Voici en quoi l’hétéronormativité est plus toxique qu’on le croit

L’hétéronormativité présume que l’hétérosexualité est la seule orientation sexuelle « normale » ou « naturelle ». Selon ce courant de pensée, qui gangrène la société, le couple est forcément constitué d’un homme et d’une femme. Il n’y a pas d’autres schémas possibles. C’est notamment à cause de ce concept que les homosexuels doivent se justifier d’aimer les hommes en faisant leur coming out et que les trans se font discrets. L’hétéronormativité, concept largement dépassé, mais toujours aussi ancré, impose une sexualité à sens unique, purement reproductive et profondément restrictive. Elle façonne les attentes, marginalise les identités et nourrit des préjugés archaïques. D’où l’urgence de s’en défaire pour des relations plus ouvertes et inclusives.

L’injonction à rentrer dans le moule

Elle s’infuse dans les esprits dès le plus jeune âge, comme un poison invisible. L’hétéronormativité imbibe notre société dès la petite enfance et continue de se manifester tout au long de la vie. Elle se niche dans les contes de fées Disney, au cœur des romances entre le prince charmant et la princesse en détresse. Elle se cache derrière la question « tu as un amoureux ? », posée aux fillettes de 5 ans. L’hétéronormativité se prolonge à l’adolescence, à travers des cours d’éducation sexuelle à la gloire de l’hétérosexualité. Elle incite les jeunes à sortir avec le sexe opposé, quitte à réprimer leurs vraies attirances. Elle prend la forme d’expressions comme « c’est tellement gay » ou « sois un homme ».

En clair, l’hétéronormativité prend racine de bonne heure et impose une binarité stricte. Elle fait la propagande de l’hétérosexualité et sous-entend d’office que les relations qui échappent à ce « modèle » sont « contre-nature », voire insensées. Pour résumer, elle fait de l’hétérosexualité une priorité absolue et méprise toutes les autres expériences qui vont à l’encontre de cette norme.

Résultat : même si on a le coeur qui balance vers quelqu’un du même sexe, on va se persuader que ce n’est pas « raisonnable » et prendre cette direction tristement commune. On peut être queer au fond de soi, mais contester ses désirs pour se fondre dans la masse. C’est un peu l’instinct de survie qui parle. Dans notre société hétérocentrée, il est plus facile de faire semblant d’être hétéro que d’assumer d’être gay ou asexuel·le. Pas étonnant donc que des hommes mariés et pères de famille fassent leur coming out sur le tard ou que des personnes se découvrent en cours de route.

Un obstacle à l’épanouissement personnel

Grandir dans une société hétéronormée signifie souvent internaliser ces attentes dès le plus jeune âge. Sur les écrans ou dans les histoires pour enfant, l’hétérosexualité règne et s’impose presque comme une évidence. Les personnes qui ne se reconnaissent pas dans ce modèle relationnel peuvent alors ressentir un sentiment de honte ou de confusion. Pour ne pas se faire rejeter ni subir le regard désapprobateur des autres, elles trahissent leur véritable identité et sabotent inévitablement leur avenir « à deux ».

Au-delà de faire une dictature sentimentale et d’influencer notre cœur, l’hétéronormativité se fait aussi le relais de stéréotypes de genre. D’après ce concept, un couple se compose obligatoirement d’un homme viril, protecteur et fort et d’une femme obéissante, sage et à l’écoute. Elle nourrit des clichés ce que sur ce que signifie « être un homme » ou « être une femme ». Inconsciemment, les couples hétéros essayent de coller à cette définition.

Des impacts concrets sur la santé mentale

L’hétéronormativité marginalise les personnes LGBT+ en les faisant passer pour des parias de la société, voire carrément des « traîtres ». C’est à cause d’elle que les couples queers refusent de se tenir la main dans l’espace public ou que les employés gays restent délibérément enfermés dans le placard. C’est aussi de sa faute si le « mariage pour tous » a tardé à se légaliser et à être toléré.

Avec ce bourrage de crâne hétéro-centré, les personnes de la communauté queer se sentent constamment « menacées ». Selon plusieurs études croisées, elles sont d’ailleurs plus exposées au stress, à l’anxiété, à la dépression et aux pensées suicidaires. Ces pressions affectent aussi les relations hétérosexuelles, en enfermant les individu·e·s dans des attentes oppressives.

Déconstruire pour reconstruire

Il est grand temps de dynamiter ces cases où tout le monde se sent à l’étroit. Mais comment avancer vers une société moins hétéronormée et plus émancipatrice ? Ça commence par une représentation diversifiée dans tous les aspects de la culture populaire, qu’il s’agisse de films, de publicités ou de livres. L’éducation est un autre angle d’attaque. En intégrant des discussions sur les orientations sexuelles et les identités de genre dans les écoles, on permet aux jeunes de comprendre et d’accepter la diversité humaine dès le départ.

Il faut aussi faire un travail d’introspection et un petit « reset » intérieur. Remettre en question nos propres biais, écouter activement les récits des personnes queer, et promouvoir une communication inclusive sont autant de petites actions qui peuvent inverser la tendance et libérer les coeurs !

L’hétéronormativité fait beaucoup de dégâts. Elle encrasse sacrément les relations et retient le bonheur de chacun·e. Il faut en avoir conscience pour s’en débarrasser et purifier ses pensées. PS : l’amour n’a pas de genre ni de couleurs. Il est universel ! 

Émilie Laurent
Émilie Laurent
Dompteuse de mots, je jongle avec les figures de style et j’apprivoise l’art des punchlines féministes au quotidien. Au détour de mes articles, ma plume un brin romanesque vous réserve des surprises de haut vol. Je me complais à démêler des sujets de fond, à la manière d’une Sherlock des temps modernes. Minorité de genre, égalité des sexes, diversité corporelle… Journaliste funambule, je saute la tête la première vers des thèmes qui enflamment les débats. Boulimique du travail, mon clavier est souvent mis à rude épreuve.
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