Ce compte Instagram raconte l’art par le prisme des femmes

Le compte Instagram d’Eva Kirilof rend aux femmes la place qu’elles méritent dans l’art. À travers de multiples œuvres d’artistes femmes ou de représentations de femmes dans l’art classique et plus contemporain, elle déconstruit avec brio les idées reçues sur l’histoire de l’art, et c’est beau à voir !

La sous-représentation des femmes artistes

Si aujourd’hui on peut citer des artistes comme Frida Kahlo, Marina Abramović, Louise Bourgeois ou Yayoi Kusama assez naturellement, la sous-représentation des femmes artistes persiste malheureusement. Quelques chiffres alarmants en témoignent. Au Musée du Louvre, 42 toiles peintes par des peintresses sont par exemple exposées sur un total de plus 5000 œuvres.

Ainsi, on pourrait croire que les femmes ne font simplement pas autant d’art que les hommes. Mais il n’en est rien. En France par exemple, 60 % des artistes diplômé.e.s des écoles des beaux-arts sont des femmes. Sauf qu’elles ne représentent que 15 % des collections publiques. Ceci donne l’impression d’un problème plutôt systémique.

Face à ce manque de représentation des femmes dans l’histoire de l’art, la bloggeuse et manager culturel belge Eva Kirilof, basée à Londres, a crééun compte Instagram éducatif et très agréable à l’œil. Elle a créé en parallèle une newsletter, qu’elle envoie deux fois par mois à ses abonné.e.s, appelée « La superbe », dans laquelle elle propose un autre regard sur l’histoire de l’art occidental. Sur Instagram, Eva raconte alors l’art par le prisme des femmes. Avec des photos, peintures, sculptures et autres œuvres saisissantes de femmes, elle crée des légendes instructives et passionnantes qu’on adorerait voir dans les musées.

La déconstruction des mythes sexistes de l’art

Avec un sens esthétique admirable, elle choisit méticuleusement les œuvres qui nous offrent une autre lecture du monde que l’on connaît. Elle déconstruit des thèmes comme la misogynie intériorisée, les mythes sur les muses des grands artistes masculins, la représentation du corps féminin en peinture, le fameux « male-gaze », les mères dans l’art et surtout, elle met en lumière des femmes artistes, dans une démarche résolument féministe.

En se baladant sur son compte Instagram comme on le ferait dans une galerie d’art, on (re)découvre alors ces femmes oubliées de l’histoire de l’art. On apprécie par exemple l’histoire de Valie Export, une artiste autrichienne conceptuelle, qui a produit l’un des plus importants corpus d’œuvres féministes durant la période d’après-guerre.

On apprend également la place des femmes comme muses, notamment dans le mouvement surréaliste d’André Breton. D’un côté le courant se voulait des plus subversifs et révolutionnaires, et mettait la femme et son amour pour elle au premier rang de son œuvre. Mais de l’autre, leur travail est imprégné de sexisme, mettant de côté le travail des femmes artistes surréalistes, et ne remettant jamais en question le privilège masculin dans l’art.

Un contenu riche et critique

Les analyses d’Eva Kirilof s’inscrivent également dans une perspective féministe et intersectionnelle. On comprend alors les discriminations faites aux artistes vivant à l’intersection de plusieurs oppressions.

On décortique avec elle la vision raciste et coloniale derrière le « Portrait de Madeleine », par la peintresse française Marie-Guillemine Benoist (1800). Ce tableau, le premier qui expose une femme noire publiquement, a pourtant longtemps été considéré comme une célébration de l’abolition de l’esclavage dans les colonies.

Le compte Instagram présente également des artistes qui ont travaillé à partir de thèmes de la communauté LGBTQIA+, telle que la photographe allemande Germaine Krull (1897-1985) qui a offert un regard féminin sur le corps nu des femmes. En effet, « Krull qui était bisexuelle mettait en scène des amours lesbiens non pas destinés au male gaze mais bien au sien ».

Quoiqu’il en soit, ce compte Instagram présente des contenus riches et variés, sur des thématiques nécessaires pour comprendre la société dans laquelle nous vivons. En effet, c’est en grande partie à travers l’art et l’histoire que nous construisons nos imaginaires, nos regards et nos actions qui en découlent. Alors mieux vaut que nos regards soient plus conscientisés. De plus, ces contenus sont beaux, toujours instructifs, parfois drôles, et satisferont la curiosité de tou.t.e.s passant.e.s !

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Cindy Viallon
Cindy Viallon
Journaliste free-lance, mes sujets de prédilection sont les féminismes intersectionnels, la société et la culture. J’aime déconstruire l’actualité et briser les tabous une fois pour tous·tes !

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