Cette matière jugée ringarde pendant vingt ans revient partout, et elle n’a jamais mérité sa réputation

Reléguée pendant vingt ans au rayon des vestes de professeur, elle occupe cette saison les collections et les vitrines.

L’occasion de se demander qui décide qu’une matière est démodée. Vous en avez sûrement une paire au fond d’un placard, ou le souvenir d’un pantalon détesté à l’adolescence. Le velours côtelé a longtemps servi de raccourci pour dire « ringard », au même titre que le bob ou la banane. Il revient cette saison dans les collections automne-hiver, et pas seulement chez les marques nostalgiques. Ce retour dit quelque chose d’intéressant sur la façon dont la mode distribue ses verdicts.

Ce que les collections de la saison ont remis en avant

Les défilés automne-hiver 2026-2027 ont fait la part belle aux matières texturées. Après plusieurs saisons dominées par les surfaces lisses et les coupes minimalistes, les créateurs sont allés chercher du relief : bouclette, peluche, laine brossée, et le velours côtelé en bonne place. Dans les boutiques, la traduction est déjà visible sur le pantalon droit, la veste chemise et la robe chasuble. Ce n’est pas un clin d’œil vintage isolé, c’est un mouvement de fond qui traverse plusieurs maisons.

Ces côtes verticales font tout le caractère de la matière
Ces côtes verticales font tout le caractère de la matière

Comment une matière devient démodée

Personne ne signe de décret. Une matière sort des collections, les magazines cessent d’en parler, les enseignes la retirent des rayons, et au bout de quelques saisons elle devient une plaisanterie collective. Le velours côtelé a suivi ce chemin après les années 1970, où il était partout. Associé ensuite aux vestes de professeurs et aux tenues de grands-pères, il a passé deux décennies au purgatoire. Rien dans la matière elle-même n’avait changé. Ce sont les regards portés sur ellequi se sont modifiés, puis inversés.

Cette mécanique mérite qu’on s’y arrête. Si un tissu peut être jugé hideux pendant vingt ans puis désirable du jour au lendemain, sans qu’aucune de ses qualités n’ait bougé, on peut légitimement se demander ce que valent les autres verdicts de la mode.

La règle qui l’avait fait disparaître de certaines garde-robes

Il existe une autre raison, plus discrète, à sa disparition. Une consigne circule depuis longtemps dans les magazines féminins : les matières épaisses seraient à éviter quand on n’est pas mince, parce qu’elles ajouteraient du volume. Le velours côtelé cochait la case.

L’argument ne tient pas debout très longtemps. Un tissu épais ajoute quelques millimètres, ce qui ne change rien à ce que voient les gens. Et surtout, cette matière est parcourue de côtes verticales qui, selon la logique même de ces magazines, devraient être considérées comme flatteuses. Elle a été écartée quand même. Ce qui indique que la règle n’a jamais eu grand-chose à voir avec l’optique, et beaucoup à voir avec l’idée que certains corps devaient se faire discrets en toutes circonstances.

Toutes les versions ne se ressemblent pas

L’écart entre deux velours côtelés est considérable, et c’est ce qui explique qu’on puisse détester l’un et adorer l’autre.

Type de côtes Aspect Bien pour
Grosses côtes Relief marqué, effet rétro affirmé Vestes, pantalons larges, salopettes
Côtes moyennes Le plus courant, polyvalent Pantalon droit, veste chemise
Milleraies (côtes fines) Presque lisse, tombé souple Robes, chemises, pièces près du corps
Avec élasthanne Souple, suit le mouvement Pantalons ajustés, usage quotidien

Le milleraies est souvent la meilleure porte d’entrée si le mot « velours côtelé » vous évoque encore un mauvais souvenir : il n’a presque rien du relief massif qu’on associe à la matière.

Ce qui fonctionne bien avec

Cette matière supporte mal la concurrence. Associée à d’autres textures fortes, l’ensemble devient vite chargé. Elle se marie en revanche très bien avec des surfaces lisses : une maille fine, une chemise en coton, un tee-shirt simple. Côté teintes, les tons chauds fonctionnent naturellement, camel, rouille, bordeaux, kaki. Et si vous voulez éviter l’effet costume d’époque, la règle la plus simple reste de n’en porter qu’une seule pièce à la fois.

Ce que ça coûte, et où chercher

Les prix restent contenus. Un pantalon se trouve généralement entre 40 et 90 €, une veste chemise entre 60 et 150 €, une robe chasuble entre 50 et 120 €. Les pièces en coton épais tiennent bien dans le temps, ce qui en fait un achat plutôt raisonnable. Mais le meilleur terrain reste la seconde main : après vingt ans de disgrâce, les friperies et les plateformes en regorgent, souvent en excellent état puisque personne ne les portait. Comptez 10 à 30 € pour une pièce correcte.

Et si vous la trouvez toujours moche ?

Alors n’en portez pas, la question est réglée. Une matière qui revient n’est pas une convocation, et le fait qu’elle soit partout cette saison ne dit rien sur ce qui vous plaît. L’intérêt de ce retour n’est pas de vous faire acheter un pantalon en velours côtelé. Il est plutôt de rappeler que les verdicts esthétiques s’inversent régulièrement, qu’ils ne reposent sur pas grand-chose, et que ça vaut aussi pour toutes les règles qu’on a pu vous répéter sur ce que votre corps devrait ou ne devrait pas porter.

Saïd Laribi
Saïd Laribi
Jeune papa d'une petite fille, je m'intéresse aux représentations du corps, à l'estime de soi et à la façon dont elles se transmettent d'une génération à l'autre. Pour moi, grandir en se sentant à sa place n'a rien d'évident, et c'est ce qui me motive à partager des contenus qui ouvrent le regard plutôt qu'ils ne dictent une norme

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