Tokyo teste une idée brillante… et les suicides chutent de 84 %

Et si une simple couleur pouvait sauver des vies ? C’est le pari tenté à Tokyo (Japon), où l’installation de lumières bleues dans certaines stations de métro s’est révélée particulièrement efficace pour prévenir les suicides.

Une initiative née d’une urgence nationale

C’est une initiative peu coûteuse, silencieuse et, selon les données disponibles, spectaculaire dans ses résultats : jusqu’à 84 % de réduction des tentatives dans les zones concernées.

Au début des années 2000, le Japon faisait face à un taux de suicide alarmant, avec un pic en 2003 à plus de 34 000 décès. Parmi les lieux les plus concernés, les gares et stations de métro figuraient tristement en tête, avec des incidents tragiques sur les voies ferrées.

C’est dans ce contexte qu’en 2009, les autorités ont commencé à installer des lumières bleues dans plusieurs stations de la ligne JR Yamanote et d’autres lignes de métro très fréquentées. L’objectif était de tester « une approche simple et fondée sur des principes de psychologie environnementale ».

Pourquoi la lumière bleue ?

Le choix du bleu n’est pas anodin. Plusieurs études ont démontré que cette couleur a des effets apaisants sur le système nerveux. Elle peut contribuer à réduire le stress, stabiliser l’humeur et diminuer l’impulsivité. Contrairement à la lumière blanche ou rouge, souvent associée à l’urgence ou à l’agitation, le bleu favorise une ambiance calme, voire contemplative.

D’un point de vue technique, ces lumières sont généralement placées aux extrémités des quais, là où les tentatives de suicide sont statistiquement les plus nombreuses.

Une efficacité prouvée… avec nuances

Selon une étude menée en 2012 par l’Université de Nagoya et le centre de recherche JR East, les stations équipées de ces lumières ont enregistré une baisse allant jusqu’à 84 % des suicides. Les chercheurs soulignent que cet impact est particulièrement visible dans les premières années suivant l’installation.

Cependant, des experts comme Michiko Ueda, chercheuse en politique sociale à l’Université de Waseda, mettent en garde contre une lecture trop simpliste des résultats. Elle rappelle en effet que si la lumière bleue peut dissuader des actes impulsifs, elle ne remplace pas les mesures structurelles, comme l’installation de portes palières ou l’amélioration de l’accès aux soins en santé mentale.

Une approche complémentaire

La lumière bleue ne constitue qu’un élément d’un dispositif plus large mis en place par les autorités japonaises. Depuis les années 2010, le pays a renforcé ses politiques de prévention : campagnes de sensibilisation, dispositifs d’écoute, accompagnement des personnes en situation de détresse, et investissement dans des infrastructures sécurisées dans les transports publics.

Ces efforts semblent porter leurs fruits. Le taux de suicide au Japon a chuté de manière significative, tombant à environ 21 000 décès annuels en 2022 – une baisse de près de 40 % par rapport aux années noires du début des années 2000.

Un modèle à suivre ?

L’expérience japonaise inspire déjà d’autres métropoles à travers le monde. Des initiatives similaires ont en effet été testées à Glasgow (Royaume-Uni) ou Montréal (Canada), avec des résultats encourageants. Le concept de « design préventif » – intégrer dans l’espace urbain des éléments pensés pour protéger la santé mentale – fait désormais partie des réflexions sur les politiques publiques.

La lumière bleue dans le métro de Tokyo ne prétend pas résoudre un problème aussi complexe que le suicide, mais elle rappelle qu’une approche empathique, ancrée dans la compréhension humaine, peut faire une réelle différence. Et parfois, un détail visuel peut devenir un signal de vie.

Clelia Campardon
Clelia Campardon
Diplômée de Sciences Po, je nourris une véritable passion pour les sujets culturels et les questions de société.

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