C’est une image qui a fait le tour du web. Elle a fait plus d’un million de vues et illustre à elle seule toute la puissance de ce sport, souvent sous-estimé ou réduit à une simple gesticulation. Un cheerleader, qui autrefois occupait le centre du terrain en tant que garde droit, fait virevolter sa partenaire avec une aisance déconcertante. Ensemble, ils exécutent les figures les plus techniques du cheerleading. Et le porteur, Brandon Gray, au-delà de rééquilibrer la parité dans cette équipe très féminine, prouve que les abdos ne sont pas indispensables pour amortir les pirouettes de ses coéquipières.
Une prestation body positive devenue virale
C’est une vidéo qui a atterri devant de nombreux yeux et qui a suscité une vague d’acclamations. Un cheerleader dénommé Brandon Gray envoie valser sa partenaire, Ashlyn Pinner dans les airs comme si elle pesait quelques grammes. Il l’a soulève à une main à la manière d’un tremplin humain et l’a fait tourner sur sa paume comme les ballerines des boîtes à musique. Véritable force de la nature, il n’a pas les muscles saillants souvent attribués aux acteurs du cheerleading et c’est justement ce qui lui a valu un tonnerre de like. Cette prestation, qui est une belle campagne pour la diversité, est une prouesse esthétique et physique.
Du jour au lendemain, le tandem, qui exécute ordinairement ces pirouettes spectaculaires devant les élèves de l’Université de Floride du Sud, est passé de la confidentialité de la vie étudiante à la prospérité du net. Sur les réseaux sociaux, qui leur ont servi de vitrine, les internautes ne tarissent pas d’éloges. « On voit bien que les filles se sentent en sécurité avec lui », dit l’un. « Il fait paraître ce travail difficile tellement facile ! Il faut être incroyablement fort pour ça », abonde un autre.
Dans l’imaginaire collectif, le cheerleading est un hobby de lycée, une activité de « fille populaire ». Or, ce n’est pas juste une attraction visuelle ou de la figuration, c’est une véritable symphonie des corps. C’est un sport qui exige souplesse, adresse, force et explosivité. Comme le démontre Brandon Gray, nul besoin d’avoir des biceps marqués, des tablettes de chocolat greffées dans le ventre et une silhouette galbée pour jouer à la toupie avec sa partenaire. Dépeint comme la « star du campus », un titre honorifique outre-Atlantique, ce cheerleader à la carrure de titan est également un bel exemple d’inclusivité dans un sport encore attaché à un idéal de « masculinité« .
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Un rappel essentiel : le poids ne fait pas le talent
Avant d’intégrer l’équipe des cheerleaders et de côtoyer les pompons, Brandon Gray, 23 ans, faisait du rentre-dedans sur le terrain et improvisait des chorégraphies avec le ballon ovale. Désormais, il met ses muscles au service de l’équipe de Cheerleading de son école. Il participe à des compétitions locales comme le Sunshine Stunt Battle. C’est d’ailleurs sur ces planches que le succès a commencé.
Sa carrure et ses formes auraient pu être rédhibitoires, surtout dans cet art qui repose sur le paraître et qui s’en tient au modèle de l’homme svelte. Cependant, il a largement fait ses preuves. Il assure à lui seul des figures acrobatiques qui nécessitent habituellement plusieurs bras et qui se pratiquent en groupe. C’est la personnification de l’expression « force tranquille ». Il suffit de le voir à l’œuvre pour en prendre conscience. Ce cheerleader hors du commun donne l’illusion d’un mouvement simple alors qu’en réalité ces figures nécessitent des heures d’entraînement.
Il accompagne le salto arrière et le double flip de sa partenaire, sans lâcher une goutte de sueur. Plus époustouflant encore, il reste imperturbable, même avec une femme d’une cinquantaine de kilos sur le bout des doigts. Descendant de Thor ou de Thanos, ce cheerleader est doté d’un pouvoir que les fitboys ne peuvent égaler, même en soulevant de la fonte.
Braver les normes de beauté qui collent à ce sport
Ce sport appelle à la souplesse, mais les esprits, eux, sont plus que raides dans la discipline. Dans le cheerleading, les hommes ont souvent un physique type comme les femmes, qui sont toutes des photocopies l’une de l’autre, à quelques couleurs de cheveux près. Ces messieurs, souvent appelés en renfort pour donner de la hauteur aux pom-pom girls et amplifier la performance, n’ont pas un centimètre de graisse, ni même un mini bourrelet qui dépasse du t-shirt floqué. Les mensurations semblent parfois l’emporter sur le talent comme s’il fallait voir les muscles ressortir pour justifier la force.
Ce cheerleader est peut-être plus enrobé que la moyenne, mais il a une force herculéenne indubitable. Certes, son corps est visuellement mou, mais ce qu’il y a l’intérieur est en béton armé. Il a les muscles emmitouflés dans la chair, mais il est capable d’accomplir ce que cinq hommes à la « Ken » parviennent difficilement à reproduire. Et ça, c’est précieux pour nos yeux, qui associent encore l’embonpoint à du laisser-aller ou de la sédentarité.
Ce cheerleader, qui attire la sympathie collective et humanise un peu plus la pratique, est devenu malgré lui le symbole du changement. Il brave les normes de beauté avec une grâce innée. Il venge toutes les personnes qui, un jour, se sont senties « trop grosses » pour entreprendre une activité sportive. Moralité : être plus size est un gros plus.
