ni s’exposer à des regards impudiques.
Après tout, avoir accès rapidement à des toilettes propres, sûres et adaptées à ses besoins n’a rien d’un privilège. C’est un besoin élémentaire. Et peut-être est-il temps de faire entrer ce besoin très concret dans les plans des architectes, des urbanistes et des lieux qui accueillent du public.
