« Où sont les supportrices plus size ? » : cette femme veut les rendre plus visibles dans les gradins

Pendant les matchs de la Coupe du monde de football, les caméras s’arrêtent sur des visages barbouillés de drapeaux. Dans le viseur de l’objectif : des femmes qui semblent tout droit sorties d’un moule ou du catalogue d’une agence de mannequin. La supportrice Felicity Hayward, qui ne rate aucun match d’Arsenal, rééquilibre le casting et le retourne à l’avantage des femmes rondes.

Remettre de la diversité sur le banc des stades

Entre deux passements de jambes, les caméras quittent la pelouse pour se recentrer sur les visages des supporters, galvanisés par le match qui se joue sous leurs yeux. Elles captent des enfants en pleine euphorie, des hommes déguisés de façon clownesque ou des moments de liesse collective.

Cependant, elles s’arrêtent souvent sur un public bien ciblé : des femmes taillées dans les normes à la plastie affûtée et au tour de hanches millimétré. Sur Internet, il existe carrément des classements des « plus belles supportrices féminines » repérées dans les gradins comme des adolescentes en plein castings sauvages. Presque présentées en égérie de la beauté, voire en « spectacle » à part entière, elles ont toutes un physique identique. Seule la couleur de leur chasuble porte-bonheur change.

Sur les réseaux sociaux, les images de ces supportrices aux pommettes relevées, à la bouche charnue et à la silhouette fine sont devenues virales. Elles sont tellement irréalistes qu’elles semblent être le fruit de l’intelligence artificielle. D’ailleurs, la plupart d’entre elles n’existent que dans les fantasmes de ceux qui les ont créés, avec la complicité de chatGPT.

Ces supportrices à la chevelure soyeuse qui donnent l’impression d’être passées sous un filtre sont de plates illusions. L’Observatoire européen des médias numériques (EDMO) a confirmé la supercherie visuelle. Felicity Hayward, elle, est bien réelle, faite de chair, d’os et de beaucoup d’amour. Fervente supportrice d’Arsenal, elle milite pour la diversité corporelle, partout, tout le temps, des fans zones à la foule opaque des gradins.

Rappeler que les supportrices ne sont pas des objets

En plus de subir des phrases sexistes et d’être injustement prises pour des ignares du ballon rond, les supportrices sont encore utilisées comme appât des yeux. Traitées comme des figurantes ou des éléments de décor, voués à être admirées ou commentées, elles méritent plus de considération dans ces enceintes ponctuées de « hola » et parfumées de testostérone. Avec ses t-shirts floqués, ses tenues aux couleurs de son équipe attitrée, ses écharpes aux innombrables blasons, Felicity Hayward prouve que les supportrices ne sont juste là pour « faire joli ».

Cette femme à la joie communicative, qui lève les drapeaux ornés de canons, mais aussi la plume pour GlamourUK, s’implique corps et âmes dans chaque rencontre sportive. Que ce soit un match amical ou une compétition décisive, elle répond présente et ses formes font partie de son ensemble, que la société le veuille ou non.

Parce que dans le milieu du football, les diktats de beauté se cramponnent aux mentalités. D’ailleurs, la discrimination autour de Lauren Fryer, compagne du footballeur d’Arsenal Declan Rice, en est l’exemple le plus probant. Jugée « pas assez jolie » pour une femme de footballeur, elle a subi des moqueries à répétition. Des critiques à ras du sol qui montrent toute la pression esthétique qui plane sur les compagnes des joueurs, et, par ricochet sur les supportrices, qui doivent répondre à certains critères pour mériter leur place.

Redoubler de fantaisie pour soutenir son équipe

Felicity Hayward, qui a un prénom à son image, se montre fairplay avec son corps et rappelle que l’apparence n’est pas une compétition. Bien loin de considérer son poids comme un désavantage, elle en fait un atout sur le terrain mode. Lorsqu’elle ne fait pas des contenus en faveur de l’amour-propre, elle filme ses tenues des grands jours. La jeune femme à la chevelure platine a un style très éclectique et contrairement à ce que voudraient les stylistes académiques, elle ne met pas son corps sous scellé. C’est même tout l’inverse.

Elle conjugue des pièces que d’autres n’auraient jamais osé associer à l’instar de cette jupe à pois à l’esprit bohème combinée à un top frappé de la mention « England » et d’une écharpe assortie. Ou de ce haut typique des supporters porté sous un gilet de tailleur ou d’un autre top collector d’Arsenal combiné à une jupe à sequins éblouissante. Autre démonstration de style iconique : un maillot synthétique couplé à une jupe à volant en tulle digne d’un invité de mariage.

Alors que les femmes qui sont hors de la taille 36 se prennent encore coups de sifflet et cartons rouges, Felicity se range dans le camp de celles qui s’aiment sans conditions. Par ailleurs, quand elle n’est pas dans les gradins, elle dispute le match de la diversité sur les catwalks.

Émilie Laurent
Émilie Laurent
Dompteuse de mots, je jongle avec les figures de style et j’apprivoise l’art des punchlines féministes au quotidien. Au détour de mes articles, ma plume un brin romanesque vous réserve des surprises de haut vol. Je me complais à démêler des sujets de fond, à la manière d’une Sherlock des temps modernes. Minorité de genre, égalité, diversité corporelle… Journaliste funambule, je saute la tête la première vers des thèmes qui enflamment les débats. Boulimique du travail, mon clavier est souvent mis à rude épreuve.

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