Vous avez passé le tiers de votre hiver le nez dans les mouchoirs, à sniffer du ravintsara et à tousser toute votre âme. Maintenant que vous allez mieux, vous redoutez la rechute et vous avez développé les mêmes habitudes maniaques que Monk. Vous voyez des microbes partout et vous craignez de revivre ce rhume paralysant en boucle. C’est peut-être une variante de l’hypocondrie.
L’anxiété de santé, une hantise commune
Les microbes ne vous ont pas laissé beaucoup de répit cette année. Vous venez de sortir d’une éprouvante période grippale, ponctuée de frissons, de fièvres et de symptômes envahissants. Vous avez joué de la trompette avec votre nez tout l’hiver, toussé jusqu’à en perdre connaissance et lutté contre ces parasites intérieurs. Malgré dix couches de vêtements, une écharpe, des potions immunitaires à répétition et des précautions d’hygiène optimales, vous avez succombé aux virus de la saison.
C’est la faute à pas de chance. Or, depuis que vous êtes requinquée, vous ne pouvez pas vous empêcher de penser au pire. Vous avez peur de revivre ces scènes de léthargie, la tête dans l’inhalateur et le vicks vaporub en cathéter. Tant et si bien que vous rêvez secrètement que les combinaisons stériles et les gants en latex soient à la mode.
Cette année, la grippe ne pardonne pas. Ce n’est pas un petit « coup de froid » passager qui part aussi vite qu’il est venu. C’est un rhume virulent qui nous cloue au fond du lit et qui nous donne l’impression d’être un légume. Pas étonnant que vous soyez un peu dans un état de psychose. Les professionnels de santé parlent en l’occurrence d’anxiété de santé, qui est un dérivé de l’hypocondrie. Vous n’en êtes pas à un stade phobique, mais vous angoissez dès que votre gorge vous gratte ou que la fatigue vous accable.
Les symptômes qui ne trompent pas
Il vous est déjà arrivé de tâter votre gorge en quête de ganglions ou de vous ausculter toute seule devant le miroir en imaginant des symptômes fantômes ? C’est certainement le reflet d’une anxiété de santé. Vous faites des check-up plusieurs fois par jour et vous questionnez internet pour vous éclairer. Si votre plus beau bracelet est le tensiomètre et si vous dégainez le thermomètre dès que vous ressentez quelques bouffées de chaleur, alors vous êtes certainement en proie à ce mal du siècle.
« Cela varie d’une personne à l’autre et dépend de l’affection qui inquiète le plus la personne, et cette préoccupation peut évoluer », explique le Dre Spelman, psychologue et directrice clinique de la Private Therapy Clinic. Comment savoir si votre appréhension dépasse le raisonnable ? Voici quelques signes fréquents chez les personnes vivant avec l’anxiété de santé :
- Obsédée par les signes du corps : porter une attention excessive à de petites sensations comme un léger malaise, un grain de beauté qui change, ou même un battement de cœur un peu plus rapide que d’habitude.
- Recherche compulsive de réponses : consulter Google pour comprendre un symptôme, lire des articles médicaux sans cesse, ou scruter chaque petite variation de votre santé.
- Vérifications répétées : mesurer votre pouls, vérifier votre température ou surveiller votre tension plus souvent que nécessaire.
- Besoin constant d’être rassurée : appeler des proches, consulter des médecins ou chercher des certificats de santé pour apaiser votre esprit.
- Peurs persistantes malgré des résultats rassurants : même après un examen médical montrant que tout va bien, l’inquiétude persiste.
Ce qui accentue l’anxiété de santé
Comme le précise la spécialiste, cette anxiété de santé, qui fait désormais partie du jargon médical, s’est accentuée au plus fort de la crise du Covid-19. Et depuis cette époque des masques chirurgicaux, des gels hydro alcooliques et des distances de sécurité, elle est presque chronique. Or, les actualités anxiogènes qui dramatisent chaque pathologie, qui rappellent sans cesse la hausse des cas de cancer et qui nous donnent l’illusion d’être fichu à chaque titre, n’arrangent pas ce bobo mental. Même lorsqu’elles ne concernent pas directement votre situation personnelle, elles ont tendance à faire monter la tension intérieure.
Avoir toutes les ressources médicales du monde au bout des doigts peut sembler rassurant… jusqu’à ce que l’on tombe sur le pire scénario possible. Une recherche sur les symptômes peut vite dériver en hypothèses alarmantes, surtout pour celles et ceux qui ont tendance à anticiper le pire. Or, consulter votre médecin tous les quatre matins dans l’espoir qu’il soigne des maux qui n’existent que dans votre tête n’est pas la meilleure option. La Dre Spelman, elle, recommande une approche de fond : la thérapie cognitivo-comportementale (TCC). Elle ne guérit pas l’invisible mais vous désintoxique de vos pensées sombres et vous sèvre de vos croyances nuisibles.
Si vous vous alarmez de la moindre petite toux comme si elle allait vous être fatale, c’est de l’anxiété de santé. Et avec quelques bonnes stratégies vous pouvez rompre ce cercle vicieux. Évidemment l’idée n’est pas de se laisser dépérir ou de sceller le divorce avec votre médecin mais plutôt de raisonner vos peurs.
