« Ton ventre ne gargouille pas, il t’applaudit » : la trend TikTok qui inquiète

Sur TikTok, les tendances naissent à une vitesse vertigineuse, et certaines se propagent à une telle échelle qu’elles marquent durablement. Parmi toutes ces modes, certaines laissent des traces bien plus inquiétantes que d’autres. C’est le cas du phénomène #SkinnyTok, une mouvance qui glorifie la minceur extrême et encourage des comportements alimentaires dangereux. Derrière des apparences de motivation ou de bien-être, se cachent des messages toxiques qui inquiètent de plus en plus les professionnels de la santé.

Des messages violents déguisés en conseils bien-être

« Ton ventre ne gargouille pas, il t’applaudit ». Voilà une phrase récurrente qui fait le tour de TikTok. En apparence, elle pourrait prêter à sourire, mais elle véhicule en réalité un message insidieux : la faim, normalement perçue comme un signe de manque ou de besoin, est ici transformée en une forme de réussite. Le but ? Encourager la privation alimentaire, sous couvert d’humour et de pseudo développement personnel. D’autres slogans tout aussi inquiétants suivent le même chemin, comme : « Arrête de te récompenser avec de la bouffe, tu n’es pas un chien ».

Sous le hashtag #SkinnyTok, de nombreuses vidéos présentent des jeunes femmes affichant des corps très maigres ou prodiguant des astuces pour ne pas dépasser 500 calories par jour. La psychiatre spécialisée dans les troubles du comportement alimentaire (TCA), @doc.tca, se montre particulièrement préoccupée : « Cette tendance est inquiétante car elle banalise des comportements alimentaires dangereux et peut devenir un déclencheur pour des personnes vulnérables ».

@mareyasacia Drop the quotes!!!! #skinnytok ♬ original sound – Mareya | Lifestyle (normal)

Une glorification de la maigreur

Le message véhiculé par #SkinnyTok est clair : pour être digne d’admiration, il faut être mince, voire extrêmement mince. Les vidéos montrent ainsi des poignets ultra-fins ou des corps squelettiques, souvent accompagnés de légendes comme « Be skinny » (sois maigre). D’autres vidéos vont encore plus loin en utilisant des hashtags tels que #ToTheBone (« Jusqu’à l’os ») ou #ThereIsNoEnd (« C’est sans fin »), illustrant une quête obsessionnelle de la minceur au détriment de la santé physique et mentale.

Cette esthétique rappelle les mouvements pro-ana des années 2000, une époque où des forums et groupes en ligne encouragaient l’anorexie comme une forme de style de vie. Selon le psychiatre Hugo Saoudi, membre de la Fondation Française Anorexie Boulimie (FFAB), « ces mouvements n’ont jamais été anodins. Ils ont déjà conduit à des graves problèmes de santé et ont eu un impact dévastateur sur de nombreuses personnes ».

Une toxicité bien masquée

Ce qui rend #SkinnyTok particulièrement dangereux, c’est sa capacité à dissimuler la toxicité sous un vernis de bien-être et de développement personnel. Les vidéos semblent motivantes, comme cette citation attribuée à Kate Moss : « Rien n’a aussi bon goût que la sensation d’être mince ». Des messages comme ceux-ci, bien que subtils, nourrissent un discours délétère qui valorise la restriction alimentaire et l’apparence physique au détriment du bien-être général.

Hugo Saoudi souligne à ce sujet : « Ces messages peuvent paraître motivants à première vue, mais ils sont en réalité dégradants et culpabilisants. Ils transforment l’acte alimentaire en un acte de soumission, où la privation devient un moyen d’atteindre un idéal inatteignable ».

@abbeyskitchen PSA: skinnytok is not a safe place to be if you are trying to heal your relationship with food. I believe that you can pursue weight loss and have a healthy relationship with food/body, but not necessarily with the mindset that Skinnytok preaches. Full video on this coming soon! #skinnytok #weightlosshacks #dietculture #skinny ♬ Anxiety – Doechii

Des cibles jeunes et vulnérables

L’un des aspects les plus préoccupants de cette tendance reste son public cible : les adolescentes et jeunes adultes. Ce groupe d’âge, très présent sur TikTok, est particulièrement vulnérable aux influences des réseaux sociaux. L’algorithme de la plateforme favorise les contenus qui suscitent l’engagement, et les vidéos #SkinnyTok, souvent visuellement marquantes, y trouvent une large audience.

« Les ados sont à un âge où leur corps change, où leur image de soi est fragile et où les repères identitaires sont encore en construction. C’est précisément à ce moment-là que les troubles alimentaires peuvent émerger », rappelle Hugo Saoudi. La dynamique est encore plus alarmante quand on constate que de nombreux utilisatrices cherchent activement à s’exposer à ce type de contenu : « Je commente pour rester sur Skinny Tok », peut-on lire sous certaines publications, ce qui témoigne de la dépendance croissante à ces messages toxiques.

Un vide réglementaire préoccupant

Face à cette prolifération de contenus dangereux, la régulation reste encore largement insuffisante. TikTok affirme prendre des mesures pour limiter les vidéos promouvant des comportements alimentaires dangereux et propose une page d’information sur les TCA. Cependant, le hashtag #SkinnyTok reste largement accessible, et aucune mesure automatique ne semble empêcher sa viralité.

En outre, même si des lois existent pour encadrer l’utilisation de mannequins trop maigres dans l’industrie de la mode, ces réglementations peinent à s’étendre aux plateformes sociales, laissant ainsi la porte ouverte à la propagation de messages nocifs. Cette situation rappelle qu’en dépit des efforts pour encadrer la santé mentale et physique dans les médias traditionnels, les réseaux sociaux restent un terrain encore trop peu régulé, où des discours destructeurs peuvent se propager à grande échelle.

Le phénomène #SkinnyTok met en lumière l’impact profond des réseaux sociaux sur la santé mentale, notamment chez les plus jeunes. Pour les professionnels de santé, il est urgent d’agir en amont pour éviter que de telles tendances ne conduisent à des comportements alimentaires destructeurs. Cela passe par une éducation aux contenus, une meilleure régulation des plateformes, mais aussi par un travail de sensibilisation collective. Il est essentiel de signaler ces vidéos, d’en parler ouvertement et surtout, d’offrir un espace de dialogue et de soutien. Au-delà des réglementations, il s’agit de rappeler que la vraie beauté réside dans la diversité des corps et que chaque individu mérite d’être respecté et valorisé pour ce qu’il est, et non pour l’apparence de son corps.

Maïssane Fraiji
Maïssane Fraiji
Passionnée par l'écriture et toujours à l'affût des nouvelles tendances, j'adore explorer l'univers de la mode, du bien-être et des histoires qui résonnent avec les femmes d'aujourd'hui. Curieuse de nature, j'aime surtout partager mes découvertes et échanger autour de tout ce qui m'inspire.

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