Lorsque les parents rejoignent le ciel, la fratrie pleure en chœur et perd tous ses repères. Cet événement tragique, par ailleurs irréversible, peut refaire les liens ou les défaire. Parfois le noyau se renforce et d’autres il éclate en mille morceaux. Sans ses piliers, la famille peine à retrouver son équilibre. Pourtant, elle peut affronter cette triste réalité sans se déchirer et amortir le choc émotionnel, main dans la main.
Les problèmes familiaux après un décès, une expérience courante
C’est un moment que tous les enfants redoutent et nombreux sont ceux qui préfèrent encore adhérer à cette croyance enfantine du parent éternel. Sauf que voilà, même si on espère connaître cette douleur irascible le plus tard possible, parfois le drame survient sans prévenir. Quand les parents s’envolent pour leur dernier voyage vers les cieux, ils laissent derrière eux une famille accablée, perdue, désorientée. Des orphelins qui perdent toute notion de maturité.
Dans certains cas, ce sombre événement rapproche les membres de la fratrie, mais parfois, il les sépare et pas seulement pour des raisons d’héritage. On a tout juste fait nos adieux au défunt que l’on doit déjà désigner un nouveau tuteur officieux, répartir les rôles dans la famille et retrouver sa place dans ce chaos interne. Le chagrin collectif se mue alors en cellule de crise. Et ça n’arrive pas seulement chez les familles instables à la « Shameless ».
« Les dysfonctionnements familiaux après un deuil sont fréquents et peuvent rendre le processus de deuil encore plus douloureux, en ajoutant un stress supplémentaire à une situation déjà intense et chargée d’émotion », explique Gabrielle Applebury thérapeute conjugale et familiale agréée auprès de Love to Know. Et les chiffres en attestent. Selon une étude, des conflits naissent dans 20 % des familles en proie au deuil. Sans figure d’autorité, il y a cette étrange impression de néant et chacun campe sur ses habitudes alors qu’une réorganisation s’impose, inévitablement.
L’origine de ces dysfonctionnements, selon une thérapeute
Dans la famille, chaque personne occupe un rôle inconscient. Il y a celle qui gère la paperasse, celle qui joue les renforts émotionnels, celle qui se charge de détendre l’atmosphère. Quand les parents ne sont plus là, la fratrie conserve la même dynamique et il peut y avoir un sentiment d’inégalité dans la distribution des responsabilités.
Par exemple, le cadet peut déléguer la plus lourde partie administrative à l’aîné, toujours habitué à superviser les parents et à veiller à la sécurité de la fratrie. Les plus jeunes se dédouanent de ces tâches en prétextant que ce n’est pas de leur ressort, comme si leur place dans la famille leur donnait un « passe droit ». « Une fois ces schémas installés, un travail individuel important, coordonné avec celui des autres membres de l’unité, est nécessaire », explique la spécialiste. Les thérapeutes parlent de « loyautés invisibles ».
Au-delà de cette réalité, les vieilles rancœurs peuvent ressurgir, surtout s’il y a eu une différence de traitements entre les enfants. Dans une famille, il y a parfois les petits protégés et les vilains petits canards. Il n’en faut pas beaucoup pour qu’une conversation autour d’un simple bibelot ou d’une boîte à souvenirs vire au règlement de compte. C’est le fameux effet « cocotte minute » : un choc émotionnel et ça explose. Et ce n’est pas de la méchanceté gratuite.
« Les difficultés de communication et de connexion préexistantes peuvent s’intensifier pendant cette période, surtout lorsqu’il y a généralement besoin de beaucoup de coordination (arrangements funéraires , testament, soins de fin de vie, etc.) », prévient l’experte.
Les meilleures façons d’y faire face, sans rien forcer
Les parents incarnent l’autorité et l’unicité. Ce sont eux qui font le trait d’union entre les membres de la famille, qui arbitrent les querelles, qui créent des souvenirs communs. Quand ils ne sont plus là, on se sent comme un enfant de cinq ans. À cet instant précis, on regrette presque de ne pas être enfant unique, sans se douter que partager cette peine aide à la traverser. Même si on parvient difficilement à trouver une issue positive dans cette obscurité latente, elle existe.
« Pour faire face aux dysfonctionnements familiaux, l’une des meilleures choses à faire est de prendre soin de soi », préconise la thérapeute. Ce n’est pas égoïste, c’est une décision précieuse pour préserver l’harmonie de la famille. Faire son deuil de façon saine, c’est éviter les scènes de chaos et maintenir les fondations de ce cocon que les parents ont construit à la sueur du cœur. Voici ce que Gabrielle Applebury recommande :
- Après la perte des parents, restez organisés et partagez les informations pour éviter les tensions entre frères et sœurs.
- Discutez ensemble des décisions, notez-les et assurez-vous que chacun en ait connaissance.
- En cas de conflit difficile, faites appel à un tiers ou à un professionnel.
- Un accompagnement thérapeutique peut aider à gérer le deuil et ses impacts sur la fratrie.
- Privilégiez une communication apaisée : écoute, respect, et remise en question si nécessaire.
- Posez des limites et acceptez que chacun vive le deuil à sa manière.
- Si les échanges deviennent trop tendus, faites une pause et reprenez plus tard.
- Maintenir ou recréer des moments partagés peut aider à préserver les liens malgré l’épreuve.
Les parents sont la colonne vertébrale de la famille, le poumon du foyer. Lorsqu’ils disparaissent, il faut un certain temps pour que la fratrie retrouve son souffle et sa stabilité.
