Depuis quelque temps, le monde perd de ses couleurs et notre minois aussi. Les fards chatoyants ont déserté les paupières et les sticks à lèvres, eux, essayent de mimer notre teinte originelle, réduisant la fantaisie à une simple couche de brillance. Alors que l’esthétique sobre de la clean girl se répercute dans les miroirs, certaines âmes créatives dérogent à cette apparence faite de beige et brun. La créatrice de contenu @divineswimming prouve qu’il n’est jamais trop tard pour utiliser les poudres colorées de vos palettes.
Remettre de la couleur au centre des visages
En quelques années seulement, nous sommes passés d’un univers saturé de couleurs à un environnement aseptisé, dépossédé de son éclat. Même le maquillage suit cette direction artistique monotone et tristement impersonnelle. La clean girl donne le ton devant le miroir. Son style sobre est presque devenu une norme absolue.
Les tutoriels épurés des réseaux sociaux ont fini par nous faire croire que la couleur était trop extravagante pour les looks du quotidien et que ça relevait de l’agression visuelle. Si dans les années 2000, personne ne connaissait la modération, aujourd’hui, tout le monde se calme sur le coup de pinceau. Alors, les fards les plus pétillants et prometteurs de nos écrins cosmétiques restent intacts. On les inaugure seulement pour un événement d’envergure, une occasion rare ou un 31 décembre au soir. On attend d’avoir une bonne raison pour les utiliser sans risquer de passer pour le clown de service.
Par opposition, une femme qui saupoudre ses yeux de vert, de rose ou de jaune et qui ne suit pas les prescriptions beauté du moment s’expose aux adjectifs les plus bas de gamme. Comme si le moindre petit excès de fantaisie était anti-professionnel, cheap ou enfantin. La couleur est peut-être une terrible faute de goût d’après les normes. Or, pour les plus créatives comme Simone du compte @divineswimming, c’est un assaisonnement indispensable, un accessoire à part entière, la réminiscence de sa personnalité. Elle refuse de laisser les diktats déteindre sur sa peau et compte bien poncer ses fards les plus pigmentés jusqu’à la dernière miette.
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Une mise en beauté n’a pas à répondre à une injonction
Simone, véritable peintre sur derme, considère son visage comme une toile vierge pas comme le duplicata d’un idéal de beauté. Et ses œuvres d’art sont à l’opposé du minimalisme imposé. La jeune femme, dont l’imagination guide chacun de ses gestes, ne se contente pas d’un blush rosé et d’un trait qui se fond dans la chaire. Alors que les magazines féminins et les reines de beauté auto-proclamées de la toile conjuguent la parcimonie des lèvres au regard, Simone, elle, comble chaque espace vide de son teint mat de motifs, d’estampe fluo et de constellations arc-en-ciel.
Beaucoup jugeraient ses maquillages carnavalesques, bariolés ou trop immatures pour son âge. La société nous a vite appris à confondre créativité et excentricité. La couleur, les formes organiques, les étoiles ou les fleurs psychédéliques sont le signe d’une grande liberté. Pas d’un retard mental.
Dans un monde qui veut uniformiser toutes les femmes, Simone choisit d’être elle-même. “Personne n’a à dicter ce qui est « normal » ou non” rappelle-t-elle régulièrement à côté de ses yeux en papillons ou de son regard graphique. Parce que le maquillage ne devrait jamais être subi mais choisi en pleine conscience, selon nos propres codes. Simone l’utilise, non pas pour se créer une nouvelle tête ou ressembler à quelqu’un d’autre mais pour s’amuser, se raconter, exprimer son style. Et ça, c’est un bel exemple de lâcher-prise.
En finir avec le culte de la clean girl
Avec ses pommettes rosées, sa bouche à peine crayonnée et ses yeux innocents, maquillés sans vraiment l’être, la clean girl donnait l’illusion d’un retour au naturel. Cependant, cette esthétique millimétrée qui semblait induire peu d’efforts devant la glace, s’est ancrée dans les habitudes rendant toute autre mise en beauté grotesque et hors d’élégance.
Pourtant, derrière cette apparente simplicité se cache elle aussi une véritable injonction. Il faut avoir le teint parfaitement uniforme, les sourcils disciplinés, les lèvres subtilement repulpées et les joues délicatement rehaussées. Rien ne doit dépasser, rien ne doit crier, rien ne doit trahir la moindre aspérité. Même le « naturel » semble désormais soumis à un cahier des charges.
À force de voir les mêmes visages défiler sur nos écrans, on finit par oublier qu’un maquillage peut aussi être un terrain de jeu. Pourquoi faudrait-il réserver le bleu électrique au carnaval, le violet aux soirées ou les paillettes au réveillon ? Pourquoi une femme devrait-elle attendre une occasion particulière pour porter sur ses paupières la couleur qui lui plaît ?
Le maquillage n’a pas d’âge, et encore moins de mode d’emploi universel. Il peut être discret ou spectaculaire, monochrome ou multicolore, sophistiqué ou complètement déraisonnable. Tant qu’il raconte quelque chose de celle qui le porte, il a déjà rempli sa mission. La vie est bien assez morose pour la vivre en gris, en beige ou en nude. Inutile d’en rajouter une couche sur le visage.
