Votre vernis déborde ? Bonne nouvelle, c’est la nouvelle tendance beauté

Les images Pinterest nous ont longtemps enseigné l’art de la précision et le sens du détail à travers des inspirations ongulaires très soignées, sans aucune bavure affichée. À l’ère de la clean girl, cette femme qui arbore une manucure épurée et qui vante une esthétique presque irréelle, nous veillons deux fois plus à essuyer les traces de vernis sur nos cuticules. Cependant, selon les nouveaux codes de beauté croisés sur le catwalk, ce n’est plus une obligation. Les ongles “désordonnées”, qui donnent l’illusion d’avoir été peints à la va-vite, ne relèvent plus de l’aberration visuelle. C’est un mot d’ordre.

Quand les bavures deviennent un parti pris beauté

C’est une image qui risque de faire grimacer les perfectionnistes nés et qui va probablement heurter la sensibilité des psychorigides de l’apparence. Celle d’une manucure un peu brouillon où le vernis franchit largement la frontière de l’ongle pour se déverser sur la peau et sortir de son cadre prédéfini. Pour beaucoup, c’est une erreur à rectifier avec un coton tige et un peu de dissolvant. Ce petit geste de finition est même devenu un réflexe lors de nos coquetteries à domicile.

Cependant, si les photos virtuelles qui nous servent de modèles défendent des manucures impeccables et esthétiquement correctes, sur le podium, les grandes maisons invitent à faire tout l’inverse. Il suffit de pointer la loupe sur la main des mannequins Miu Miu lors de la  Fashion Week de Paris printemps/été 2027 pour prendre conscience de ce changement de style radical. Elles ont en commun des ongles rustiques, qui donnent cette impression d’avoir été réalisé à la dernière minute en loge.

À l’honneur : du vernis rouge déposé grossièrement sans trop de précaution. Même lorsque nous faisons notre manucure de la main gauche, il n’y a pas tant de dégâts collatéraux. Or, ces ongles qui semblent avoir manqué une étape et qui ont l’air inachevés, sont bel et bien dans leur version finale. Ainsi, la bavure que l’on considérait comme une faute de débutante devient presque la signature d’un look, l’élément disruptif d’une tenue.

 

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La marque Miu Miu à l’origine de cette manucure imparfaite

Alors que les hashtags prédisent les tendances ongulaires de demain et déteignent rapidement sur nos doigts, la griffe Miu Miu tend le pinceau à notre enfant intérieur et lui donne carte blanche. À l’heure des imprimés animaliers, elle pousse l’esprit sauvage un peu plus loin à travers une manucure volontairement indisciplinée voire insolente. Ce n’est pas le fruit d’un génie incompris de la mode mais une façon habile de dénoncer un idéal pour revenir à un mouvement plus intuitif que productif.

Fini la french millimétrée, le nail art aux allures de pièce de musée et les cuticules méticuleusement entretenues. Désormais nous pouvons sortir dehors avec le vernis écaillé ou appliqué sans trop d’effort de concentration. Ce n’est plus une faute grave passible de la mention “laissé-allé” ou de l’étiquette “fille négligée”. C’est une direction artistique plus libre. Qu’importe si notre manucure est du même niveau qu’un élève de CP, elle rappelle qu’en beauté comme ailleurs, les interdits n’existent que dans la tête.

Le retour du geste humain, irrégulier, imparfait et assumé

Cette manucure mal dégrossie raconte surtout une envie de revenir à quelque chose de plus spontané. Dans un univers saturé d’images retouchées, de mains parfaitement symétriques et de détails corrigés au pixel près, laisser une trace de vernis dépasser devient presque une preuve de vie. On voit le geste, l’hésitation, la main qui a tremblé et l’envie qui a pris le dessus sur la précision.

L’ongle n’a plus besoin d’avoir l’air sorti d’une imprimante 3D pour être désirable. Sa petite maladresse devient même une qualité, une façon de rappeler que la beauté n’est pas toujours plus forte lorsqu’elle est lisse, cadrée et irréprochable.

Au fond, cette tendance ne nous demande pas de saboter volontairement nos manucures, simplement d’arrêter de considérer chaque bavure comme une catastrophe esthétique. Une goutte qui dépasse, un contour imparfait ou un vernis légèrement écaillé ne gâchent pas forcément l’ensemble. Parfois, c’est justement ce petit accident qui donne du relief au look.

Émilie Laurent
Émilie Laurent
Dompteuse de mots, je jongle avec les figures de style et j’apprivoise l’art des punchlines féministes au quotidien. Au détour de mes articles, ma plume un brin romanesque vous réserve des surprises de haut vol. Je me complais à démêler des sujets de fond, à la manière d’une Sherlock des temps modernes. Minorité de genre, égalité, diversité corporelle… Journaliste funambule, je saute la tête la première vers des thèmes qui enflamment les débats. Boulimique du travail, mon clavier est souvent mis à rude épreuve.

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