Comprendre l’anxiété liée aux e-mails pour mieux la gérer au travail

Les mails qui s’empilent dans la boîte de réception, les mots clés en “objet” qui indiquent le caractère urgent du message, l’appréhension du clic… Vous aussi vous avez les mains moites quand vous ouvrez votre boîte aux lettres virtuelles ? Votre cœur palpite lorsque la notification du courriel retentit ? Vous souffrez peut-être d’anxiété liée aux e-mails, un mal moderne.

Comment se traduit l’anxiété liée aux e-mails ?

Consulter sa boîte mail et la vider : ce geste, très intuitif pour les autres, est un défi pour certains employés. C’est au-dessus de leur force et ça leur demande un effort surhumain. Ils laissent des messages en suspens par crainte de découvrir leur contenu et d’y lire des reproches, des demandes complexes, des textes au ton passif-agressif. Ils sont du genre à retoucher plusieurs fois leur message en brouillon et à le passer à la moulinette de l’IA si besoin pour éviter les retours houleux. Paradoxalement, malgré une boule au ventre tenace, ils ne peuvent pas s’empêcher de checker leur boîte mail, y compris en dehors de leurs heures de travail ou entre deux plongeons en vacances.

Si vous vous reconnaissez dans ce portrait, alors vous êtes sujet à l’anxiété liée aux mails. Autrement dit, vous pouvez vous réveiller à 4h du matin, les yeux ensablés et vous convaincre qu’un mail de la plus haute importance clignote dans votre boîte et exige une lecture imminente. Dès qu’une bulle se dessine au-dessus du pictogramme de votre téléphone, vous imaginez le pire : un client fâché, une entreprise en faillite, une erreur fatale.

La raison derrière ce nouveau “mal du siècle”

L’anxiété liée aux e-mails n’est pas une nouvelle excuse toute trouvée pour couler du bon temps dans sa chaise ergonomique. Amplifiée pendant la crise du COVID, période où la frontière entre boulot et vie personnelle n’existait plus, elle illustre une lassitude de fond et un sentiment de saturation mentale dans un monde où la déconnexion est presque devenue un mythe.

L’anxiété liée aux e-mails est loin d’être anecdotique, surtout chez les personnes qui ont déjà un terrain anxieux. « Elle peut être liée à un sentiment de surcharge dû à l’accumulation des courriels. Elle peut aussi être liée à la procrastination, par exemple si vous anticipez une mauvaise nouvelle ou si vous avez peur ou vous inquiétez de la façon de répondre ou d’aborder un problème dans un courriel » approfondit la psychologue Dr Prewitt.

Les personnes qui ont le plus de risques de la développer

Comme le précise également la professionnelle, certains profils ont des prédispositions à cette forme d’anxiété numérique. Les perfectionnistes, les personnes soucieuses de leur image en société, celles qui ont une très grande conscience professionnelle, les impatientes. Contrairement à un SMS ou un message Instagram, un mail est plus imprévisible et ne reçoit pas un retour immédiat, ce qui laisse le champ libre à tous les scénarios intérieurs.

Vous vous apercevez trop tard que vous avez écorché le nom de votre destinataire ou remplacé le “v” de vite par un “b” ou fait une faute d’orthographe monumentale. « Le fait de devoir écrire un courriel à la hâte peut engendrer de l’anxiété. Il est facile d’oublier quelque chose, de faire une erreur ou de se demander si le ton employé est approprié ou offensant » poursuit la spécialiste.

Ce que vous pouvez faire pour surmonter cette peur 2.0

Bonne nouvelle : votre boîte mail n’est pas une créature maléfique qui attend patiemment votre retour de déjeuner pour vous sauter à la gorge. Elle peut néanmoins donner cette impression lorsque plusieurs dizaines de messages s’accumulent et que chaque notification ressemble à une nouvelle tâche à accomplir. Pour reprendre le contrôle, inutile de supprimer définitivement votre adresse professionnelle. Quelques habitudes peuvent suffire à remettre un peu de distance entre vous et cette petite enveloppe devenue anxiogène.

Tout ne mérite pas une réponse immédiate

Un mail reçu n’est pas forcément un mail urgent. Votre interlocuteur peut être en réunion, en déplacement, en vacances ou simplement loin de son ordinateur. De la même manière, si vous avez envoyé un message et que personne ne répond dans la minute, inutile de laisser votre cerveau imaginer le pire. L’absence de réponse signifie parfois simplement… que personne n’a encore répondu.

Donnez rendez-vous à votre boîte mail

Plutôt que de consulter votre boîte de réception à chaque notification, fixez-vous quelques créneaux dans la journée. L’objectif est de ne plus laisser votre boîte mail décider de votre emploi du temps. Une notification n’est pas un ordre et peut attendre quelques heures sans provoquer l’effondrement de votre entreprise. Et cette règle vaut aussi après le travail. Si votre journée est terminée, votre boîte mail peut, elle aussi, prendre sa soirée.

Arrêtez de chercher le mail parfait

L’anxiété pousse parfois à écrire, effacer, reformuler, puis recommencer. Au bout de vingt minutes, on ne sait plus si l’on répond à un collègue ou si l’on négocie un traité de paix. Un mail professionnel n’a pourtant pas besoin d’être une œuvre littéraire. Soyez clair, allez à l’essentiel et relisez-vous une fois. Si le sujet nécessite trois paragraphes d’explications, un appel sera peut-être plus efficace.

Ne répondez pas à chaud

Il y a les mails ordinaires et ceux qui donnent immédiatement envie de fermer l’ordinateur. Face à un message agressif ou irritant, mieux vaut éviter la réponse envoyée dans la seconde qui suit. Prenez quelques minutes, respirez et revenez-y plus tard. Vous pouvez même laisser votre réponse dans les brouillons. Cela permet de faire la différence entre ce que vous avez envie de répondre et ce qu’il est réellement utile de répondre.

Demandez quand vous ne comprenez pas

Un mail flou peut rapidement devenir le terrain de jeu préféré de l’anxiété. Une phrase ambiguë et voilà votre cerveau lancé dans une enquête policière pour comprendre ce que votre interlocuteur « voulait vraiment dire ». Dans ce cas, mieux vaut demander une précision plutôt que d’inventer soi-même la suite du scénario. Et si l’échange de mails tourne en rond, décrocher le téléphone peut parfois régler en cinq minutes ce qui aurait demandé dix messages.

Votre boîte de réception n’a donc pas besoin de devenir votre ennemie. Le véritable enjeu est de lui redonner sa place : un outil de travail, et non une alarme permanente.

Émilie Laurent
Émilie Laurent
Dompteuse de mots, je jongle avec les figures de style et j’apprivoise l’art des punchlines féministes au quotidien. Au détour de mes articles, ma plume un brin romanesque vous réserve des surprises de haut vol. Je me complais à démêler des sujets de fond, à la manière d’une Sherlock des temps modernes. Minorité de genre, égalité, diversité corporelle… Journaliste funambule, je saute la tête la première vers des thèmes qui enflamment les débats. Boulimique du travail, mon clavier est souvent mis à rude épreuve.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ces produits bien-être séduisent de plus en plus : comment les choisir sans se tromper

Entre les journées qui s’enchaînent, les notifications et les emplois du temps chargés, on apprécie parfois de ralentir...

Après 65 ans, le besoin de sommeil ne diminue presque pas

Le besoin de sommeil ne diminue presque pas avec l'âge. Ce qui change, c'est la capacité à l'obtenir...

100 km à vélo après un cancer du sein : le défi bouleversant de 14 femmes en rémission

Après un long et éprouvant parcours médical, des traitements à répétition et une lutte acharnée contre la maladie,...

Après 70 ans, ces petits plaisirs changent vraiment le quotidien

Un café au soleil, une conversation qui dure un peu trop longtemps ou une balade sans objectif précis....

Après 50 ans, ces petits réglages rendent la marche plus agréable au quotidien

Marcher n’a pas besoin de devenir un entraînement chronométré après 50 ans. Quelques ajustements très simples peuvent simplement...

Ce changement métabolique arrive à la ménopause et presque personne n’en parle aux femmes

Après la ménopause, le foie stocke davantage de graisse et le risque de stéatose hépatique rejoint celui des...