Et si Hollywood passait à côté de belles réussites financières en sous-estimant les femmes derrière la caméra ? Une étude révèle que les films écrits par des femmes peuvent générer davantage de bénéfices, malgré des budgets comparables. Des chiffres qui interrogent les inégalités persistantes dans l’industrie du cinéma.
Des films moins financés, mais tout aussi rentables
Dans la grande famille des idées reçues, celle selon laquelle les femmes seraient un pari plus risqué derrière la caméra mérite un petit dépoussiérage. Publiée le 22 septembre 2026 dans la revue scientifique Frontiers in Communication, une étude s’est intéressée à la rentabilité des films selon le genre des personnes chargées de leur scénario et de leur réalisation.
Pour mener cette analyse, la chercheuse Anja Huwiler a étudié les données financières de 4 245 films, issus d’un ensemble de près de 200 000 productions sorties entre 1994 et 2023. Et les résultats ont de quoi faire réfléchir. Les films dont le scénario est écrit par une femme, mais qui ne comptent aucune femme à la réalisation, affichent un profit médian supérieur de 34 % à celui des films écrits et réalisés uniquement par des hommes, à budgets comparables.
Leur profit médian atteint environ 35,9 millions de dollars, contre 26,8 millions pour les productions masculines. Leur retour sur investissement médian est également supérieur de 25 %. Autrement dit, les films écrits par des femmes ne sont pas nécessairement moins performants sur le plan financier. Ils pourraient même représenter une occasion intéressante pour les studios.
Des réalisatrices aussi rentables, avec deux fois moins de budget
Qu’en est-il des femmes qui cumulent les rôles de scénariste et de réalisatrice ? Là encore, les chiffres sont intéressants. Selon l’étude, les films écrits et réalisés par des femmes affichent un retour sur investissement médian comparable à celui des productions dont le scénario et la réalisation sont exclusivement assurés par des hommes.
La différence ? Ces films fonctionnent avec des budgets environ deux fois moins élevés. De quoi questionner les critères utilisés par les studios pour décider quels projets méritent les financements les plus importants. Car si des productions disposent de moyens plus limités tout en obtenant des résultats comparables en matière de retour sur investissement, pourquoi continuent-elles à rencontrer autant d’obstacles ?
Ces résultats ne signifient toutefois pas que tous les films réalisés par des femmes sont rentables, ni qu’ils surpassent systématiquement ceux des hommes. Le succès d’un long-métrage dépend de nombreux facteurs, notamment son genre, sa distribution, sa promotion et son accueil par le public.
Les plus gros budgets restent une affaire d’hommes
C’est sans doute le constat le plus frappant de cette étude. Sur les trente années examinées, aucun film comptant une femme à la réalisation ne figure parmi les 1 % de productions aux budgets les plus élevés.
Sur les 44 films appartenant à cette catégorie, 39 étaient écrits et réalisés exclusivement par des hommes. Les 5 autres avaient une scénariste, mais aucune réalisatrice. Un chiffre qui illustre les difficultés persistantes des femmes pour accéder aux financements les plus importants.
Or, un budget conséquent peut faire toute la différence : effets spéciaux, casting prestigieux, décors ambitieux ou encore campagne promotionnelle massive. Autant de moyens susceptibles d’accroître la visibilité d’un film et ses chances de rencontrer son public. Le problème ne se résume donc pas à la présence des femmes dans l’industrie. Il concerne aussi leur accès aux ressources qui permettent aux projets de prendre de l’ampleur.
Maggie Gyllenhaal dénonce un problème systémique
Ces résultats font écho aux prises de parole de plusieurs personnalités du cinéma. En septembre 2026, lors de la Mostra de Venise, l’actrice et réalisatrice Maggie Gyllenhaal, présidente du jury, a dénoncé un « problème systémique », soulignant les difficultés rencontrées par les femmes pour obtenir le financement de leurs films.
Cette inégalité dépasse largement la question de la représentation à l’écran. Elle concerne aussi celles qui écrivent les histoires, dirigent les équipes et participent aux décisions artistiques. La chercheuse Anja Huwiler souligne d’ailleurs que « les décisions de financement peuvent être influencées par la recherche de sécurité et la préférence pour des profils ou des méthodes déjà connus ».
En définitive, ces chiffres ne prouvent pas que les femmes réalisent systématiquement de meilleurs films que les hommes. En revanche, ils invitent à questionner les décisions de financement dans une industrie où elles restent sous-représentées, notamment parmi les productions aux budgets les plus élevés. Le cinéma a besoin de regards variés, de nouvelles histoires et de talents qui ne demandent qu’à s’exprimer. Le talent n’a pas de genre, et les opportunités ne devraient pas en avoir non plus.









