100 km à vélo après un cancer du sein : le défi bouleversant de 14 femmes en rémission

Après un long et éprouvant parcours médical, des traitements à répétition et une lutte acharnée contre la maladie, les femmes voient enfin la lumière au bout du tunnel. Si la rémission n’est pas synonyme de guérison totale, elle sonne comme une renaissance. Pour célébrer cette “bonne nouvelle” et reconquérir leurs corps aux multiples stigmates, quatorze femmes ont enfourché leur vélo. Et il ne s’agissait pas d’une petite balade de santé mais d’un parcours de 100 km. Une aventure sportive symbolique mais surtout un premier pas sur la voie de la réconciliation.

100 km à vélo pour marquer l’étape de la rémission

En France, le cancer du sein touche plus de 61 000 femmes chaque année. Grâce aux progrès de la médecine et à la précision des examens, cette maladie, autrefois abordée avec fatalité, se soigne plus facilement. Selon les chiffres de l’Institut Gustave Roussy, 9 femmes sur 10 guérissent ou entrent en rémission d’un cancer du sein lorsqu’il est détecté et traité de manière précoce.

La rémission n’est pas une victoire sur la maladie, qui peut ressurgir sans prévenir et reprendre possession du corps. C’est un espoir, une note positive après la noirceur du diagnostic. Ces femmes, dont la vie est restée en suspens pendant toute la durée des traitements, s’assurent alors de rendre cette date mémorable. Elles ne se contentent pas d’un coup de surligneur dans le calendrier. Certaines organisent des fêtes en bonne compagnie tandis que d’autres célèbrent ce bilan médical optimiste autrement, avec un guidon dans les mains à la place du gâteau.

C’est le défi un peu fou que Anne-Sophie Knab-Ley, kinésithérapeute en sénologie, a lancé à ses patientes en rémission. Malgré quelques réticences et des phrases découragées, elle a réussi à embarquer cette troupe de battante dans ce parcours sportif, qui a rapidement pris des airs de virée introspective, d’odyssée de la seconde chance. Pourtant, certaines femmes n’avaient jamais tutoyé une selle auparavant. Âgées de 32 à 50, elles se sont alors élancées sur les routes de l’Alsace, sur un itinéraire de 100 km reliant Strasbourg à Wissembourg.

Cinq mois d’entraînement pour se préparer

Si on leur avait dit que quelques mois après leur traitement, elles enjamberaient un vélo pour sillonner les contours vallonnés de l’Alsace et pulvériser les 100 km à revers de mollet, elles n’y auraient pas cru une seconde. D’autant que dans le lot, quelques-unes n’avaient jamais tutoyé de selle, ni même acquis ce mouvement de jambes, souvent maîtrisé dès le plus jeune âge.

L’exploit est d’autant plus impressionnant puisqu’il y a tout juste un an, certaines d’entre elles n’avaient plus de cheveux et devaient encore honorer les douloureux rendez-vous avec la perfusion et se plier au rituel du cathéter. Alors pas question de se lancer tête baissée dans cette course à portée salvatrice et de brusquer ce corps, déjà mis à rude épreuve. Ce gang de femmes fortes s’est durement préparé, à la manière des athlètes de haut niveau. Coachées par Claudine Lecestre, présidente du Strasbourg vélo club, elles ont “remis le pied à l’étrier” en douceur.

Le but de l’opération n’était pas de rafler une médaille mais un regain d’estime. Ces femmes, rescapées du cancer du sein, n’ont pas fait cette course pour la gloire mais pour se rappeler de quoi leur corps est capable et apprendre à l’habiter pleinement. C’est une sorte de nouveau départ : elles partent sur de bonnes bases pour réinvestir leur image, leur silhouette.

Une revanche sur la maladie et une fierté assumée

Au micro de Ici Alsace, les participantes sont unanimes et font état du même sentiment, celui de la réussite, de l’auto-gratitude, de la satisfaction personnelle. Autant de ressentis qu’elles avaient presque oublié depuis que le mot “cancer” s’est mis en travers de leur destin. La maladie emporte avec elle toutes les certitudes : elle abîme l’estime, perturbe l’égo, brouille la relation à soi.

Avaler ces 100 km à vélo, user ses baskets sur les pédales, rouler les cheveux au vent, faire l’expérience de la liberté, de la cohésion d’équipe, retrouver la sensation des muscles qui s’activent, de l’adrénaline… Finalement, c’était une façon pour elles de redécouvrir leur corps sous un autre angle, de le voir comme un allié, pas comme le lieu de résidence de la maladie, ni un ennemi.

Quand le sport devient une partie de la thérapie

Cette initiative, qui se découvre le sourire aux lèvres, est une preuve de résilience. Plus qu’une course en vélo de 100 km, c’est avant tout un accomplissement personnel, un retour à la vie. Pour ces quatorze femmes, pas question de battre un record, de pousser son corps dans ses retranchements ou de viser la performance, simplement de dévaler des pentes dans une entente amicale et de remettre de l’amour là où elles ont longtemps entretenu la haine. D’ailleurs, elles ont affronté bien pire que des crampes et des pentes en dénivelé.

Cette histoire rappelle les courses de Dragon Boat, pratique sportive sur l’eau qui ne sollicite pas les jambes mais les bras, principaux moteurs de cette embarcation. Dans une société qui associe encore activité physique et perte de poids, beaucoup ont oublié les bienfaits véritables du sport. Notamment dans le cadre de la rémission. « Une patiente qui pratique 30 minutes d’activité physique six jours sur sept réduit son risque de récidive de 44 % » développe l’instigatrice de ce défi à vélo auprès des Dernières Nouvelles d’Alsace.

Car si le vélo ne soigne pas le cancer, il peut aider à apprivoiser l’après. Après les traitements, les rendez-vous médicaux et les mois passés à subir les décisions thérapeutiques, ces femmes retrouvent peu à peu une forme de liberté.

Émilie Laurent
Émilie Laurent
Dompteuse de mots, je jongle avec les figures de style et j’apprivoise l’art des punchlines féministes au quotidien. Au détour de mes articles, ma plume un brin romanesque vous réserve des surprises de haut vol. Je me complais à démêler des sujets de fond, à la manière d’une Sherlock des temps modernes. Minorité de genre, égalité, diversité corporelle… Journaliste funambule, je saute la tête la première vers des thèmes qui enflamment les débats. Boulimique du travail, mon clavier est souvent mis à rude épreuve.

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