Ce trouble méconnu qui peut amplifier l’agacement au travail

La simple présence de vos collègues vous irrite ? Leur façon de boire leur thé, de tapoter sur le clavier, de balancer leur jambe sous le bureau, de toucher leurs cheveux pour matérialiser leur réflexion. C’est un véritable ballet corporel et il est loin d’être à votre goût. Si les faits et gestes de vos collègues vous font bondir de l’intérieur, vous souffrez peut-être de misokinésie.

La misokinésie, qu’est-ce que c’est ?

Même si la misokinésie sonne comme un super-pouvoir de fiction à la « Stranger Things », en réalité, c’est un trouble très handicapant au quotidien, surtout sur le lieu de travail quand les collègues agitent leurs doigts sur un bureau, appuient frénétiquement sur l’embout d’un stylo ou se frottent le menton à dossier compliqué. Dans les openspaces, ces espaces ouverts qui peuvent rapidement provoquer une saturation sensorielle, la misokinésie s’amorce rapidement.

C’est elle qui explique pourquoi votre seuil de tolérance diminue drastiquement à la vue d’un collègue qui improvise des figures de majorette avec son stylo ou qui bouge son pied sans discontinuer. Les personnes qui souffrent de misokinésie peinent à détourner leur attention et se focalisent sur ces gestes répétitifs, produits à la chaîne par les autres. Elles ne sont pas simplement distraites, elles ressentent une agitation interne très difficile à canaliser.

La misokinésie se classe dans la même famille que la misophonie, cette aversion des bruits de bouche, des clics de souris, des touches de clavier ou des respirations un peu trop audibles. « Cela affecte la capacité des gens à profiter des relations sociales, à travailler ou à apprendre », décrit le docteur Handy. Ce trouble, encore méconnu du grand public et assez peu documenté, concernerait 33 % de la population selon une étude réalisée par l’Université de Colombie Britannique.

Comment la misokinésie s’installe ?

Si vous ne supportez plus ce collègue qui gigote sans cesse sur sa chaise et qui prend un mâlin plaisir à la faire pivoter de gauche à droite, vous n’êtes peut-être pas « à cran », mais simplement sujette à la misokinésie. Comme le rapporte l’étude, ce trouble à résonance négative peut aller du léger agacement à l’anxiété paralysante. Sentiment de frustration, irritabilité inexpliquée ou pics de stress incontrôlables, la misokinésie se traduit différemment d’une personne à l’autre. Ce collègue, qui accapare toutes vos pensées avec ses TOCS contagieux, vous dérange là où les autres ne remarquent rien de plus qu’un travailleur concentré.

La misokinésie, parfois confondue avec les troubles de l’attention, n’est pas le signe d’un esprit distrait mais d’un trop plein d’empathie. D’après le docteur Handy, professeur de psychologie à l’origine de cette étude éclairante, la misokinésie pourrait être déclenchée par nos neurones miroirs, cellules cérébrales qui régissent l’empathie et permettent de « comprendre les intentions derrière les mouvements des autres », vulgarise-t-il. En résumé, votre cerveau fait des raccourcis.

Une jambe qui s’agite, des doigts frénétiques, une main rongée jusqu’au sang entre deux tâches importantes… Ces mouvements sont l’illustration physique du stress et ils déteignent rapidement sur votre esprit. « Nos neurones miroirs nous aident à comprendre les émotions des autres, mais peuvent aussi rendre difficile l’ignorance de mouvements répétitifs perçus comme gênants », renchérit Sumeet Jaswal, co-autrice de l’étude.

Que faire pour lutter contre la misokinésie ?

Non, vous n’êtes pas condamné à fulminer intérieurement chaque fois que votre collègue transforme son stylo en baguette de chef d’orchestre. Même si la misokinésie peut être particulièrement éprouvante, il existe des moyens de limiter son impact au quotidien.

  • La première étape consiste déjà à mettre un mot sur ce que vous ressentez. Comprendre qu’il ne s’agit ni d’intolérance gratuite, ni d’un excès d’irritabilité permet de déculpabiliser. Votre cerveau réagit à un stimulus précis, souvent de façon automatique. Ce n’est pas une lubie passagère ni un caprice de bureau.
  • Ensuite, l’environnement joue un rôle clé. Si vous travaillez en open space, essayez de modifier légèrement votre champ visuel. Changer de place, orienter votre écran différemment ou installer une séparation discrète peut suffire à réduire considérablement l’exposition à ces mouvements parasites. Parfois, quelques centimètres de décalage sauvent une journée entière.
  • Certaines personnes trouvent aussi du réconfort dans les « contre-stimuli ». Écouter une musique douce au casque, diffuser un bruit blanc ou porter des écouteurs, même sans son, peut créer une forme de bulle protectrice. Cela aide le cerveau à détourner son attention de ces gestes répétitifs qui monopolisent toute sa vigilance.

Si la simple vue d’une jambe qui tressaute suffit à faire grimper votre tension, ce n’est donc pas que vos collègues sont devenus insupportables du jour au lendemain. C’est peut-être simplement votre cerveau qui capte un peu trop intensément les mouvements du monde autour de lui. Une forme d’hyperréceptivité discrète, pénible parfois, mais bien réelle.

Émilie Laurent
Émilie Laurent
Dompteuse de mots, je jongle avec les figures de style et j’apprivoise l’art des punchlines féministes au quotidien. Au détour de mes articles, ma plume un brin romanesque vous réserve des surprises de haut vol. Je me complais à démêler des sujets de fond, à la manière d’une Sherlock des temps modernes. Minorité de genre, égalité, diversité corporelle… Journaliste funambule, je saute la tête la première vers des thèmes qui enflamment les débats. Boulimique du travail, mon clavier est souvent mis à rude épreuve.

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