Ils ont l’air crédibles, parlent avec assurance et cumulent parfois des millions de vues. Pourtant, ces nouveaux « experts » du couple qui envahissent les réseaux sociaux n’existent même pas. Générés par intelligence artificielle, ils diffusent des conseils relationnels aux accents très conservateurs, tout en alimentant un business particulièrement lucratif.
Des gourous de l’amour… entièrement virtuels
Micro professionnel, décor soigné, discours calme : tout dans ces prétendus coachs amoureux inspire confiance. Sauf qu’il ne s’agit pas de vraies personnes. Leur visage, leur voix et même leurs expressions sont créés par intelligence artificielle.
Ces personnages virtuels se contentent généralement de courtes vidéos conçues pour capter l’attention sur TikTok, Instagram, Facebook ou YouTube. Pas d’émission complète ni d’expertise vérifiable derrière ces contenus. Pourtant, certains comptes ont déjà attiré des centaines de milliers d’abonnés et généré des millions de vues en quelques mois seulement. Leur force ? Adopter le ton rassurant d’une amie ou d’un conseiller bienveillant qui prétend détenir les clés d’une histoire réussie.
Un discours daté sous une couche de modernité
Si la technologie est récente, les idées véhiculées le sont beaucoup moins. Ces vidéos présentent souvent des recettes censées permettre aux femmes de « garder » leur partenaire : éviter d’être une source de stress, se faire désirer en restant passive ou encore adapter son comportement pour préserver l’ego masculin. Les histoires y sont décrites à travers des rôles très rigides, où chacun devrait respecter une fonction prédéfinie.
Sous couvert de conseils universels, ces contenus valorisent fréquemment l’effacement de soi et la conformité à certaines attentes traditionnelles. Les avatars masculins, souvent représentés comme des figures dominantes et infaillibles, renforcent encore cette vision simplifiée des rapports entre les sexes.
Pourquoi tout repose-t-il encore sur les femmes ?
Un détail revient constamment : les conseils sont presque toujours destinés aux femmes. Ce sont elles qui devraient anticiper les besoins de leur partenaire, apaiser les tensions ou modifier leur comportement pour préserver le lien. À l’inverse, la responsabilité de l’autre membre du couple (l’homme ici) est rarement abordée.
Cette approche transforme l’amour en une série de règles à suivre pour mériter l’attention ou l’engagement de quelqu’un. Or, les spécialistes des liens humains rappellent régulièrement qu’un couple équilibré repose sur l’écoute, le respect et les efforts mutuels. À l’opposé de cette logique, ces contenus font peser l’essentiel de la charge émotionnelle sur un seul partenaire.
Une image artificielle de la réussite
L’apparence des avatars n’est pas anodine non plus. Les personnages féminins affichent généralement une beauté standardisée, sans défaut apparent, censée représenter la femme épanouie et sûre d’elle. Le paradoxe est frappant : les leçons sur la confiance en soi sont délivrées par des figures qui n’existent pas réellement. Cette esthétique parfaitement calibrée renforce l’illusion d’authenticité et contribue à rendre les messages plus convaincants. Selon le cabinet Grand View Research, le secteur des influenceurs virtuels pourrait atteindre près de 45,9 milliards de dollars d’ici 2030, avec une croissance annuelle de plus de 40 %.
La version automatisée de la « tradwife »
Ces faux podcasteurs s’inscrivent dans une tendance plus large observée sur les réseaux : le retour en force des rôles de genre traditionnels. Depuis plusieurs années, certains contenus glorifient une vision très codifiée de la féminité, souvent associée au mouvement des « tradwives », qui valorise la femme au foyer et critique ouvertement les avancées féministes.
Les avatars générés par IA représentent une nouvelle étape de ce phénomène. Grâce à l’automatisation, ces discours peuvent être produits en continu, à grande échelle et adaptés aux exigences des algorithmes des plateformes.
Derrière les conseils, un business très rentable
L’objectif principal de ces comptes n’est généralement pas de parler d’amour. La plupart servent de vitrine pour vendre des formations promettant d’apprendre à créer des influenceurs virtuels similaires. Clonage de voix, génération d’avatars, stratégies de viralité : tout est présenté comme une opportunité de gagner de l’argent grâce à l’IA. Le modèle est simple : attirer l’attention avec des contenus relationnels controversés, puis rediriger l’audience vers des programmes payants.
Garder son esprit critique
Le véritable danger réside peut-être dans l’apparente banalité de ces vidéos. Contrairement à certaines créations IA facilement identifiables, celles-ci ressemblent à des contenus parfaitement ordinaires. Face à ces discours séduisants et répétitifs, il est essentiel de s’interroger sur leur origine, leurs intentions et les intérêts qu’ils servent. Car derrière des conseils présentés comme des vérités évidentes se cachent souvent une vision très particulière des couples… et un objectif commercial bien réel.
En résumé, à mesure que l’intelligence artificielle brouille la frontière entre authenticité et fiction, savoir qui parle – et pourquoi – devient plus important que jamais.
