Autrefois, les parents nous motivaient de loin pour nos premiers entretiens d’embauche et nous invitaient à la débrouillardise. Désormais, ils franchissent la porte des entreprises avec leurs enfants et les prennent par la main pour leur entrée dans la vie active comme ils l’ont fait pour les premiers jours d’école.
Venir en entretien avec ses parents, la nouvelle norme ?
Les jeunes adultes se réjouissent à l’idée de quitter le foyer familial pour manger des sucreries à pas d’heures, geeker toute la nuit, laisser la vaisselle traîner dans l’évier et sortir jusqu’au petit matin sans devoir se justifier. En revanche, malgré cette soif d’indépendance, ils peinent à couper le cordon et sollicitent leurs parents pour la moindre petite tâche. Ce sont un peu leurs coachs de vie, leurs conseillers attitrés. Ils les appellent quand ils sont perdus devant le tableau de bord de la machine à laver et même lorsqu’ils ont un doute sur la cuisson de leur steak haché (végétal ou non).
Les jeunes de la Gen Z ont beau avoir chatGPT dans la poche, ils préfèrent s’adresser directement à leurs parents pour obtenir des réponses à leurs questions. Même s’ils se plaisent à jouer les grands, les vieux réflexes de l’enfance ne tardent pas à ressurgir, surtout dans l’inconnu du monde professionnel. Pour honorer leurs entretiens d’embauche, ces adultes en devenir débarquent avec un porte-bonheur qui prend bien plus de place qu’un porte clé en forme de trèfles. Ils poussent les portes des entreprises, en compagnie de leurs parents, qui ne se contentent plus de les déposer sur le parking. Et c’est loin d’être une rareté.
Selon une récente enquête, un quart des candidats à l’emploi de la Gen Z, âgé de 18 à 27 ans, ont avoué avoir amené un parent à leur entretien d’embauche. Ce qui fait soupirer les anciennes générations, qui pointent une « génération d’assisté ». Les parents, eux, accompagnent leurs enfants devant les managers comme ils l’ont fait lors des rendez-vous médicaux chez le pédiatre.
Une pratique qui divise les générations
Si cette pratique prête doucement à sourire, elle fait aussi grogner les anciennes générations, celles qui ont postulé au culot, qui ont enfoncé les portes au lieu de les pousser et qui ont travaillé par nécessité dès l’âge de 16 ans. Les baby-boomers et ceux qui les ont précédés sont scandalisés par ce qu’ils qualifient de « rituel de maternage ». Or, le marché du travail a bien évolué et s’est durci entre temps. Entre l’arrivée menaçante de l’IA, la concurrence féroce, les exigences infinies de certains postes… Lls jeunes ressentent le besoin de renfort.
Les parents ne sont pas là pour jouer les avocats et plaider la cause de leur progéniture, simplement pour leur apporter cette légitimité qui leur manque parfois et leur rappeler qu’ils sont à leur place. Si pendant les années scolaires, les parents encadrent les devoirs, ils prolongent cette habitude parfois au-delà de l’adolescence. Certains d’entre eux, qui cachent des petits symptômes de parent « hélicoptère », n’hésitent pas à prendre les devants pour assurer à leurs enfants un avenir stable et sans nuage. En effet, 75 % des jeunes de la Gen Z affirment qu’un parent a déjà soumis leur candidature à leur place. Plus étonnant encore, 65 % d’entre eux avouent avoir déjà délégué un test de candidature à l’un de leur parent, comme s’il s’agissait d’un simple exposé d’histoire.
Et lorsque les enfants sont en poste, les parents les plus effrontés font même des réclamations auprès de leurs employeurs, réclamant une meilleure reconnaissance et des aménagements horaires. Un scénario qui est déjà arrivé à deux jeunes de la Gen Z sur trois. Certains parents voient encore leurs enfants comme des bébés sans défense tandis que d’autres restent de simples spectateurs dans leur carrière.
Comment les managers le perçoivent
Venir accompagné d’un de ses parents à un entretien d’embauche semble impensable pour beaucoup d’entre nous. On préfère encore avoir des palpitations, les mains moites et la gorge serrée plutôt que de débarquer avec notre mère comme un enfant de maternelle. On aurait peur que ça nuise à nos chances de réussite et que ça fasse mauvaise impression. Pourtant, les managers ne sont pas totalement réfractaires à cette incursion des parents dans ce tête-à-tête corporate.
Selon eux, les parents peuvent leur apporter des détails croustillants sur leurs candidats et approfondir un peu plus le CV, écrit pour se vendre sous son meilleur jour. « Leur volonté de partager les qualités et les défauts de leur enfant pourrait m’apporter des informations que je n’aurais jamais découvertes autrement », observe Gene Marks, détenteur d’une petite société auprès de The Guardian. Si les parents ne tarissent pas d’éloges sur leur progéniture, ce sont aussi les premiers à râler après leur flemme, à pointer leur côté désordonné et à avouer l’inavouable. « En tant que responsable du recrutement, vous souhaitez entendre ces plaintes pour avoir une idée plus précise de la véritable personnalité de cet enfant et de son potentiel en tant qu’employé », détaille le manager.
Passer un entretien d’embauche n’est jamais très rassurant et dans ces circonstances, les parents sont un peu comme des doudous vivants. Les jeunes de la Gen Z ne se passent plus de leur présence et les managers les accueillent à bras ouverts. Idéal pour gratter la couche de vernis du CV.
