Peut-être qu’à un moment donné dans votre carrière, vous allez faire face à un collègue très entreprenant, voire un peu collant. Vous savez, ce genre de collègue qui vous suit à la trace dans le bureau, qui s’arrange toujours pour être en binôme avec vous et qui vous propose d’aller boire un verre, non pas pour parler affaire mais pour discuter cœur. Quand les échanges formels se muent en flirt et que chaque réunion prend des airs de rendez-vous galant, difficile de trouver les bons mots pour dire “je ne suis pas intéressée”. Voici comment sortir indemne de cette romance à sens unique.
Identifier ce qui vous met mal à l’aise
Vous passez presque autant de temps sur votre lieu de travail que dans votre foyer. Même si vous essayez de garder vos distances et de rester purement cordiale, en prenant le soin de ne pas laisser d’ouverture, une proximité s’impose. Et parfois une ambiguïté s’installe et l’entente professionnelle bascule dans le jeu de séduction. Ce collègue que vous côtoyez tous les jours pendant sept heures d’affilée ne cache pas son attirance pour vous et son attitude devient soudainement louche. Tant et si bien que la presse people du bureau croit à une idylle secrète.
Pourtant, si un couple sur deux se forme au travail, les sentiments ne sont pas toujours réciproques. Ce collègue qui trouve sans cesse un nouveau prétexte pour vous parler en dehors de vos heures, qui vous complimente chaque matin et qui vous apporte des pâtisseries en exclusivité dans l’espoir d’avoir un retour, devient alors envahissant. Pas besoin d’en arriver à une main aux fesses ou à des remarques salaces pour se sentir attaquée dans son intimité.
Commencez par noter tous les comportements qui vous hérissent le poil et qui vous dérangent au point de vous enfermer dans les toilettes. Ça peut être des éloges sur vos tenues, des gestes tactiles comme une main sur l’épaule, des SMS intrusifs qui n’ont rien à voir avec votre poste ou encore des invitations répétées. Vous avez votre propre degré de tolérance et pas question de minimiser votre inconfort ou de supporter l’intolérable par souci de réputation ou de cohésion.
En parler sans détour à la personne concernée
Peut-être que ce collègue n’a pas conscience de vous importuner et de franchir votre “espace vital”. Là où vous voyez des flirts maladroits ou des initiatives romantiques ratées, il ne voit peut-être que de la taquinerie ou des échanges bon enfant. Pour clarifier la situation, une petite mise au point s’impose. Pas besoin d’organiser une cellule de crise ou de le convoquer à une réunion formatée, surtout si ce n’est que les prémices d’un flirt.
Vous pouvez exprimer votre malaise face à ses regards en coin, ses chuchotements dans votre oreille et sa traque jusqu’à votre lieu de déjeuner. Vous n’êtes pas réceptive à ses avances et vos sentiments sont non négociables, voilà la vérité. Commencez par nommer le comportement qui pose problème, sans vous lancer dans une longue explication. Ne cherchez pas des mots détournés ou des formules de politesse. Un simple : « Je souhaite que notre relation reste strictement professionnelle » peut parfois faire l’affaire.
Si, malgré vos premiers avertissements et votre “non” explicite, ce collègue fait du forcing et continue de vous courtiser jusqu’à ce que vous lui trouviez un charme, il faudra agir plus fermement et remonter ces discours de Don Juan plus haut.
Garder des traces quand les comportements persistent
Qu’il s’agisse de textos suggestifs, de photos compromettantes, de mails aux allures de déclaration Shakespearienne ou de messages à caractère aguicheur, tous ces éléments constituent des preuves. Vous pouvez décider de les garder pour vous ou alors, si l’ambiance devient pesante et que vous vous sentez prise au piège, les transmettre à la direction.
L’idée n’est pas de mettre un mouchard sur le col de votre chemisier ou de porter une caméra invisible sur votre blazer, simplement de collecter les innombrables dérapages de votre collègue pour en faire un dossier solide et démontrer la véracité de vos propos.
Savoir faire la différence entre drague et harcèlement
La frontière entre drague et harcèlement est très fine. Pour certains, un compliment non sollicité sur une silhouette ou sur un rouge à lèvres est juste “flatteur” mais pour les principales destinataires, c’est déjà trop. Le site Paye ta Shnek, qui œuvre pour la sécurité des femmes et qui dénonce tout ce qui a été pratiqué dans l’impunité la plus totale, a créé un tableau pour rappeler la base du consentement et classer les comportements de certains collègues par ordre de gravité.
Dès qu’un collègue ignore votre refus et enfreint la règle ultime du consentement, il est en tort et s’expose à des sanctions, voire à un renvoi. Les entreprises les plus progressistes proposent des stages de “prévention” pour identifier les comportements problématiques et apprendre à les reconnaître à temps.
Demander de l’aide si la situation devient pesante
Pour ne pas s’attirer d’ennui ou risquer des représailles sur leur carrière, les femmes ont longtemps subi en silence et supporter des actes punis par la loi. Les hommes les pensaient redevables pour le moindre service rendu. Mais depuis l’ère de #MeToo et #BalanceTonPorc, elles ne se laissent plus faire et refusent de fermer les yeux.
Loin de se faire des “films” ou de prendre “leurs désirs pour acquis” comme certains se plaisent à le dire, elles savent distinguer une attitude sérieuse d’un comportement abusif. Si vous allez au travail la boule au ventre, que vous paniquez à la vue de ce collègue insistant et que ses avances ressemblent de plus en plus à des menaces ou de l’intimidation, saisissez le service RH ou tournez-vous vers des associations dédiées.
Poser ses limites, ce n’est pas faire des histoires, ni devenir un élément perturbateur. Au travail, vous n’êtes pas tenue de répondre aux attentes sentimentales d’un collègue, ni de transformer votre refus en performance diplomatique.
