Elle habille son fils en legging, et les réactions en ligne en disent long sur les normes de genre

Les stéréotypes de genre s’accrochent encore aux vêtements du bas âge. Une mère de famille, qui écrit également des comptines contemporaines, en a fait la triste expérience sur les réseaux sociaux. Tout est parti d’un simple legging, porté au masculin, sur les jambes de son fils. Et à en croire les commentaires, les garçons devraient porter des pantalons et des pulls à connotation héroïque et les filles des robes roses avec un supplément de paillette. Des normes archaïques que la maman dénonce.

Le legging, le vêtement de la discorde

Rien qu’à sa prononciation, ce vêtement déchaîne les foudres et provoque des débats stylistiques électriques. Comparé à une « horreur visuelle » voire une erreur de la couture, le legging fait partie de ces pièces « polémiques », tout comme les labubu et les jeans troués. Décrié par la fashion-sphère et accusé de « mauvais goût », le legging n’a pas une bonne réputation.

Alors que sur des silhouettes dites féminines, il est à peine toléré, sur les jambes des hommes, il est tout bonnement interdit. Les seuls à avoir un passe-droit sur cette pièce mode très serrée sont les marathoniens chevronnés et même sous le prétexte du sport, ils se font souvent lyncher. Les garçons, aussi insouciants soient-ils, subissent également le terrible sort de la virilité lorsqu’ils daignent choisir un legging plutôt qu’un pantalon bleu.

Du moins, c’est le constat terrifiant qu’a fait une mère de famille. La jeune femme, connue sous le nom de @laurelbang revisite des chansons célèbres en version « vie de parent » et compose des berceuses qui ont du sens. Son compte Instagram s’apparente à un journal de bord décomplexé où elle partage conseils bienveillants et réalités brutes. Il lui arrive de filmer des scènes spontanées avec son fils et l’une d’elle a fait bondir internet. L’objet de ce soulèvement collectif ? Un inoffensif legging, comme si les enfants devaient respecter un dress code et choisir leur tenue selon leur genre plutôt que leur goût.

 

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Des commentaires odieux sur un simple bout de tissu

Voir un garçon déambuler gaiement en legging n’a rien de dérangeant, sauf pour ceux qui prennent les stéréotypes pour des vérités et qui pensent qu’un garçon doit jouer à la voiture et s’habiller avec des pulls au design sportif. À en croire les commentaires, largués comme des bombes sous le post, le legging n’a pas sa place dans le dressing d’un garçon et la mère est irresponsable d’initier son fils à de telles « pratiques ».

Ce vêtement extensible aux allures de seconde peau s’adapte bien aux aventures trépidantes des enfants et à leurs acrobaties permanentes. Une poignée d’internautes, aveuglés par les normes et contaminés par les stéréotypes vieillots, ont toutefois crié au scandale, voyant des signes « efféminés » là où les plus tolérants voient seulement un vêtement « tout terrain », propice à la souplesse.

« Habiller son fils avec un legging relève du problème mental », avance l’une. « Quel enfer », abonde une autre. « Une future pédale ce gamin ». Ces semeurs de haine sont les mêmes qui regrettent le temps d’avant, où les filles jouaient sagement à la Barbie et se formaient à la maternité avec leur poupon tandis que les garçons se disputaient le ballon et s’initiaient doucement au leadership.

La mère de famille, victime malgré elle d’une criante étroitesse d’esprit, précise que 95 % des commentaires sont écrits par des hommes. Comme si un sobre legging taillé en 10 ans signait l’extinction entière de leur espèce et mettait en péril leur virilité. Comme si un vêtement dictait une attitude. Or, la maman le rappelle « les vêtements n’ont pas de morale ». Et ce n’est pas sa seule leçon de tolérance.

 

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La réponse brillante de cette mère face à la haine

Les tenues ainsi que les jouets n’ont pas de « parti-pris », ni de genre. Un garçon peut porter un polo rose et une fille un sweat bleu, tout comme l’un peut se plaire à préparer des plats dans sa dinette et l’autre à dévaler des pentes en VTT. De ce fait, le legging n’est pas plus « féminin » que masculin. Penser que le legging est un objet quasiment castrateur est une construction sociale, un formatage idéologique.

La société nous a persuadés que chaque vêtement devait rentrer dans une case et pas uniquement celle de notre penderie. Et c’est toujours d’actualité. Selon une étude d’envergure établie sur 20 000 chemises et shorts de grandes enseignes, les stéréotypes s’inscrivent noir sur blanc sur le buste des bambins. Malgré des centres d’intérêt communs, les filles sont reliées aux mots « love », « smile », « dream » tandis que les garçons ont des adjectifs plus téméraires comme « explore », « fast » ou « crew ».

Et cette affaire de legging n’est qu’une énième illustration de ce problème de fond. Loin de réagir violemment à ces attaques, la mère de famille est restée ferme mais pédagogue. Elle a ainsi rappelé « On ne protège pas les enfants en leur apprenant à rester fidèles à des codes absurdes ». Elle éduque son enfant à la bienveillance pendant que d’autres restent prisonniers de leurs vieilles croyances.

Ce legging est bien secondaire face à la joie exprimée d’un enfant et ses éclats de rire. Ce n’est qu’une toile de fond. Pourtant, certains l’envisagent encore comme un drapeau rouge, comme si une tenue portée au parc allait déterminer tout l’avenir d’un enfant.

Émilie Laurent
Émilie Laurent
Dompteuse de mots, je jongle avec les figures de style et j’apprivoise l’art des punchlines féministes au quotidien. Au détour de mes articles, ma plume un brin romanesque vous réserve des surprises de haut vol. Je me complais à démêler des sujets de fond, à la manière d’une Sherlock des temps modernes. Minorité de genre, égalité, diversité corporelle… Journaliste funambule, je saute la tête la première vers des thèmes qui enflamment les débats. Boulimique du travail, mon clavier est souvent mis à rude épreuve.

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