Si depuis des années, les hommes peuvent stimuler leur désir et déclencher une réaction sous le caleçon à l’aide de la fameuse pilule bleue, les femmes, elles, n’avaient aucun équivalent sur le marché. Désormais, celles qui entrent dans l’ère de la ménopause et qui cherchent à retrouver une « libido de jeune fille », ont leur Viagra attitré. Si le plaisir intime n’a pas d’âge, cet aphrodisiaque de laboratoire ne fait pas forcément l’unanimité.
Ce qu’il faut savoir sur cette « pilule rose » qui fait parler
C’est un médicament que la classe médicale présente comme une « petite révolution ». L’Addyi, conception analogue du Viagra masculin, se destine aux femmes ménopausées de moins de 65 ans qui souhaitent « relancer la machine » et reprendre le pouvoir sur leur libido à morphes. Baptisé la « petite pilule rose », un nom genré qui annonce déjà la couleur, ce cachet autrefois réservé aux personnes préménopausées, s’étend à une cible plus large et présage une vie intime sans temps mort. Une initiative permise grâce à la Food and Drug Administration, organisme américain qui s’occupe de la santé publique.
Ce n’est plus un mystère : les effets de la ménopause sont largement documentés. La ménopause ne se résume pas à quelques bouffées de chaleur et à l’arrêt des menstruations. À cette période charnière, qui signe la fin d’une ère et qui en ouvre une nouvelle, le corps des femmes se met parfois en « veille ». Il ajuste ses paramètres, se reprogramme et n’est plus aussi réactif qu’avant. Ce qui le faisait autrefois frémir, frissonner et bouillir le laisse désormais indifférent. S’ajoute à cette réalité biologique la sécheresse vaginale, la baisse d’énergie, les variations d’humeur, les douleurs intimes. Selon un rapport mené par l’application de rencontres Adam et Eve, 43 % des femmes connaissent une baisse du désir au moment de la ménopause.
Cette « pilule rose », plus performante que les élixirs au gingembre et les décoctions au Maca, permettrait aux femmes à la libido fébrile de garder un désir intact et de « compenser » les prétendus bugs du corps. Sauf que voilà, ce n’est pas une baguette magique. À la différence du Viagra qui redresse mécaniquement l’organe de ces messieurs, l’Addyi touche les neurotransmetteurs dont la sérotonine, hormone du bien-être.
Injonction supplémentaire ou réponse à un vrai besoin ?
Si la baisse de libido n’est pas un drame en soi et encore moins une anomalie à corriger, chez certaines femmes c’est une véritable souffrance mentale. Les spécialistes de l’intimité parlent alors de trouble du désir sexuel hypoactif (HSDD). L’envie de se connecter à la chair de l’être aimé est bien présente mais le corps ne suit pas et reste hermétique à toutes les caresses, y compris les plus irrésistibles. C’est là que l’Addyi s’avère particulièrement utile : parce qu’il répond à un mal-être, pas à une norme, ni à une pression de performance. Ce cachet, aux allures de carburant intime, pourrait notamment aider 1 femme sur 10, concernée par ce trouble selon l’International Society for Sexual Medicine.
Au-delà de l’aspect purement médical, les spécialistes de santé soulignent également la dimension symbolique de cette pilule dans les colonnes de SELF. Selon eux, l’Addyi s’oppose à cette idée reçue selon laquelle la vie intime des femmes se stopperait nette à la ménopause, comme si le désir avait une date limite de consommation.
Son arrivée tardive sur le marché, en comparaison avec le Viagra qui s’inscrit sur les ordonnances depuis 1998, témoigne d’une large stigmatisation du plaisir féminin. « Le fait de proposer cette option est une reconnaissance essentielle du fait que le plaisir est important pour les femmes d’âge mûr », déclare le Dr Rahman, « tant pour leur qualité de vie que pour leur santé globale ». Cependant, cette pilule ne doit pas non plus devenir un médicament « banal », prescrit à tour de bras pour garder une sexualité active ou flirter avec un idéal de Jouvence.
Un médicament à prendre avec des pincettes
Chaque expérience est unique. Aucune femme ne vit la ménopause de la même façon. Certaines la sentent à peine passer tandis que d’autres ont l’impression d’être des étrangères dans leur propre corps. Au-delà de susciter la méfiance, ce médicament qui rivalise avec le Viagra, reste un concentré chimique. D’ailleurs, impossible de le trouver en libre-service. Aux États-Unis, seul pays qui l’autorise, il faut une prescription médicale pour se le procurer.
Les principales concernées sont également frileuses à l’idée d’ingurgiter un cachet qui vise directement leur cerveau et qui berne leurs hormones. Selon les spécialistes, ce n’est pas un remède miracle voué à ensorceler le corps ou à tricher sur le plaisir, c’est un médicament qui nécessite une approche personnalisée. Alors que les femmes sont déjà nombreuses à prendre la pilule contraceptive pendant des années et à subir ses méfaits, l’Addyi risque de prolonger cette mauvaise habitude.
Tout l’enjeu est là : faire de cette pilule une option, jamais une obligation déguisée. Parce que le véritable progrès ne réside pas seulement dans l’existence d’un médicament, mais dans la liberté laissée aux femmes de décider, sans pression sociale ni médicale, ce qu’elles souhaitent retrouver, explorer ou laisser derrière elles.
