Si votre partenaire a déjà employer l’adjectif “folle” pour décrire ses exs et se plaît à les dépeindre comme des “cas psychologiques”, le problème ne vient peut-être pas d’elles. Épingler ses exs en névrosées incontrôlables ou en hystériques bonnes à jeter à l’asile est une fâcheuse habitude chez les hommes. À en croire les discours post-rupture de certains hommes, les femmes ont toujours le mauvais rôle et méritent d’être mises sous camisole. Derrière cette plaidoirie larmoyante se cache un discours misogyne.
Un red flag qui passe souvent inaperçu
Parler de ses exs est presque un passage obligé quand on entame une idylle. Sans forcément entrer dans les détails, on donne les éléments principaux de ces romances classées sans suite. Cette conversation n’est pas toujours très agréable et en général, on essaye d’être bref. Pourtant, certains hommes dressent un portrait psychologique précis de leurs exs et le bilan est parfois bien morose. À les entendre, ils ont presque vécu des années de malheur aux côtés d’une réincarnation du diable.
Ils prennent la position de la victime et en viennent à cette conclusion finale “toutes mes exs étaient folles”, comme si ces messieurs n’avaient pas eu de chance à la loterie sentimentale. Si les femmes peuvent avoir des névroses et des comportements manipulateurs, elles sont une minorité à user de ces méthodes toxiques de chantage affectif et de dévalorisation. Selon les chiffres, les femmes perverses narcissiques représenteraient environ 25% des cas répertoriés. Or, à en croire les propos de certains hommes, les statistiques seraient trop basses pour être vraies. Si en principe, on s’arrange pour ne pas trop encenser nos exs, il y a des hommes qui résument leurs exs à des adjectifs péjoratifs. “Excessive”, “impulsive”, “ingérable”, “imprévisible”… Ça relève quasiment de la psychiatrie. Et en tant qu’auditrice attentive, conditionnée à la rivalité féminine, on ne tarde pas à prendre parti pour le narrateur de l’histoire.
Cependant, sur les réseaux sociaux, les femmes sont unanimes : quand un homme dit “toutes mes exs sont folles”, c’est un signal d’alarme. Mais beaucoup d’entre nous tombent dans le piège et finissent par maudire cette ex par procuration. « En thérapie, on parle d’“externalisation” : tout le problème est placé chez l’autre, sans remise en question personnelle » explique Laurane Wattecamps, sexologue et thérapeute de de couple auprès de Gael.
La version moderne du mythe de la “femme hystérique”
L’expression, par ailleurs, banalisée “mes exs sont folles” est pleine de sous-entendus sexistes. Depuis la nuit des temps, dès que les femmes sont trop bruyantes, qu’elles ont du caractère ou qu’elles manifestent leur mécontentement, on leur attribue de sérieux problèmes psychologiques comme pour discréditer leurs paroles. Autrefois, c’était un stratagème médico-politique bien rôdé.
Des Suffragettes à Virginia Woolf, nombreuses sont les femmes qui ont écopé du titre d’hystérique et subi des diagnostics sauvages de troubles mentaux pour s’être rebellées. « C’était un concept fourre-tout qui a été utilisé pendant longtemps pour disqualifier des femmes jugées trop expressives, trop indépendantes ou hors norme. A l’époque, il s’agissait d’une manière de les faire taire et de les maintenir dans un certain contrôle social » avance la spécialiste.
En disant “mes exs sont folles”, les hommes mainitiennent vivante cette idée de la “femme psychologiquement atteinte” et s’attribuent un certain pouvoir de supériorité. Les femmes, éduquées pour rester sages et ne pas faire de vague, sont jugées “excessives” ou accusées de tout “dramatiser” dès qu’elles expriment leur colère ou haussent le ton. Cette norme de genre les dessert dans les discours post-rupture et ce qui semble normal chez un homme paraît soudainement disproportionné à échelle féminine.
Une excuse facile pour préserver son image
En faisant passer leurs exs pour folles, les hommes plaident non coupables et s’acquittent de toutes leurs potentielles fautes dans ces idylles passées. En attribuant des cornes à leurs anciennes compagnes et en les présentant comme d’excellents cobayes freudiens, ils conservent leur auréole. Finalement, en changeant la narration et en amplifiant largement la réalité, ils se dédouanent de toutes responsabilités. « Dans toute situation, il y a toujours deux versions. Être aussi catégorique en disant que l’autre est “folle”, c’est souvent ne pas se remettre en question » insiste l’experte.
Selon elle, ces accusations mensongères, au-delà de faire passer les femmes pour ce qu’elles ne sont pas, reflètent un sérieux manque d’intelligence émotionnelle. Ça prédit d’ores et déjà des conflits sans issue, des discussions creuses et une incapacité à reconnaître des torts. C’est ce même genre de compagnons vicieux qui dit “tu en fais trop”, “tu dramatises tout”, “tu es trop émotive” et qui a le “calme toi” facile.
La phrase “mon ex est folle” induit également que la personne a encore la plaie de la rupture à vif et qu’elle n’a pas fait le deuil de cette histoire. C’est de la rancoeur mal placée, les relents d’un mal-être intérieur. « Quand l’intensité émotionnelle est encore telle qu’on en vient à quasiment insulter son ex-partenaire, cela dit quelque chose d’une relation qui n’est pas encore complètement terminée » conclut Laurane Wattecamps.
Si votre crush prononce cette phrase fatidique et compare ses exs à des sujets freudiens, ça n’augure rien de très bon pour l’avenir. Les démons de son récit se trouvent très certainement enfouis en lui.
