Lorsqu’on a le flacon en main, on crée un nuage aromatique autour de notre corps et on oublie la définition de modération. On ne se contente pas d’un “pschitt” sur le poignet ou dans le creux de l’oreille, parfois on dépasse la frontière de la peau pour donner une odeur à nos cheveux. Ce geste, délibéré ou exécuté dans le vif d’une vaporisation précipitée, permet de laisser une trace durable dans l’atmosphère et de marquer les narines dans un simple courant d’air. Mais qu’en est-il des effets sur la fibre capillaire ?
Quel est l’intérêt de mettre du parfum dans ses cheveux ?
Le parfum est notre signature olfactive, l’extension aromatique de notre personnalité. Qu’il soit fruité, boisé ou plutôt sucré comme une gourmandise que l’on respire, il nous incarne et nous représente. Pour bien marquer notre territoire et imposer notre présence sensorielle, on ne lésine pas sur la quantité. On a parfois la main lourde sur la gâchette de notre fragrance attitrée. Pourtant, on a beau s’asperger de parfum, il s’évapore au bout de quelques heures, dilué par la transpiration. Alors pour faire durer le plaisir et prolonger la tenue de ce parfum iconique, certaines d’entre nous surpassent les zones cibles habituelles et répandent ce nectar sur leur chevelure. C’est une façon d’optimiser ce geste beauté.
Les cheveux accrochent également toutes les odeurs environnantes, y compris les plus désagréables : tabac, friture… Il suffit d’un repas dans un fast-food pour que les cheveux captent les effluves des frites. Et même si de plus en plus de parfums imitent des saveurs comestibles comme le croissant, l’idée n’est pas de dégager une odeur de barbecue ou de nourriture tout droit sortie d’un drive. Les soins capillaires, parfois enrichis à l’huile de coco ou à l’extrait d’aloe vera, laissent une empreinte aromatique subtile, qui disparaît généralement dès le séchage.
Se parfumer les cheveux est donc à la fois un camouflage et un geste d’hygiène, comme si les femmes devaient sentir le propre à toute épreuve, y compris après avoir couru après le bus ou passé une heure dans un métro bondé.
Parfumer ses cheveux : un rituel à repenser pour limiter la casse
Parfumer ses cheveux peut sembler attrayant surtout quand on a un feu de camp en prévision ou un dîner dans un restaurant spécialisé dans les mets cuits à l’huile. On se dit que ce n’est pas une petite brume furtive qui peut endommager notre chevelure. Pourtant, appliquer du parfum entre ses mèches n’est clairement pas l’idée du siècle. Sans grande surprise, le parfum n’est pas vraiment étudié pour les cheveux. Il contient des ingrédients particulièrement agressifs pour la fibre capillaire dont l’alcool, réputé pour assécher les cheveux.
C’est d’autant plus incohérent quand on veille à la composition de nos essentiels capillaires et que l’on plébiscite des soins doux sous la douche. Tous nos efforts d’entretien sont alors gâchés en un “pschitt”. Parfumer ses cheveux dès que leur odeur se fait trop “neutre” ou “nauséabonde”, revient au même que maquiller sa peau après avoir passé un coton nettoyant : c’est contre-productif voire même nocif.
À la longue, on risque de voir apparaître des fourches ou des pellicules et de faire l’expérience de démangeaisons. Se parfumer les cheveux est donc une mauvaise habitude, encouragée, à tort, par les diktats. Si les fragrances “classiques” sont loin d’être des sérums de Jouvence pour les cheveux, il existe des alternatives spécialement conçues à cet effet comme les brumes ou les hydrolats de fleurs.
En finir avec l’injonction de la femme qui “sent toujours bon”
C’est une idée aussi persistante qu’un parfum entêtant : une femme devrait toujours dégager une odeur irréprochable, presque irréelle. Comme si le corps féminin devait être aseptisé, neutralisé, parfumé en continu pour être acceptable.
Cette pression invisible pousse à multiplier les gestes “correctifs” : déodorant, parfum, brume, lessive parfumée… jusqu’à vouloir masquer la moindre odeur naturelle. Parfumer ses cheveux s’inscrit pleinement dans cette logique. Ce n’est plus seulement un plaisir sensoriel, mais presque une obligation sociale.
Pourtant, le corps vit, respire, réagit. Il capte des odeurs, en produit aussi, et c’est parfaitement normal. Vouloir tout effacer revient à nier cette réalité biologique. Pire encore, cela entretient une forme d’insatisfaction permanente : celle de ne jamais être “assez fraîche”, “assez propre”, “assez parfaite”. Revenir à plus de simplicité, c’est aussi accepter que l’odeur neutre, ou légèrement changeante, n’est pas un problème à corriger mais un principe du corps humain. Les cheveux n’ont pas besoin de sentir le bouquet de fleurs ou la crème à la vanille du matin au soir pour être “présentables”.
En réalité, tout est une question d’équilibre. Se parfumer doit rester un plaisir, un geste choisi, pas une réponse à une injonction. Car au fond, sentir “bon” ne devrait jamais être une contrainte mais un acte de pleine conscience.
